Urbania - enqueteshttp://www.urbania.caTurbulent Media RSS Builder v1.0http://www.rssboard.org/rss-specificationTue, 07 Feb 2012 04:09:07 EST60Guindon au sauna
Ce texte est extrait du #32 spécial Lesbiennes | présentement en kiosque

Avant de partir de chez moi, je m'étais fixé une limite à moi-même : « Personne ne va me toucher la graine ». À ce moment-là, je ne me doutais pas que j’allais bientôt dépasser cette limite.

PÉNÉTRER À L’INTÉRIEUR
À la base, je dois l'avouer, je n'aurais jamais eu le courage d'aller au sauna seul ou en compagnie d'un ami hétéro. Pas parce que j'avais peur de me faire violer ou, dans une moindre mesure, de me faire harceler sexuellement… je craignais juste qu'on découvre la vérité : que j'étais un journaliste hétéro en train de réaliser un reportage ayant pour but d'expliquer au public comment ça se passe dans un sauna. Je n'avais pas le goût de créer un scandale et de me faire sortir de là à coups de pieds (ou à coups d’autres choses) dans le cul. Ainsi, Il fallait qu'à l'intérieur de l'antre des plaisirs homoérotiques, j'agisse assez normalement pour ne pas dévoiler ma couverture, mais sans trop en mettre, pour ne pas franchir mes propres frontières personnelles.

Heureusement, j'ai pu compter sur la présence de Robert pour me servir de guide dans le palais de la verge. Ça tombait bien, Robert est président du Groupe de recherche et d'intervention sociale de Montréal (GRIS), un organisme communautaire dont la mission est de démystifier les réalités homosexuelles et de faciliter l'intégration des gais, lesbiennes, et bisexuels dans la société. Mon guide — que j’avais rencontré dans un brainstorm d’Urbania — avait de l'expérience dans les saunas et ne semblait pas tant que ça être attiré par mes fesses, ce qui en faisait le compagnon idéal pour une balade au pays du phallus turgescent.

On s'est fixé rendez-vous un dimanche soir à 21 heures dans un café, mais j'ai finalement insisté pour aller prendre une bière, histoire de me calmer les nerfs avant de pénétrer les lieux.

Robert en a profité pour m'expliquer les règles de base d'un sauna (que j’ignorais totalement), pour que je sois prêt à affronter l'adversité. Les voici, en version accélérée : tu vas au guichet, tu payes pour une chambrette ou un casier, tu rentres, tu vas te déshabiller dans ta chambrette ou devant ton casier, tu mets ta serviette autour de ta taille, tu vas te promener, tu erres, tu fais des rencontres palpitantes.

Jusqu'à « tu vas te promener », ça allait. Je comprends ces choses, je peux les faire, je peux les comparer à des situations issues de mon quotidien, comme « aller à la banque » ou « prendre l'autobus ».

Par contre, à partir de « tu erres », gros trou noir. No comprendo. Je n'allais pas tarder à découvrir comment ça marche : ma Labatt Bleue était finie.

Sur le trottoir, Robert et moi en sommes venus à la conclusion que je devrais prendre une chambrette seul, pour que je puisse m'y réfugier en cas de panique ou pour prendre des notes au besoin. Robert, de son côté, prendrait un casier et me rejoindrait par la suite.

LE TEMPLE DE LA BITE

Pour ceux qui sont déjà allés dans des stations thermales ou des spas, dites-vous que ça fonctionne à peu près de la même façon à l'entrée : vous payez et on vous donne une serviette et une clé. Sauf qu’au lieu de vous faire répondre par une madame douce en costume d’infirmière feng shui, votre interlocuteur est un punk vêtu d’un kilt. L’autre différence, c'est qu'au sauna, on vous donne en plus un condom. Et j'ai l'impression que ce condom gratuit est comme la liqueur chez Subway : renouvelable à volonté.

J'ai pris la serviette, la clé, la capote et mon courage, puis j'ai passé le point de non-retour pendant que Robert passait à la caisse. La porte franchie, je ne pouvais plus flancher. Je devais affronter mon destin : me jeter dans l'arène, désarmé, contre une horde de lions affamés.

Choc numéro un : les pénis! Partout! Des affiches de messieurs tout nus grandeur nature, des films pornos sur écran géant, des sculptures et, bien sûr, d'authentiques pénis, très réels, fixés sur des messieurs tout aussi réels, circulant autour de moi comme des vautours. J'étais vraiment au temple de la bite. Évidemment, la plupart de ces bites pointaient bien haut vers le ciel et, gorgées de sang, me regardaient comme des cobras sur le point d'attaquer.

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http://www.urbania.ca/canaux/enquetes/2758/guindon-au-saunaMon, 06 Feb 2012 15:36:40 ESTGRISpenisglory holehomosexuelbitegai saunareportagehttp://www.urbania.ca/canaux/enquetes/2758/guindon-au-sauna
Jean était lesbienne#32 spécial Lesbiennes | présentement en kiosque

Entre deux bouchées, Catherine me raconte son histoire avec fébrilité. Le bar bondé de femmes en chaleur, l’ambiance, la musique, la rencontre, la cruise, les élans du désir, les regards, les rapprochements et les étreintes de la conclusion tout au bout. Ça, ça va. « C’était mon premier one night stand, me dit-elle avec un air de défi. Mon premier et puis mon seul aussi, en fait. »

Mais les saignements incertains, les hésitations des nouvelles expériences, la peau encore fragile après l’opération, l’idée des gestes précis et passionnés, la chaleur qui monte dans le bas du ventre, l’image des doigts qui farfouillent, peut-être les lèvres, la langue, l’irritation post-revirement, cette mise à jour de l’intime… J’ai un malaise. Je n’ai pas envie d’entendre les détails. Pourtant je les écoute. Je souris comme si la conversation était normale.

Mais la conversation n’est pas normale.

Entre gars, on parle si peu des détails anatomiques de nos exploits physiques. Est-ce que toutes les femmes sont comme ça? J’allais écrire « chirurgicales ». Est-ce qu’entre filles elles se racontent tout ? Je n’ose pas lui demander. Dans ma tête, ce n’est pas une femme comme les autres. Son histoire n’est pas comme les autres.

Je détourne maladroitement la conversation, compare la situation à des choses que je connais, reprends une bouchée de sandwich. Pour retrouver des repères rassurants.

Catherine s’appelait Jean
Catherine n’a pas toujours été cette fille épanouie qui parle librement à l’heure du lunch d’amour, de romantisme, de rencontres, d’attirance, de couple, de ce qu’il y a entre les jambes, de sexe, d’absence de sexe.

C’est elle qui a choisi de me donner rendez-vous au Pick Up, un drôle de restau-dépanneur un peu dépareillé, très post-hipster, des airs baba-cool de Vermont urbain dans un ancien quartier ouvrier où les branchés de passage côtoient les artistes désabusés. Une table à pique-nique entre des caisses de bières. Une machine à espresso. Une cloche de verre avec d’appétissants cookies au chocolat. Un comptoir, des tabourets. C’était aussi et surtout à deux pas de son bureau.

Catherine a beaucoup de choses à raconter. Entre le besoin de tout dire et le désir d’être une fille normale, sans histoires, presque banale. Par où commencer ? Parler d’avant ? Raconter sa première relation ? Elle n’en a pas eu beaucoup. Une première vraie blonde. Une seule, en fait, avant le grand changement. Elle s’est toujours sentie attirée par les filles. Et les garçons de son âge ? Ça ne l’intéressait tout simplement pas. Pourquoi ? « C’est une question de goût, dit-elle naturellement. Il y en a qui préfèrent la tarte au citron, d’autres, le gâteau au chocolat. Moi je préfère les filles. C’est comme ça.»

Ce n’est jamais aussi simple qu’une allégorie pâtissière.

Il y avait en elle ce malaise. Un véritable mal-être.

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http://www.urbania.ca/canaux/enquetes/2746/jean-etait-lesbienneThu, 02 Feb 2012 15:23:39 ESTtransexuelchangement de sexesexelesbienne32reportagehttp://www.urbania.ca/canaux/enquetes/2746/jean-etait-lesbienne
Les vedettes doivent-elles sortir du placard?#32 spécial Lesbiennes | présentement en kiosque

J’ai déjà abordé des sujets avec plus d’objectivité : je suis moi-même lesbienne, et voir des personnalités fouler le tapis rouge avec une potiche parce qu’elles n’assument pas d’être vues avec la personne qu’elles aiment, ça m’écœure.

J’ai commencé mon reportage comme ça, avec la rage d’une adolescente. J’étais fâchée qu’on me répète (parce que c’est ce qu’on dit toujours) que c’est une question « de vie privée ». Leur vie privée, les vedettes l’étalent de long en large dans les magazines et vont jusqu’à parler de l’adoption de leur enfant, de leur condo en Floride ou de leur recette de tarte aux pommes sans jamais faire allusion au fait qu’elles sont gaies.

Au départ, je n’avais qu’un seul désir : outer des vedettes. Pas parce que je suis méchante ou pour qu’on vende de la copie. Parce que je trouve que s’il reste une barrière à faire tomber pour que les homosexuels vivent vraiment dans la normalité, au Québec du moins, c’est celle-là. Je ne comprends pas qu’en 2011, on ait encore à cacher quelque chose qui n’est plus sensé être honteux depuis 1969, moment où on a décidé qu’au Canada, on ne discriminerait plus personne selon sa race, son âge ou son orientation sexuelle.

Comme je savais que mon désir de sortir le monde de la garde-robe découlait plus de la colère que de la raison, j’ai essayé de comprendre les motivations de nos chouchous du placard avant de commettre l’irréparable.

Étape 1 : à la conquête de Carla

Pour une raison qui m’échappe, il y a encore moins de femmes que d’hommes qui assument leur homosexualité parmi les personnalités publiques. Pourtant, le Québec compte un magnifique modèle de lesbienne : une femme que tout le monde aime, mais qui demeure dans le placard avec sa blonde depuis toujours. Appelons-la Carla.

Je m’apprêtais à lui demander un entretien (avec quatorze paires de gants blancs) lorsqu’une information aussi réjouissante que farfelue m’est parvenue par l’entremise de ma rédactrice en chef : Carla ferait son coming out au prochain gala Arc-en-Ciel, soirée qui récompense les personnes qui font avancer la cause homosexuelle. Puisque Carla est un nom fictif, vous aurez compris que nos sources « en avaient fumé du bon ». C’est exactement ce qu’a écrit Carla dans la seule réponse qu’elle m’a envoyée, et qui contenait aussi ce début d’explication :

« Je n’ai rien de particulièrement intéressant à raconter sur ma vie privée, qui demeurera privée grâce au respect et à la discrétion dont font preuve les journalistes de chez nous. »

J’étais déçue. « Pas pour l'article, ça je m'en fous, mais pour la cause », que je lui ai répondu. Pour de vrai, j’attendais depuis longtemps le jour où une figure féminine importante sortirait de la garde-robe et je constatais par sa réponse que nous étions loin du but.

J’ai réitéré ma demande, en lui garantissant l’anonymat le plus complet, lui expliquant que l’idée n’était d’outer personne, mais de « comprendre le point de vue des personnalités publiques de façon à mieux cerner le degré d’aisance de la société québécoise avec l’homosexualité. »

Je la comprends d’avoir refusé. Pour rendre mon sujet le plus compréhensible possible, il aurait fallu décrire Carla, expliquer les raisons qui la poussent à ne pas révéler son homosexualité, dire à quel point elle est connue, autant d’informations qui, j’en conviens, l’auraient démasquée. J’espérais donc qu’en parlant avec elle, elle changerait d’idée.

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http://www.urbania.ca/canaux/enquetes/2711/les-vedettes-doivent-elles-sortir-du-placardMon, 23 Jan 2012 16:23:06 ESThomosexualitéouter des vedettes#32lesbiennesreportagehttp://www.urbania.ca/canaux/enquetes/2711/les-vedettes-doivent-elles-sortir-du-placard
Occupation : designer indigné Rencontre avec des designers qui ont photoshopé la cause.

« Je vis dans un trou perdu aux États-Unis. Créer, c’était tout ce que je pouvais faire pour signifier mon appui. » Lorsqu’Alexandra Clotfelter, 22 ans, découvre les premiers indignés de Wall Street, elle se rue sur son laptop. Trois clics plus tard, elle publie sur Internet un poster aux accents vintage. On y voit le taureau de la Bourse ligoté par des cordes rouges. Le succès est immédiat : « Je me suis mise à recevoir chaque jour des courriels de partout, de Buenos Aires à Berlin. » Repris par le Huffington Post, son poster est régulièrement désigné comme l’une des plus belles œuvres graphiques d’Occupy Wall Street.

Alexandra Clotfelter est de ces graphistes qui se sont indignés via leur souris d’ordinateur. En trois mois, des centaines d’images ont surgi sur le net en soutien aux « 99% ». Elles esquissent le visage de la contestation. Et malgré le démantèlement des camps d’occupation, les designers n’en démordent pas. Car chaque jour, des dizaines de nouvelles créations s’ajoutent à la palette graphique d’Occupy. Mais pourquoi tant de graphistes ont-ils prêté leur Mac à la cause?

Coup de main

« Je suis plus utile à OWS en produisant de l’art graphique que sous une tente », justifie Jeanne Verdoux, une artiste française, à New York depuis 10 ans. D’ordinaire, ses œuvres ornent des publications prestigieuses comme The New York Times.

Mais le 15 octobre, ce sont les indignés qui profitent de son coup de crayon. Jeanne Verdoux publie une image où le signe du dollar bascule de son piédestal. Son dessin arrive à la deuxième place d’un concours des créations qui représentent le mieux Occupy. « Mon image est dépouillée, car je voulais que n’importe qui puisse se l’approprier, indique-t-elle. On peut la redessiner soi-même sur une pancarte. »

Pour le designer californien R.Black, ce sont les émeutes d’Occupy Oakland qui servent d’élément déclencheur. « C’était le chaos, les bombes lacrymogènes explosaient partout, raconte-il. Au milieu de tout ça, il y avait une jeune femme paisible assise dans la position du lotus, devant les policiers. Ça m’a tout de suite inspiré. »

Dave Loewenstein, du Kansas, croit que le graphisme peut être un art engagé. « L’art visuel, c’est comme la poésie ou la chanson : il peut questionner, mobiliser et condamner. C’est mon rôle en tant qu’artiste de mettre mon travail au service des batailles que je soutiens. »

« L’image transcende la barrière linguistique et transmet l’émotion plus rapidement que les mots », résume Alexandra Clotfelter.

De Tienanmen à Twitter

Pour transmettre cette émotion, les designers indignés misent sur des symboles. Le taureau de Wall Street, le poing fermé à la Black Power et le masque moustachu de Guy Fawkes sont les plus populaires. « Ils sont devenus le langage du mouvement », d’après Dave Loewenstein, qui les a lui-même repris dans ses créations.

Clin d’œil aux affiches de propagande soviétique, le rouge et le noir sont les couleurs de prédilection des créations indignées. R. Black utilise uniquement cette combinaison de couleurs. « Le duo rouge-noir peut exprimer à la fois l’amour, la haine ou la rébellion », explique-t-il.

L’Histoire inspire aussi les graphistes d’Occupy. R.Black, a repris la fameuse photographie de la place Tienanmen à la sauce Occupy. « L’homme devant le tank représente le pacifisme et le courage. Pour moi, il symbolise les 99%. » Mais dans l’image de R.Black, une foule se joint au protestataire. L’artiste explique : « Nous sommes cet homme et il est nous. Nous ne formons qu’un. Ensemble, nous pouvons. »

Si l’imaginaire des graphistes indignés pique dans le passé, il arbore aussi des emblèmes très 2.0. Pour preuve, les hashtags de Twitter côtoient les pouces enthousiastes ou désapprobateurs de Facebook.

Contestation virtuelle

Car les réseaux sociaux sont le rouage essentiel d’#occupy. Non seulement ils ont étendu la contestation à travers le monde, mais c’est aussi grâce à eux que les designs indignés circulent.

Max Slavkin est un pro des réseaux sociaux. Quinze heures par jour, ce graphiste de San Francisco communique sur Facebook et Twitter au nom d’Occupy Design, une plateforme regroupant les créations indignées. Et il adore ça.

 « Mais attention, ici, on n’est pas dans une logique verticale communiquant – receveur du message, indique-t-il. Les internautes suggèrent des idées d’œuvres graphiques sur nos pages. Et les designers les font naître graphiquement. »

Gratuité, libre-circulation, partage à l’infini, le design indigné repose sur une nouvelle conception de l’échange. D’ailleurs, toutes les œuvres indignées sont placées sous licence Creative Commons, une alternative aux contraintes du Copyright. « Nos posters sont nés pour être partagés librement! », clame Dave Loewenstein.

Indignés préoccupés ?

La cause indignée attire aussi les graphistes en quête de reconnaissance. « Ils suivent la vague », lance Alexandra Clotfelter. « Pour un freelance, c’est une bataille quotidienne de trouver du boulot », rappelle Max Slavkin, lui-même à son compte. « C’est clair qu’Occupy Design ne peut pas les rémunérer. Mais on peut les soutenir en faisant connaître leurs œuvres ». À la clé, l’espoir de se faire remarquer par une boîte de design.

De tous les designers contactés par Urbania, aucun ne craint de se faire un jour taper sur les pinceaux pour s’être affilié à OWS. « Si mon portfolio dérange quelqu’un, je ne travaillerai pas avec », tranche Alexandra Clotfelter.

Finalement, dans l’univers du design indigné, les plus inquiets sont peut-être ceux qui relaient les créations. Pour eux, l’activisme se compte en journées passées devant l’écran à collecter des designs. C’est le cas de Jesse Goldstein, qui travaille à temps plein pour Occuprint, un site qui permet d’imprimer plus de 200 posters d’indignés. « Le sort d’Occuprint dépend de l’agrandissement de l’équipe. Pour le moment on est quatre, c’est trop peu », regrette-t-il.

Plus d’indignés nécessaires sur le Web, donc. Mais pas seulement. « La contestation ne peut pas être uniquement virtuelle, elle doit être nourrie par l’occupation réelle », martèle Jesse Goldstein.

En occupant des lieux symboliques à travers le monde, les indignés ont frappé un mur. Ils en auront pourtant bâti un autre sur Internet : celui d’un art contestataire aux couleurs 2.0.

Le design indigné en images
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http://www.urbania.ca/canaux/enquetes/2647/occupation-designer-indigneThu, 15 Dec 2011 11:49:36 ESToccupyoccuponsindignedesignartreportagehttp://www.urbania.ca/canaux/enquetes/2647/occupation-designer-indigne
Guindon et fils#31 spécial Bébés | présentement en kiosque

Ça ne fait pas longtemps que je suis un adulte. Treize ans en révolutions solaires, oui, mais à peine quelques mois dans ma manière de me comporter. J'ai toujours réfléchi en fonction de « plus tard ceci » ou « plus tard cela ». Et aujourd'hui, je suis là et maintenant. Les choses se passent à fond. Je suis là où j'ai toujours voulu être et je suis bien ici. Je peux donc passer à la deuxième phase du plan directeur : m'assurer que ces beaux gènes que je transporte puissent se perpétuer à travers les siècles des siècles, amen. Je suis prêt à concevoir l'héritier Guindon. Et ça tombe bien, parce que madame Guindon a justement l'horloge biologique en mode coucou.

Fourrer avec un grand F
La première étape quand on veut un enfant, c'est de fourrer. Souvent et bien. Parce que j'ai pour mon dire que les petits spermatomachins le savent quand c'est pas du bon sexe et forcément, ils foncent dans le mur au lieu de rentrer dans la boîte magique.

Quand on a irrévocablement décidé de mettre en branle le chantier, j'ai donc annoncé à ma tendre épouse que je l'honorerais plus souvent et que la réforme de notre sexualité prendrait effet sur-le-champ. Cette phrase, prononcée sur un ton sérieux comme un lecteur de bulletin de nouvelles, a eu l'air de la stimuler pas mal parce que nous nous sommes mis au travail immédiatement. La qualité de notre copulation n'a jamais été problématique, alors je n'ai pas eu besoin d'aviser à ce sujet. Le train est entré en gare et les passagers sont sortis, heureux d'être arrivés à destination. Après, on a fait comme d'habitude, c'est-à-dire pas grand-chose et on s'est endormis.

Le lendemain, je me suis rappelé mes cours de FPS (formation personnelle et sociale) au secondaire. La grosse madame Tessier nous avait bien expliqué qu'il fallait que certains critères soient réunis afin que la reproduction ait lieu. Un d'entre eux était en rapport aux dates d'ovulation pis toute pis toute. Il fallait que l'Acte avec un « A » majuscule (madame Tessier nous enseignait aussi le ERC : Enseignement religieux catholique) se déroule 13 jours avant le début des prochaines menstruations, ou un truc du genre. J'ai consulté ma blonde à cet effet, et elle a fait le calcul algébrique complexe : nous étions en plein dans la période « à risque ». Il faut comprendre que quand ils nous rentrent ça dans la tête à 12 ans, c'est bel et bien d'un « risque » qu'il s'agit. À 30 ans, appelons plutôt ça un « risque calculé », comme faire du parachute ou choisir un BIXI sans tester, au préalable, la pression de ses pneus.

Toujours est-il que cette journée-là, nous n'avons pas vraiment eu l'occasion de mettre en pratique notre nouvelle résolution de fourrer davantage. Le BBQ annuel des Guindon avait lieu chez mon cousin Richard. Il fallait faire des commissions, rouler sur l'autoroute, être devant 30 personnes, etc. Autant de situations où la procréation n'est pas réellement envisageable à moins de trouver une allée secrète au Canadian Tire, d'avoir le cruise control ou d'être une crisse de famille bizarre. Mon cousin en a néanmoins profité pour me prodiguer ce précieux conseil : « Si tu veux un gars, laisse pas passer d'air. » À ce jour, je n'ai pas encore réussi à comprendre ce que ça voulait dire.

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http://www.urbania.ca/canaux/enquetes/2542/guindon-et-filsTue, 25 Oct 2011 14:15:41 EDTla grosse madame Tessierfourrertrucsenceintefertilitebébéreportagehttp://www.urbania.ca/canaux/enquetes/2542/guindon-et-fils
Une semaine dans une garderie#31 spécial Bébés | présentement en kiosque

D’aussi loin que je me souvienne, je n’ai jamais eu vraiment le tour avec les bébés. La dernière fois que j’en ai tenu un vrai dans mes bras, c’était celui de mon boss, Philippe. C’était l’été, on était au chalet et j’étais assise, relaxe, sur le sofa.
-    Veux-tu le prendre?
-    Ok, ouin.

Je l’ai bercé, bercé, bercé, jusqu’à ce que je l’échappe… sur la table du salon. Je ne me souviens pas comment j’avais fait mon compte exactement… Tout ce que je sais, c’est que le kid a pleuré sa vie sur le tapis et que, depuis, mon boss me remet cette anecdote dans la face chaque fois que je prononce le mot « bébé ».

En tournant sur la petite rue Provençale où se trouve le CPE du Carrefour, je me suis dit que mon stage comme éducatrice à la pouponnière serait un peu comme un test : si je m’en tirais bien avec 10 bébés sur les bras, j’allais peut-être être capable de faire une pas pire job quand ce serait le mien.

Jour 1
- C’tu correct comment j’t’habillée ?

Quand j’ai mis les pieds dans le bureau d’Isabelle, la directrice de l’établissement, c’est la seule question que j’avais le goût de lui poser. Je venais de passer une heure devant le miroir à travailler mon look de la parfaite éducatrice et, malgré tout, j’étais convaincue d’être à côté de la track.

Croyant bien faire, j’avais opté pour mon vieux t-shirt laid avec des motifs d’armée, mes pantalons noirs de style palazzo et mes gougounes Puma, usées à la corde. (J’avoue, j’avais quand même gardé une brassière en léopard, par souci de féminité.)

- À la poup’, les éducatrices portent un sarrau, dit Isabelle en me montrant du doigt un rack débordant de blouses blanches barbouillées aux gros feutres Crayola.

J’ai choisi celle qui avait le plus de style, avec des semblants de dinosaures mauves. Puis j’ai admiré le résultat dans le miroir : j’avais l’air d’un technicienne en laboratoire. C’est clair que si Jean Airoldi — M. Contravention de style en personne — m’avait pognée habillée de même, il m’aurait envoyée direct en prison.

Après avoir accroché mon orgueil sur le rack à sarraus, je me suis lavé les mains de toutes mes forces, sous le regard approbateur d’Isabelle. J’ai frotté comme si ma vie en dépendait. Puis je les ai aspergées de Purel. Deux fois plutôt qu’une. Tout le monde sait que les garderies sont des vivariums à microbes : pas question que je pogne la gastro ou des cochonneries comme la cinquième maladie.

Isabelle m’a fait signe de la suivre à l’intérieur. Avant d’entrer, on a traversé, non pas une, mais deux barrières. Sécurité maximale dans cette aile de la garderie.

- Bon, ben, c’est ici la poup’!

L’endroit ressemblait à toutes les autres garderies que j’ai vues dans ma vie. Coloré, vivant, tapissé de bord en bord de stimulis. D’un côté se trouvait la cuisine avec une table et des petites chaises. De l’autre, une pièce fermée, remplie de lits. Le sol était recouvert de tatamis bleus, et les tatamis bleus, de jouets et d’enfants.
-    C’est tellement calme!
-    Oui, mais tu vas voir, c’est pas toujours comme ça…
-    Ils ont quel âge au juste?
-    Entre un et deux ans.

Isabelle, enthousiaste, en profite pour me présenter chacun des bébés.

- Lui, c’est Enki.

Un bébé punk. Avec un mohawk, un chandail de tête de mort et une casquette avec un explosif comme sur les bouteilles de spray-net. Il est tellement cute… Je parie 20 piasses avec moi-même que je n’aurai aucune autorité sur lui.

Juste à côté, c’est Angela, une petite Haïtienne, belle comme dans les pubs de Huggies, avec une robe à fleurs plus appropriée pour l'église que pour la garderie. Son soulier est détaché, elle le tend vers moi.

- Tu veux j’te l’attache, c’est ça?

J’ai droit à un beau « pas de réponse ». Tant pis. Je me penche quand même pour refaire la boucle.

-    Un petit merci, peut-être?

Nah.

- Lui, c’est Maël. Il va avoir deux ans en fin de semaine : c’est un grand garçon!

Chaque fois que j’ai entendu des parents parler de leur bébé de deux ans, c’était en ces termes aussi reluisants : « C’est le pire âge!!! » En le regardant grimper sur la table, je me suis dit que je devrai l’avoir bien à œil, ce beau petit gars…

Isabelle enchaîne avec Tristan, le bébé avec les plus beaux yeux bleus de l’histoire des yeux bleus. Puis Alicia, qui ressemble à une véritable poupée avec ses cheveux bouclés. Plus hauts, assis dans des chaises hautes, les vrais bébés de la gang nous observent. J’ai nommé « Nathan et Lévi ».

En les regardant aller, tout gentils, tout silencieux, je me dis que ça va me faire du bien d’être ici, durant une semaine. Qu’être en contact avec des bébés, ça va me permettre de me reconnecter avec la vraie essence de la vie. Un peu comme des vacances, quoi.

Avant de partir, Isabelle m’introduit à mes nouvelles collègues de travail : Émilie et Maria.

-    Ce sont des remplaçantes. Les vraies éducatrices vont être là demain.

Si les remplaçantes ont autant de contrôle sur les bébés que sur des étudiants du secondaire (lire : aucun), je peux déjà prédire une bataille générale et une grève de la sieste d’ici 16 h.

***

C’est après le départ d’Isabelle que débute mon vrai travail d’éducatrice. Émilie et Maria sont trop absorbées par leurs occupations quotidiennes pour me donner un training digne de ce nom. Ne sachant pas trop par où commencer, je décide de m’asseoir au milieu des bébés sur le tatami, en me disant que c’est le meilleur moyen d’établir un contact avec eux.

J’y vais de mes meilleures pick-up lines : « Heille Angela, ça va mieux pour jouer avec des souliers attachés, hein? » ou « Comme ça c’est ta fête en fin de semaine, Maël? » ou encore « Veux-tu jouer aux pirates, Enki? »

D’habitude, j’ai quand même le tour pour me faire des amis. Là, y en a pas un qui me regarde, y en pas un qui me répond. Je me sens un peu comme Bruce Willis dans Le sixième sens : on dirait que je n’existe pas.

-    C’est l’heure de mmmanger les aaaamis, lance Émilie.
-    Déjà?

Sur la table, Maria dépose une lingette mouillée devant chacun des enfants, avant d’attacher leur bavette. Comme si ce n’était pas assez, elle leur enfile un sarrau par-dessus. Je lui donne un coup de main en me disant à quel point c’est ridicule d’habiller les bébés de même pour manger.

Une fois l’opération sarrau terminée, les éducatrices versent les bols de soupe aux enfants, avant de se servir à leur tour. Je fais la même chose et commence à manger, en silence, avec ma petite cuillère, sur ma petite chaise, qui peine à contenir mes (non, vraiment pas) petites fesses.

Après deux bouchées, je lève les yeux.

Il y a de la soupe partout. Mais vraiment partout.

La table est un tapis de biscuits de soda, les sarraus bleus sont rendus rouge tomates et les enfants ont des Alfabits jusque dans le front.

Man, on dirait qu’il y a eu une food fight.

Émilie, d’un calme olympien, a attrapé une guénille et a commencé à tout essuyer. Ce petit bordel était loin de la déstabiliser.

***

Après le dîner, c’est l’heure de la sieste. Maria et Émilie endorment les bébés pour la sieste dans la petite chambre. Pendant ce temps, j’en profite pour ranger les jouets, une tâche qui répond parfaitement à mon champ de compétences transversales.

En fin d’après-midi, les bébés se réveillent et sortent de la chambre un après l’autre… Ils se frottent les yeux avec les mains et font des faces de lendemain de brosse. Ç’a pas l’air facile.

- T’as bien dormi, Enki?

Il me regarde comme s’il ne m’avait jamais vue de sa vie.

- Voyons, c’est moi, Catherine.

Toujours rien. Il continue son chemin comme si quelqu’un l’avait hypnotisé. Même chose du côté d’Angela. C’est fou qu’ils n’aient aucun souvenir, après TOUT ce qu’on a vécu…

***

Vers 16 h, les premiers parents arrivent un à un pour venir récupérer leurs enfants. C’est signe que ma première journée d’éducatrice est terminée. Ça a passé tellement vite. Mine de rien, ça a été beaucoup plus relaxe qu’une journée au bureau.

Moi qui m’étais imaginé que ça allait être l’enfer autant d’enfants dans une même pièce, c’est tout le contraire. Je ne sais pas si c’est le contexte de la garderie ou la présence des autres éducatrices, mais je me suis sentie en contrôle toute la journée. Toutes les trois, ensemble, devant la trâlée d’enfants, on devient tellement fortes : il me semble qu’on pourrait affronter n’importe quelle situation…


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http://www.urbania.ca/canaux/enquetes/2534/une-semaine-dans-une-garderieFri, 21 Oct 2011 11:01:50 EDTpalazzocentrepetite enfancegarderiescpebébéreportagehttp://www.urbania.ca/canaux/enquetes/2534/une-semaine-dans-une-garderie
Une journée chez les prématurés#31 spécial Bébés | présentement en kiosque

Ce qui frappe le plus quand on entre ici, c’est le silence. Une ambiance de bibliothèque. Des résidents, des médecins, penchés sur leurs dossiers, assis devant de petits bureaux dans le corridor. Un corridor vide de patients, sinon une maman qui se dégourdit les jambes.

Les patients et leurs parents sont dans de petites chambres qu’ils partagent avec d’autres parents et d’autres patients, couchés dans des incubateurs. Les mieux portants peuvent être touchés, bercés. « Il y a des bénévoles qui bercent les enfants que les parents ne viennent pas visiter. Souvent, c’est parce que les parents habitent loin. Ou c’est autre chose. Voir ces petits bébés-ordinateurs — on les appelle comme ça parce qu'ils sont branchés de partout — ça crée parfois des problèmes d’attachement. La mère n’a pas l’impression que c’est son enfant. Donc, elle rejette le petit être. Une fois, je suis venue moi-même bercer un bébé qui s’en allait en adoption et qui n’avait pas encore été bercé », explique Sophie Gravel. Quarante-trois ans, énergique, souriante, efficace, elle-même mère d’un enfant né avant son temps. C’est l’infirmière-chef de cette unité ultra-spécialisée, où l’on envoie de partout dans la province ces traumatisés de la naissance, la plus grosse unité de néonatalogie au Canada.

Infirmières, auxiliaires, préposés aux bénéficiaires, commis, pharmaciens, nutritionniste, physiothérapeute, ergothérapeute, psychologue, travailleuse sociale. C’est un hôpital dans l’hôpital où l’on accueille les bébés qui se pointent le bout du nez dès la 23e semaine de grossesse, soit 17 semaines trop tôt. Les bébés qui souffrent d’anomalies congénitales, ceux qui ont besoin d’une chirurgie à la naissance, ceux que l’on doit plonger dans une hypothermie thérapeutique, etc.

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http://www.urbania.ca/canaux/enquetes/2493/une-journee-chez-les-prematuresTue, 04 Oct 2011 10:57:21 EDTnaissanceinfirmierehopitalaccouchementprematurebébéreportagehttp://www.urbania.ca/canaux/enquetes/2493/une-journee-chez-les-prematures
Vie et mort de l’hydre de béton
Depuis quelques années, des agents de sécurité patrouillent nuit et jour dans un périmètre bouclé presque aussi grand que le Vieux-Montréal. «Propriété privée», disent les affichent agrafées aux clôtures, pourtant signées par le ministère des Transports du Québec... Pour faire un tour sous les structures de l’échangeur, il faut sauter les garde-fous de béton qui bordent la rue Saint-Jacques et descendre à pied la falaise du même nom, en zigzaguant entre les sacs de plastique et les déchets laissés derrière par d’autres intrépides. Mais le jeu en vaut la chandelle. C’est de ce point de vue que l’échangeur dévoile son meilleur profil: vertigineux, sale et atypique.

Les chroniqueurs circulation n’ont pas fini de rapporter les bouchons sur l’échangeur Turcot. Le monstre tout en contraste voit son heure sonner. On s’apprête à trancher les têtes de l’hydre de béton devenu vieille, dangereuse et coûteuse. Le gouvernement québécois dépensait déjà 1,08 million de dollars en 2000 pour l’entretien. Plus de 20 millions en 2008 seulement. Après les controverses soulevées par le premier plan de remplacement jugé passéiste, le ministère des Transports du Québec (MTQ) a tranché en novembre dernier en faveur d’un nouvel échangeur un peu plus vert que son aïeul.

Il ne restera presque rien de la structure grise qui culminait à 30 mètres dans les airs. Sur des images léchées, le MTQ montre des voies réservées au transport en commun, de la verdure, un marché branché et des bretelles rabaissées plus près du sol. Ce symbole de l’aire de l’automobile aura pourtant marqué l’imaginaire de ceux qui ont voyagé dans ses méandres, à mi-chemin entre un film de science-fiction et un cauchemar urbain.

«Si l’échangeur Turcot pouvait parler, il crierait: «Circulez!»», croit Pieter Sijpkes. Aucun flafla dans la conception des immenses tours et caissons de béton brut. Pas d’artifice ou de décoration. Un monument pur du modernisme architectural qui régnait en maître à l’époque où Montréal est née de la sueur des travailleurs qui l’ont parée pour l’Expo; la fonction dicte la forme. Turcot est le véritable coeur de la circulation du grand Montréal: 300 000 véhicules y circulent chaque jour. La pieuvre draine les travailleurs pressés qui viennent de l’autoroute Ville-Marie, distribue les nantis de l’Ouest-de-l'Île qui prennent d’assaut l’autoroute 20 et pave la voie à ceux qui rejoignent leur chalet dans les Laurentides via la 15.  L’échangeur comporte en tout 25 voies qui volent à une hauteur moyenne de 18 mètres. Au-dessus, en dessous, ça grouille, tout le temps.

Turcot est l’archétype d’une époque. Celle de l’auto à tout prix. Pendant les années qui ont précédé la venue de l’exposition universelle de 1967, Montréal a sablé le champagne presque tous les mois pour célébrer l’ouverture d’un nouveau monument toujours plus impressionnant que le précédent. La chenille se changeait en papillon. La croissance économique battait son plein et l’essence coulait à flot. C’est dans ces années de pain, de beurre et de miel que l’échangeur Turcot a vu le jour, de parents «boomers».

En 1966, quand Pieter Sijpkes débarque à Montréal, le monstre Turcot est en construction depuis près d’un an déjà. Le 25 avril 1967, deux jours avant le début officiel de l’Expo, l’échangeur se laissera rouler dessus pour la première fois. «C’était quelque chose à l’époque pour un émigré hollandais qui a connu les temps durs de l’après-guerre!» Le professeur d’architecture à l’Université McGill entretient une certaine fascination pour Turcot depuis qu’il l’a vu poindre sous les grues et les échafauds. Il aurait voulu que le MTQ conserve la structure actuelle. «Je viens d’une famille modeste et j’ai toujours vu mes soeurs recoudre les coudes de leurs pulls usés.»

«Regardez, comme c’est beau», s’exclame M. Sijpkes en rentrant la tête dans son manteau. Le désert de l’ancienne gare de triage Turcot offre bien peu de refuges contre le vent froid du mois de mars. Sous l’échangeur, le bruit des 300 000 véhicules qui filent sans regarder est celui d’un cours d’eau gonflé par les crues du printemps.

Le photographe André Denis a lui aussi maintes fois sauté la clôture du temps où elle était moins surveillée pour immortaliser cette superstructure graphique. Il en était tombé amoureux alors qu’il cherchait une façon de les éviter, elle et ses bouchons de circulation notoires. De ses marches intrépides sous l’échangeur il a tiré l’exposition «Turcot: entre ciel et terre», présentée à la Maison de la culture Marie-Uguay en 2010.

Dans l’oeil du photographe, les différentes sections de l’échangeur deviennent des animaux géants, ou des ruines grecques. Il parle avec passion de «l’agora», des «pattes d’éléphant », de l’«araignée». Les voies nord-sud de l’autoroute Décarie dont les pilotis se rejoignent au milieu deviennent «les arches de St-Pierre». «Dans les documents de l’époque, on parlait déjà de “l’effet cathédrale” de l’échangeur», renchérit Jean Décarie, urbaniste retraité de la Ville de Montréal et artisan du parc du Mont-Royal.

Mais l’endroit n’a pas la quiétude de la Basilique Notre-Dame. Le piéton aventureux navigue en terrain hostile. D’abord, les gardiens vous montrent la porte après cinq minutes. Mais l’interdit, l’échangeur Turcot le porte en lui-même, dans ces espaces inquiétants et inhospitaliers que le marcheur dérange. «L’échangeur est une frontière, un non-lieu plein de coins sombres», avance André Denis, les yeux brillants. De coins sombres, et dangereux. «Quand j’explore, je suis dans mon monde, je n’ai jamais entendu venir le train», raconte-t-il. Même si le CN a vendu la gare de triage au gouvernement du Québec en 2003, les trains passent toujours sur la voie ferrée qui traverse la ville d’est en ouest. Alors qu’il prenait des clichés à l’entrée du tunnel ferroviaire logé juste sous l’échangeur, André Denis n’a eu que le temps de se jeter sur le côté avant que le train le rase en sifflant. Inhospitalier, disait-on.

«C’est un espace de circulation, et cela fait aussi partie du tissu urbain», précise Claire Poitras, directrice du centre Urbanisation, culture et société de l’Institut national de recherche scientifique (INRS). Pour la chercheuse, les grandes autoroutes créent de nouvelles formes de paysages urbains. En circulant sur les bretelles de l’échangeur, l’automobiliste pépère peut admirer les grattes-ciel de la métropole d’un point de vue unique. «Certaines constructions urbaines ne peuvent être vues dans leur entièreté que depuis les structures surélevées des autoroutes, remarque celle qui s’incline devant le spectaculaire de Turcot. La mobilité permet aussi une expérience tout à fait particulière du paysage urbain!»

Paysage urbain singulier, d’accord. Mais les grosses pattes de la pieuvre élèvent aussi une imposante frontière dans la trame urbaine de l’arrondissement du Sud-Ouest. «L’échangeur Turcot ne fait qu’accentuer une frontière qui existait déjà», plaide cependant Claire Poitras. Des facteurs historiques ont provoqué les friches industrielles qui ont mis à mal les abords de l’échangeur, dont la fermeture du canal de Lachine en 1969. Le terrain aux pieds de la falaise Saint-Jacques occupé par le CN pendant plus d’un siècle est aussi le territoire du défunt lac à la Loutre. Le lac a été asséché quand les autorités ont inhumé au 19e siècle la rivière Saint-Pierre, qui descendait depuis Côte-des-Neiges et Notre-Dame-de-Grâce. Les sols instables accueillent difficilement le développement immobilier. «De toute façon, on ne peut jamais intégrer totalement ces énormes structures, même si on a toute la bonne volonté du monde», ajoute Claire Poitras.

Car les enjeux sont régionaux. Turcot est en fait le point de rencontre obligatoire des grands axes autoroutiers construits à l’époque pour relier les autres pôles économiques importants de la province à la métropole. L’hydre envahissante qui surplombe le village des Tanneries, dans l’arrondissement du Sud-Ouest, dépend d’intérêts économiques situés à des kilomètres de Montréal.

Comme les citadins qui habitent les maisons tapies dans l’ombre de l’échangeur, Turcot est donc victime de la multitude de protagonistes qui souhaitent avoir leur mot à dire dans le projet de reconstruction. Les associations citoyennes, les arrondissements, la Ville de Montréal: tout le monde veut sa part du gâteau. Et malgré les impacts de la superstructure sur la vie de quartier et sur la ville de Montréal en général, c’est Transport Québec, seul titulaire du droit de veto pour les projets autoroutiers, qui a eu le premier et le dernier mot dans la reconstruction.

Jean Décarie déplore l’absence de planification urbaine dans le projet du MTQ. Pas de plan pour le transport en commun ou pour le désenclavement des quartiers avoisinants, pas de grand projet. Si Turcot est le symbole de l’aire automobile, il est aussi l’antithèse des tendances environnementalistes du 21e siècle. Les centaines de milliers de véhicules qui traversent l’échangeur chaque jour laissent derrière eux plus que leur part de gaz à effet de serre, et cette suie noire sur les bâtiments. Turcot s’infiltre dans les poumons et gratte au fond de la gorge. « Au lieu d’aller de l’avant avec une offre de transport en commun bonifiée dans le nouveau projet, on s’est contenté d’ajouter des voies réservées aux autobus», rappelle Pierre Brisset, architecte retraité et membre du groupe de pression Mobilisation-Turcot.

«Il faut remplacer la structure déjà spectaculaire par un projet qui soit à la hauteur du pôle majeur qu’est l’échangeur Turcot», conclut Jean Décarie, qui avait plutôt proposé, avec l’aide du Groupe de recherche urbaine d’Hochelaga-Maisonneuve, un pont suspendu qui avait des airs de Santiago Calatrava. Le gouvernement du Québec s’apprête à trancher les têtes à l’hydre de béton, et ceux qui ont aimé les haïr s’inquiètent de l’allure que prendront celles qui s’apprêtent à repousser.]]>
http://www.urbania.ca/canaux/enquetes/2381/vie-et-mort-de-l-hydre-de-betonTue, 16 Aug 2011 13:05:13 EDTMTQ Pieter SijpkesSud-Ouest de MontréalMinistère des Transports du Québec l'échangeur turcotreportagehttp://www.urbania.ca/canaux/enquetes/2381/vie-et-mort-de-l-hydre-de-beton
Bienvenue au Couscous comedy show#30 spécial Humour | présentement dans les kiosques

Dimanche aprèm. Je rejoins UncleFOFI à La Khaima, un resto maghrébin du Mile-End. Véritable musée méditerranéen, le restaurant reconstitue la demeure typique du nord de l’Afrique, avec des lampes multicolores en cuir et un salon marocain. Manquent plus que le marchand en babouches qui veut beaucoup trop me vendre un dromadaire gossé dans le bois, ma grand-mère et un gars l’autre bord de la rue qui prévoit m’épouser parce que je suis « la plus jolie des gazelles ».

Fofi, c’est Fares Mekidech, le Couscous Comedy Man, instigateur, organisateur et animateur de la soirée. Un charismatique Algérien-Français de 25 ans qui possède à la fois la vigueur du businessman et la nonchalance du cégépien. Un Brice de Nice à la coupe Caillou, avec de la broderie arabe sur la kachaba tie-dye à la place du signe Nike sur le T-shirt jaune.

Ce qui frappe le plus quand on rencontre Fares, c’est sa demi-barbe. « Ma moitié de barbe, c’est pour montrer aux gens qu’on peut être excentrique tout en ayant une vie totalement normale. m’explique-t-il dans les cuisines de La Khaima. Tout ce que je veux, c’est tripper, mais sans être le fou que personne ne comprend. »

Fofi-moitié-de-taliban pétrit le couscous avec la confiance d’un Tsouareg de 76 ans. De quoi faire rougir Maman Dion de jalousie ou Daniel Pinard de convoitise. La main gauche dans la semoule, la droite agrippée à son cellulaire, il me raconte les début du show le plus hétéroclite de Montréal. « J’ai grandi en Algérie, puis j’ai habité à Rennes. Il y a sept ans, j’ai déménagé à Montréal pour étudier aux HEC. J’ai commencé à congeler du couscous dans l’éventualité de me partir une compagnie de traiteur. Je vendais deux portions pour 10$ à mes amis », dit-il. Entre-temps, il animait des soirées gala à l’école et présentait des sketchs d’humour. « Et puis un jour, en 2009, j’ai eu l’idée de servir du couscous pendant un show aux Bobards. Le succès a été instantané, raconte-t-il. On a ensuite déménagé le Couscous Comedy Show au Café Campus, pour avoir une plus grande salle et parce que là-bas, ils nous soutiennent en nous laissant une totale liberté.»

Le Couscous Comedy Show, c’est un spectacle à saveur humoristique, qui regroupe des artistes anglophones et francophones de disciplines et d’origines multiples. Parmi les numéros, on trouve autant de jolies chansons acoustiques qui parlent d’amour que des stand-up traitant des particularités culturelles des Haïtiens ou des communautés arabes. L’audience est composée de familles nostalgiques qui sortent manger le plat de leur pays, de filles qui espèrent se pogner le magicien à la mâchoire dangereusement hollywoodienne après le spectacle et de couples en date, qui gloussent nerveusement même durant le « one-two » du soundcheck.

À leur arrivée, les spectateurs font la file pour se faire servir le couscous qu’ils dégustent à leur table, devant les numéros qui se succèdent. Entre chaque prestation, Fofi présente les artistes et se trémousse parfois en chantant des sacres québécois sur un air arabe, vêtu d’un tablier sur lequel est dessiné un torse musclé, derrière un mouton aux yeux écarquillés.

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http://www.urbania.ca/canaux/enquetes/2378/bienvenue-au-couscous-comedy-showMon, 15 Aug 2011 11:19:12 EDTcouscous comedy showLa KhaimaUncle Fofyreportagehttp://www.urbania.ca/canaux/enquetes/2378/bienvenue-au-couscous-comedy-show
La classe d'élite#30 spécial Humour | présentement dans les kiosques

L’École nationale de l’humour se trouve dans la tour à bureaux blanche, coin Sherbrooke et De Lorimier. La même tour à bureaux blanche qui abrite une foule de bureaux administratifs, dont les plus joyeux sont certainement ceux de la Fondation des maladies mentales.

La première chose que j’ai faite en y mettant les pieds, c’est d’aller m’acheter un café au casse-croûte. Sur le menu, on proposait des gyros, des salades grecques et le « spécial Loulou », un genre de sandwich santé créé spécialement en l’honneur de Louise Richer, la directrice et cofondatrice de l’École nationale de l’humour. Je me disais que, pour avoir un sandwich à son nom, elle devait être A) vraiment smatte, B) control freak ou C) au régime.

Café à la main, j’ai pris l’ascenseur jusqu’au 7 étage où était située l’ENH. Lorsque j’ai poussé la porte d’entrée, Louise Richer était justement de l’autre côté, en train de parler avec un élève de deuxième année. Ensemble, ils discutaient de sujets palpitants comme des «devoirs», des «cours» et des «travaux». Pas exactement ce à quoi je m’attendais.

Pour moi, Louise Richer, c’était d’abord une vedette, la Loulou d’Un gars une fille et, oui, l’ex de Guy A. Lepage. Je ne m’imaginais pas qu’elle puisse avoir de vraies tâches de vraie directrice.

Une fois leur conversation terminée, elle est venue vers moi pour me saluer, tout sourire. Dès l’instant où je lui ai serré la main, j’ai tout de suite su qu’on allait bien s’entendre.

Pour commencer ma journée, elle m’a offert un petit tour guidé des lieux. D’abord la salle de répétition, ensuite la cafétéria, puis les salles de classe. À première vue, j’avais plus l’impression de me promener dans les bureaux d’une agence de pub que dans une école. Le mobilier était design et le décor, épuré. Comparé à ça, l’UQAM avait l’air d’un édifice de la Russie, à l’époque soviétique.

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http://www.urbania.ca/canaux/enquetes/2354/la-classe-deliteTue, 02 Aug 2011 15:30:05 EDTLouise RicherÉcole nationale de l'humourreportagehttp://www.urbania.ca/canaux/enquetes/2354/la-classe-delite
Drôle de par le monde#30 spécial Humour | présentement dans les kiosques

Mexique
Texte : Lirca Espinosa



Les Mexicains aiment beaucoup rire. Ils sont drôles, taquins, ricaneurs. Mais leur sens de l’humour peut être noir, sarcastique, caustique et même cruel. Ils peuvent autant rire des pauvres que des handicapés, des narcotrafiquants, des prêtres ou de la vie que de la mort. Par exemple, les Mexicains ont l’habitude de blaguer à propos d’une tragédie peu de temps après qu’elle ait eu lieu. Comment est-il possible de rire d’une tragédie? Malgré les apparences, ils ne rient pas du fait en lui-même, ni de ses conséquences. Ils rient plutôt du contexte parfois ridicule de ladite tragédie… Bon an mal an, les Mexicains rient dans la joie et dans l’adversité. L’humour populaire devient ainsi une forme de résistance, un mécanisme de défense pour supporter et braver la médiocrité et la corruption des gouvernants, la lutte de pouvoir qui règne dans le pays et le pathétique système de justice. Pour tout dire, au Mexique, on préfère rire cyniquement des choses plutôt que d’en pleurer.

Thaïlande
TEXTE : Stéphanie Martel



En Thaïlande, tout est prétexte à la rigolade, même les paris les plus fous. Or, si le sourire est presque inné chez les Thaï, le rire l’est… un peu moins. Outre les jeux de mots dont les Thaïs sont fanatiques, le premier degré est à l'honneur, surtout quand il s’agit de slapstick. Au sarcasme, ils préfèrent de loin la déconfiture d'un personnage roué de coups jusqu'à l'inconscience. Cela dit, en Thaïlande, évitez de faire le malin avec la politique, le lèse-majesté étant sévèrement puni. Cela n'empêche pas les Thaïs de trouver de jolies métaphores, comme celles au sujet du conflit avec le Cambodge : « Une femme en couple, c'est comme l'armée thaïlandaise avec le temple de Preah Vihear. Elle se demande souvent ce qu'elle fait là, mais elle reste quand même. » En désespoir de cause, lors d'une soirée qui tourne au vinaigre, les Thaïs préfèrent la vidéo du chat avec l'imprimante. Pour les faire rire, ça marche à tout coup.

JAPON
Texte : Julien Pitre



Au Japon, le manzai est l’un des styles d’humour traditionnels les plus populaires. Il met généralement en vedette un kombi (tiré de l’anglais combination) de deux humoriste. Le premier est sérieux et le second, bouffon. Sur scène, ceux-ci s’échangent des réparties cinglantes truffées de malentendus, de propos ambigus et de jeux de mots. Imaginons des duos de Dominic et Martin bridés et on a le portrait. Ils y vont de numéros de stand up, durant lesquels le Martin (tsukkomi) s’emploie typiquement à réprimander le Dominic (boké) pour ses bêtises et ses faux pas, pour ensuite lui assener sur la tête des coups d’harisen, un éventail surdimensionné. Les sévices corporels de toutes sortes constituent d’ailleurs une source intarissable d’amusement pour le public nippon. La résurgence moderne de cet art comique a surtout eu lieu dans la ville d’Osaka, où est né le conglomérat Yoshimoto K?gy?, chef de file du secteur de l’humour, l’équivalent de Juste Pour Rire au Japon.

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http://www.urbania.ca/canaux/enquetes/2336/drole-de-par-le-mondeMon, 25 Jul 2011 15:57:49 EDTYoshimoto K?gy?bokétsukkomikombimanzaiPreah Vihearjaponthaïlandemexiquedrôle de par le mondereportagehttp://www.urbania.ca/canaux/enquetes/2336/drole-de-par-le-monde
Au sein du geekdom...1. Ton surnom ?
Je n’en ai pas vraiment, mon nom de code de freelance en publicité est Radiotrooper, sur mon blog les gens m’appellent juste Geek-Art. Sinon c’est Thom, tout simplement. Je refuse de parler de mes surnoms pendant ma période Donjons et Dragons.

2. Âge/Sexe/Lieu de résidence?
Je viens d’avoir 30 ans, et j’habite depuis 5 ans à Paris, en compagnie de ma future femme.

3. À qui s’adresse ton blogue?
Mon blogue s’adresse, bien entendu, aux geeks : fans de comics, de jeux vidéo, de films cultes, de science-fiction… Mais il s’adresse également aux amateurs de design, d’arts graphiques et d’illustration ! Tout est dans le titre : Geek-Art, ou comment des artistes de tous horizons (peintres, graphistes, designers, photographes, sculpteurs…) rendent hommage à leur manière à l’univers geek, ou « geekdom ».

4. Tes sujets de prédilection :
Sur mon blog, je n’en ai pas vraiment, j’aime parler de tout ce que j’appelle le « geekdom » et faire découvrir des artistes à mes lecteurs. Mais j’avoue que je ne me lasserai jamais de Star Wars. C’est incroyable comme, 30 ans après, cet univers continue d’être aussi productif et créatif, surtout dans la communauté des fans et des artistes. Je crois qu’on ne se lassera jamais de dessiner Dark Vador !

5. La chose que tu méprises le plus chez un homme ?
J’avoue ne jamais m’être posé la question. Là comme ça, je dirais la vanité. A moins d’être un super-héros défenseur de la veuve et de l’orphelin, j’estime qu’il faut savoir rester humble…

6. Chez une femme ?
Heu… Les femmes n’ont pas de défaut. Les femmes sont parfaites ! Sérieusement, je ne sais pas trop… Peut-être le fait qu’elles sont rares à comprendre que nous, les hommes, sommes et resterons toujours de grands gamins. A 10 ans, 20, 30 ou 70, Han Solo et son blaster sont toujours aussi cool. Heureusement que la mienne le comprend !

7. L’époque durant laquelle tu aurais aimé vivre ?

Je suis très bien dans la mienne, merci ! Quand j’étais gamin je rêvais de vivre au Moyen Age, jusqu’à ce que je découvre que, niveau hygiène et confort, c’était pas terrible. Mais aujourd’hui je dirais les années 50. Les tenues vestimentaires des années 50, c’est quand même le summum de la classe. Toujours sortir avec un chapeau et un costume, le rêve !

8. Le son que tu aimes ?

Si je suis en mode geek, je répondrais le son du Mac qui s’allume et celui que fait Link quand il trouve un objet magique dans Zelda ! Si je suis bucolique, je dirais le bruit des oiseaux à la campagne, quand je suis allongé dans un transat’ au soleil, un verre de rosé dans la main…

9. Que tu détestes ?
Je ne supporte pas le grésillement d’une station radio qui perd son signal. Et le son des klaxons dans la rue me rend fou.

10. Ton plus grand fantasme ?

Je ne vais pas être original : la princesse Leia en bikini chez Jabba dans le Retour du Jedi.

11. Ton idéal féminin ?
Je l’ai trouvé !

12. Masculin ?
Hmmm… Je vais dire Robert Downey Junior dans le rôle de Tony Stark, dans Iron Man. Ce mec transpire la classe !

13. Le film d’horreur dans lequel tu aimerais le moins te retrouver ?

Un film de zombis. J’adore les regarder, mais le seul cauchemar récurrent qu’il m’arrive d’avoir, c’est celui d’une invasion de zombis : fin du monde et de la civilisation, perte des être chers, se faire dévorer vivant… Pas cool. Surtout qu’en France, pas facile de trouver des fusils à pompe pour se défendre comme dans les films Américains !

14. Cigale ou fourmi ?
Le geek est, par essence, cigale : jeux vidéos, comics, figurines, toys, posters, objets collectors ou vintage… Le geek dépense sans compter pour sa passion, et même si je me suis bien calmé depuis quelque temps, il m’arrive encore de craquer…

15. Ton moment le plus honteux ?
Le jour où j’ai trébuché et où je me suis ramassé de tout mon long sur le trottoir, devant des dizaines de personnes ainsi que le client que je devais rencontrer pour un travail en freelance… J’en tremble encore.

16. Le juron que tu hurles en char ?
Le classique français : « Putain » à toutes les sauces !

17. Tu peux passer 5 minutes avec une célébrité de ton choix, laquelle est-elle et que lui dis-tu ?
Je dirais Georges Lucas, pour lui poser la question que tous les fans de Star Wars se posent depuis des années : pourquoi, mais pourquoi Jar Jar Binks ?

18. Ton premier geste au réveil ?

Caaaaaaaafééééééé…

19. Pourquoi bloguer ? Qu’en retires-tu ?
Au départ, il s’agit d’un plaisir personnel. J’avais découvert sur le net que de nombreux artistes laissaient libre cours à leur art en s’inspirant de références cultes du monde des geeks. J’ai commencé à poster quelques œuvres sur Facebook avant de me rendre compte du potentiel d’un blog. J’ai créé Geek-Art tout seul il y a maintenant un peu plus d’un an, et il commence à très bien marcher. Au final, c’est un bonheur que de faire découvrir des œuvres et des artistes à mes lecteurs, mais ce dont je retire le plus de plaisir, c’est le fait de voir se créer, petit à petit, une véritable petite communauté. Désormais, sur le facebook de Geek-Art, les « fans » postent des vidéos, des photos, commentent, discutent… On commence même à m’envoyer des œuvres directement pour savoir si je peux les poster sur le blog ! J’adore cet aspect participatif, notamment le côté international. Savoir que j’ai des visiteurs venant des quatre coins de la planète, c’est vraiment génial !

20. La série ou le film honteux que tu regardes en secret ?
J’ai été un très grand fan de Buffy Contre les Vampires ! Je n’ai jamais raté un épisode. J’avoue. Même pas honte !

21. Tu es en face de Barack Obama, que lui demandes-tu ?
Alors Barack, on est entre nous, tu peux tout me dire : qu’est-ce qui s’est vraiment passé à Roswell ?

22. Quelle personnalité québécoise t’inspire le plus ?
Aïe… Désolé amis Québécois, je dois avouer que niveau personnalités de la Belle Province (à part tous les chanteurs et humoristes qui sont passés par la France), je n’y connais pas grand chose… J’aurais bien dit Wolverine mais il vient d’Alberta. Désolé, je passe !

23. Un métier (autre que le tien) que tu aurais aimé faire ?
Illustrateur. Je dessinais pas mal étant plus jeune mais je n’ai jamais eu la fibre ou le talent qui m’aurait décidé à entrer dans une école d’art !

24. Comment passeras-tu la dernière soirée du monde le 21 décembre 2012 ?

Avec ma femme, sur le toit de notre immeuble, avec une bouteille de champagne. Histoire d’être aux premières loges…

25. Comment aimerais-tu mourir ?

Je compte bien trouver le moyen de devenir immortel avant de me poser la question.

26. Si tu devais déclarer ton amour pour tes lecteurs en quelques mots…
Tout simplement, merci d’être de plus en plus nombreux à suivre Geek-Art.net ! J’ai monté ce site tout seul, je le gère tout seul, et c’est une immense fierté de voir que des gens du monde entier s’intéresse à mon projet, même si, bien entendu, les vrais super-héros du site sont les artistes eux-mêmes ! D’ailleurs, j’invite tous les lecteurs d’Urbania à venir y faire un tour.

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Rire à en perdre ses crocs#30 spécial Humour | Présentement dans les kiosques

Montréal, plein jour, quelque part à la fin des années 1980. Deux hommes en tutu détachent une femme de la voie ferrée. Intrigué par la scène, un homme à bicyclette manque un virage, dévale une côte, fonce dans un bosquet, puis, évitant de justesse les voitures, traverse une route à quatre voies avant d’atterrir bêtement sur le bitume.

On aurait pu croire que la scène était écrite, mais en fait, pas complètement. Les hommes en tutu, c’est Pierre Lebeau (Méo, dans Les Boys) et Jacques Hurtubise, le fondateur de la revue CROC. Ensemble, ils sont… Les Incompressibles, les super héros d’un photo-théâtre publié régulièrement dans CROC. Quant à l’étourdi qui a pris la débarque en vélo, s’il se reconnaît dans ces pages, Jacques Hurtubise s’en excuse : «On ne voulait faire de mal à personne.»

C’est vrai. Durant toute son histoire, CROC, malgré ses dents, n’a jamais voulu être méchant. Ou si peu. Même dans les numéros «Spécial racisme» et «Gais». Leur slogan, «C’est pas parce qu’on rit que c’est drôle», voulait dire que, même si la situation était tragique, on pouvait en rire. C’est comme ça qu’on a réussi à faire un spécial Jean-Paul II en 1984, et à mettre un gâteau dans une valise d’auto pour célébrer les dix ans de la Crise d’octobre. CROC riait avec le monde. «On avait fait un spécial Handicapés. Les meilleures jokes venaient d’eux», se souvient Hélène Fleury, qui a partagé sa vie avec Jacques Hurtubise durant 27 ans, dont quinze à la barre du magazine.

«En quinze ans, il n’y a pas une journée où on n’a pas ri», se souvient celle qu’on appelait également Doberman Fleury parce qu’elle tenait tête à une bande de mecs. Pensez à votre mère, rajeunissez-la de 30 ans, mettez-la dans une combinaison d’aviateur, coiffez-la d’un casque d’Obélix et mettez-lui des cuissards en vinyle luisant ainsi que des talons hauts et vous avez un portrait juste d’Hélène Fleury dans les années 1980. «Ça n’avait pas de sens, de se présenter à l’imprimeur comme ça : il m’appelait madame!» commente Hélène, nostalgique.

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http://www.urbania.ca/canaux/enquetes/2314/rire-a-en-perdre-ses-crocsThu, 14 Jul 2011 14:11:06 EDTmagazine#30 spécial humourCrocreportagehttp://www.urbania.ca/canaux/enquetes/2314/rire-a-en-perdre-ses-crocs
Guindon au club de rire#30 spécial Humour | présentement dans les kiosques

J’aime rire. J’ai même déjà été élu « personne la plus comique de la classe» en secondaire 3. Aujourd’hui encore, j’oriente ma vie dans le but de maximiser le nombre de fois où je peux rire dans une journée.

Là où j’ai un problème, c’est avec l’humour organisé. Voir sur scène un tapon me débiter le texte qu’il a mis six mois à coécrire, deux mois à mettre en scène et cinq soirs à roder à la salle André- Mathieu de Laval est probablement la chose la moins drôle sur cette planète, ex aequo avec « être Robert-Guy Scully » et « réfléchir aux conséquences du réchauffement climatique». Le rire doit arriver spontane?ment, naturellement. Comme quand un Chinois espie?gle perd une roue de son bécycle à gaz et fonce dans un arbre.

Ça, c’est drôle.

C’est donc dans l’optique de déterminer où cela se situait sur mon échelle personnelle du comique que j’ai participé à un atelier du Club de Rire de Montréal.
En me dirigeant là-bas, je n’avais vraiment aucune idée de ce que je devais m’attendre à. Allais-je écouter des spécialistes du rire essayer de me persuader de la nécessité de s’esclaffer de temps à autre? Allais-je avoir droit à une présentation sur écran géant des meilleurs moments de Rire et Délire ? Ou, encore mieux, à un échange de collections de gif animés débiles ? Dommage, je n’avais pas apporté la mienne. Toujours est-il que c’est innocent comme Clip dans Kim & Clip que je suis arrivé à la réunion hebdomadaire du Club de Rire.

QUI EST LE LEADER ?
Tous les jeudis de 18 h à 19 h, ce club, ouvert à tous, se réunit au studio Bizz en face du métro Mont-Royal. J’avais déjà grimpé les marches de cet immeuble, mais je m’étais toujours arrêté au deuxième étage, là où se trouve la salle de billard. Je n’avais jamais mis les pieds dans ces «espaces locatifs pour esprits créatifs» situés au troisième. En entrant, j’ai été impressionné. Les propriétaires des lieux ont mis le paquet pour que l’espace ait l’air beau et organisé, et effectivement, ça marche. J’ai enlevé mes bottes, tel que requis par les vingt-sept pancartes demandant d’enlever nos bottes, et j’ai demandé à la gentille madame de l’accueil si c’était bien ici, le Club de Rire. Elle m’a dit « salle A ». J’ai dit « merci ».

Aprés un petit détour par les toilettes afin de me vider le pipi, j’ai discrètement fait mon entrée dans la salle A. Avec son plancher en bois, son mur en miroir et son éclairage au néon, elle ressemblait davantage à une salle pour les cours de danse. Danser, rire, c’est du pareil au même. Et j’en aurais bientôt la preuve.

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http://www.urbania.ca/canaux/enquetes/2309/guindon-au-club-de-rireTue, 12 Jul 2011 15:52:11 EDTclub du rire#30numéro humourextraitguindonreportagehttp://www.urbania.ca/canaux/enquetes/2309/guindon-au-club-de-rire
L'humour québécois s'exporte-t-il en France?#30 spécial Humour | Présentement dans les kiosques

Paris, jour de la fête nationale française. Cathy Gauthier est nerveuse. Dans quelques instants, elle foulera pour la première fois les planches du Point-Virgule, le célèbre café-théâtre parisien. Véritable institution de l'humour, cette salle d'à peine cent places a vu naître la carrière de dizaines d'humoristes français, aujourd'hui devenus des stars : Florence Foresti, Pierre Palmade, Anne Roumanoff, Elie Kakou ou encore Jean-Marie Bigard y ont fait leurs armes.

Pendant 45 minutes, l'humoriste originaire d'Arntfield en Abitibi devra convaincre ce public parisien à la froide réputation. Le trac est bien là mais joue étrangement les euphorisants. «Je me souviens que j'étais sur l'adrénaline avant de monter sur scène, j'étais anxieuse et très impatiente en même temps, ça m'a fait l'effet d'un verre d'alcool... j'étais rendue pompette!» se souvient Cathy Gauthier.

La faconde de Cathy et son humour imparable auront très vite raison des 50 spectateurs venus l'applaudir ce soir-là.

Le spectacle se termine et l'humoriste a de quoi être fière: la salle a embarqué du début à la fin, emballée. Trois représentations plus tard, le Point-Virgule affiche complet.

Sur scène, Cathy Gauthier a certes fait quelques concessions lexicales, le classique «ski-doo» est devenu «motoneige», mais à part ça, l'humoriste n'a pas travesti son humour. «Plusieurs personnes m'avaient déconseillé de faire mes blagues les plus crues, mais finalement, les Français ont adoré entendre une fille parler de sexe!»

En ce 14 juillet, celle qui nous confie avoir fait ses premières «jokes de pénis» à l'âge de quatre ans vient de réussir ses premier pas dans le milieu de l'humour français. Cathy Gauthier sort de scène, soulagée. Dehors, Paris célèbre sa révolution à grands coups de feux d'artifice.

La prochaine hydro-électricité
L'humour québécois s'exporte-t-il en France? On sait qu’Anthony Kavanagh et Stéphane Rousseau ont réussi à titiller les zygomatiques de nos chers cousins, mais qu’en est-il des autres humoristes ? Ont-ils vraiment leur chance ?
Pour le producteur français d'Anthony Kavanagh, Philippe Delmas, le succès de son protégé n'a rien à voir avec son pays d'origine. «Anthony n’est pas devenu populaire en France parce qu'il était Québécois, mais parce qu'il est arrivé avec un produit qui n’existait pas avant ici : un spectacle "à l'américaine", qui impliquait une grosse machine scénique. Il est ce qu'on appelle un showman.»

Même analyse du côté du directeur d’antenne de la station de radio française Rire & Chansons, Alain Quarré. «Je ne dirai pas qu'il existe un humour québécois, mais qu’il existe une façon d'occuper la scène. Un professionnalisme que les Nord-Américains comme Anthony ont naturellement dans la peau, explique-t-il. Les Français sont plus dans une tradition de sketch.»

En effet, si le Québec et la France partagent la même langue, les deux nations sont en revanche aux antipodes en ce qui concerne le traitement. Stand-up d'un côté de l'Atlantique et sketch à personnages de l'autre. Cette différence est parfaitement illustrée par un sketch diffusé lors d'un gala Juste Pour Rire, mettant en scène l'humoriste français Jean-Luc Lemoine et le Québécois Laurent Paquin. Alors que le premier est assis en face du public, en pleine conversation avec son psychanalyste imaginaire, Laurent Paquin entre sur scène et interrompt brutalement le dialogue: «Excuse-moi, Jean-Luc, mais... avec qui tu parles, là ? Il n'y a personne en avant de toi !»

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http://www.urbania.ca/canaux/enquetes/2298/lhumour-quebecois-sexporte-t-il-en-franceThu, 07 Jul 2011 10:42:05 EDTparisfrancelouis-josé houdehumour#30exportation humour québécoisreportagehttp://www.urbania.ca/canaux/enquetes/2298/lhumour-quebecois-sexporte-t-il-en-france