Urbania - chroniqueshttp://www.urbania.caTurbulent Media RSS Builder v1.0http://www.rssboard.org/rss-specificationTue, 07 Feb 2012 04:23:34 EST60Ma femme en aime une autre#32 spécial Lesbiennes | présentement en kiosque

Fin mars 2011. Ma fille de trois ans jacasse, sa voix caressant mon oreille, et dans mes bras se blottit mon bébé de quatre mois, mon autre fille, petit être chétif que j'apprends à connaître et à chérir.

Pour la première fois ce soir, je suis seul avec mes deux enfants. Ma femme a pris une pause d’allaitement pour aller accueillir une amie de retour au Québec après plusieurs années à l’étranger. C'est moi qui donnerai le biberon.

Je suis nerveux. À cause de mon rôle de double papa, oui, mais aussi à cause du caractère étrange de la situation.

Il y a longtemps, j’ai senti qu’il y avait plus que de l’amitié entre mon épouse et son amie. Je sais qu'elles se sont déjà embrassées... Bah! C’est banal, voire épicurien. Mais non, il y autre chose : j’ai une sensation présciente des deux femmes qui s'aiment.

***

Mon épouse a déjà eu des aventures avec des femmes. En théorie, elle peut encore en avoir… mais je lui ai déjà dit que ça ne me dérangeait pas. Étant moi-même attiré par les femmes, je la comprends. Elle est bisexuelle? Pourquoi pas.

Ce désir pour la gent féminine dormait jusqu’à ce qu’elle fasse une fausse couche au jour de l’An, en 2010. Cet événement traumatisant, combiné à ses problèmes d’anxiété, avait altéré son attirance pour les hommes… moi compris.

Oh! elle a bien tenté de faire renaître la flamme. Résultat de ses efforts: une autre grossesse. Après l’annonce de la nouvelle, pour ne plus avoir à « se forcer », elle a prétexté que le sexe pouvait provoquer des accouchements prématurés. Par conséquent, pendant près d'un an, j'ai eu une vie sexuelle totalement dysfonctionnelle. Des amis m’ont conseillé l’adultère. Ça m'a fait rire.

Bon mari, respectueux, j'ai choisi de ne faire aucune pression. J’ai patienté au nom de mon rêve, un domaine en région où je verrais mes enfants grandir et ma femme s'épanouir.

Pour ce rêve, j'avais renoncé à ma carrière musicale, troquant l'insécurité d'un bassiste jazz pour la stabilité d'un poste d'enseignant d'histoire et de géographie au secondaire. À l'université, je visais l'excellence, question d'obtenir un dossier de qualité auprès de mes futurs employeurs, idéalement au privé, afin d’accélérer l'accession à un poste permanent. À ce train de vie studieux, j'ajoutais deux heures de pratique musicale par jour pour mon équilibre personnel et aussi pour que mes enfants soient fiers que leur père ne soit pas prisonnier de la routine transport-boulot-dodo.

Mais je me berçais d'illusions. Je m’obstinais à croire en ce rêve, même si je sentais que quelque part, quelque chose clochait.

Un mois après la naissance de ma deuxième fille, j'ai parlé de mon désarroi à ma femme. C’est là qu’elle m’a annoncé qu’elle ne me désirait plus et que ses pensées étaient maintenant tournées vers les femmes. Encore une fois, je lui ai dit que j’acceptais sa bisexualité : elle pouvait même se trouver une amante si elle le voulait.

Lisez la suite dans le #32 spécial Lesbiennes | présentement en kiosque]]>
http://urbania.ca/canaux/chroniques/2724/ma-femme-en-aime-une-autreThu, 26 Jan 2012 12:29:51 ESTbisexuellecouplelesbianisme#32lesbiennereportagehttp://urbania.ca/canaux/chroniques/2724/ma-femme-en-aime-une-autre
Joyeuses Fêtes !
Faites couler le chocolat chaud. Installez-vous sous une couverture en polar et profitez de nos délires sur votre tablette électronique (on présume que c'est ce que vous avez eu comme cadeau de Noël).

Sans aucun ordre précis, voici nos 10 suggestions du Temps des Fêtes:


-Souvenir d'un Pee-Wee B
(texte de Vincent Vallières...Oui, oui, le gars qui joue dans la radio)

-25 symboles montréalais à préserver
(galerie-photo émouvante)

-Deux steamés avec Véronique Cloutier
(MC Gilles sirote un roteux avec celle qui a généré tant de remous dans nos Googlages hebdomadaires grâce à sa chevelure)

-Passe-partout
(Un bel article de Steve Proulx issu de notre numéro #9 - Rétro (été 2005))

-Saugrenu
(le deuxième meilleur jeu sur notre site. Le premier, c'est le mini-putt. Mais la version originale de Saugrenu est intimement liée à nos premiers Noël...)

-Le Québec en 12 lieux - La réserve faunique des Laurentides
(pour la tranquilité des lieux et la beauté du territoire)

-Petites histoires urbaniennes
(ce qui se cache derrière certains de nos plus grands succès ou certains de nos plus gros fails.)

-Enfile ton léotard fuchsia et propulse tes mollets vers l'avant
(un vibrant plaidoyer en faveur de l'Art sous toutes ses formes par Nadia Essadiqi.  Idéal avant une séance de pâte à modeler avec les enfants.)

-Guindon au canicross
(notre version à nous des films Beethoven, Bingo, Toby ou tout autre film avec un nom de chien)

-Musée Urbania - Ethnies
(dans le temps que l'Internet était encore une affaire pour les geeks, on faisait un nouveau micro-site à chaque nouveau numéro. Hé bo-boy...)


Profitez bien de la famille, de vos amis et de la dinde!  Et n'oubliez pas: ne conduisez pas le traîneau si vous avez bu le caribou...

Joyeux Noël!
Bonne année 2012!

La programmation régulière sera de retour le 4 janvier.]]>
http://urbania.ca/canaux/chroniques/2656/joyeuses-fetesTue, 20 Dec 2011 14:22:54 ESTCiné-Cadeaufamillecontenus10 fetesbonne annéejoyeuxnoëlreportagehttp://urbania.ca/canaux/chroniques/2656/joyeuses-fetes
Les deux pieds dedans#30 spécial Humour

L’anal est devenu tellement banal qu’on l’étale à toutes les sauces sous prétexte de déclencher l’hilarité générale. Mais pourquoi la merde fait-elle tant rire?
 
Avez-vous remarqué que les crises de rire ressemblent à des crises de foie? Les fous rires explosent sans retenue comme des gaz intestinaux. Les spasmes hilares reviennent à intervalles réguliers comme des flux gastriques imprévisibles. Le spectateur assis sur son trône numéroté semble souffrir du même mal stomacal que son voisin de festival. On se plie en deux, on se tient le ventre, on se tortille sur son siège, les fesses gloussent, la bouche grimace, le nez se plisse, les yeux se ferment, le souffle devient court, les entrailles se gonflent prêtes à remettre en jeu la digestion du dernier gag ou l’absorption du plus récent calembour balourd. Les sphincters peuvent enfin se relâcher.

Ainsi soulagé, on libère ce qui croupissait au plus profond de nous. Des crottes de rire dans un sens et des éclats de caca dans l’autre.

Est-on obligé d’évoquer la fiente pour que les gens se bidonnent? N’y a-t-il pas d’autres moyens de déclencher l’hilarité? Pourquoi la matière fécale se transforme-t-elle en matière à rire quand elle sort de la bouche d’un professionnel de la gaudriole ou d’un mononcle aviné lors d’un souper bien arrosé?

L'humour anal est ce qui nous rapproche le plus de notre enfance. Les blagues de marde, c'est un peu comme un lifting de l'intelligence, une liposuccion du QI. On retrouve notre âme d'enfant dans notre corps de grand. La merde a ça de bon qu'elle nous enduit d'une couche d'innocence et de réconfort qui nous replonge au doux temps où l'odeur de caca était signe de câlin maternel. C’est en tout cas l’analyse cérébrale qu’en fait votre chroniqueur du vide ordinaire. Car, force est de constater que l’humour se joue plus souvent au niveau des intestins que de l’intellect.
 
Les temps sont durs pour l’humour sagace. Les mots d’esprit ont fait place à des jeux de mots, des maux de tête, des têtes à claques, des claques sur la gueule, des gueules de bois et des boit-sans-soif. Des générations d’humoristes formatés ont supplanté les jongleurs de verbes et les fantaisistes spirituels qui secouaient les neurones pour déclencher les zygomatiques. L’étron cache un désert d’imagination. Quand caca, prout, pipi suffisent à déclencher le rire, il n’y a pas de raisons de se casser la tête pour essayer d’avoir l’air désopilant.

Mais finalement, si l'humour anal vaut de l’or, ce n’est pas seulement parce que l’argent n’a pas d’odeur, c'est peut-être aussi parce que c'est le plus facile à comprendre.

Et ça, ça fait chier!]]>
http://urbania.ca/canaux/chroniques/2478/les-deux-pieds-dedansWed, 28 Sep 2011 13:37:09 EDTcacamerdeanalhumourhenrardreportagehttp://urbania.ca/canaux/chroniques/2478/les-deux-pieds-dedans
Va voir qui est mort
Julie a 17 ans. Son père souffre d’une dépression: une rechute. Une diminution de la dose de médicaments qui lui aura coûté cher. Son médecin lui signe un arrêt de travail de... quelques jours ! T’inquiète pas, rentre à l’hôpital, prends cinq ou six jours de congé et tout ira mieux ! Autre sujet délicat. Bref.

Cette journée-là, le papa vient de sortir de l’hôpital. Le matin avant qu’elle quitte pour l’école, il serre très fort sa fille : je t’aime, bonne journée ! Plus tard en après-midi, il ne répond ni à son cellulaire ni au bureau. Inhabituel. Julie part du cégep, arrive à la maison, constate que toutes les portes sont ouvertes. Une lettre est sur le comptoir. Une lettre d’amour... destinée à ses enfants. Autour d’elle, tout indique que son père a abouti dans le cabanon. 9-1-1. Julie panique.

Dring, dring. Une réponse, une discussion rapide et le coup de grâce... La demande de l’opératrice: elle souhaite une confirmation que papa est bel et bien mort dans le cabanon. Julie refuse: dépression + hospitalisation récente + portes ouvertes partout + silence + LETTRE. (Pas pire évident, me semble !) Deuxième demande de l’opératrice: une confirmation que papa est bel et bien mort dans le cabanon, parce que pas de confirmation, pas d’ambulance ! Allez ! Va voir qui est mort. Va constater la fraîcheur du suicidé. Allez petite, va ! C’est ici que j’ai le goût de tirer l’opératrice de sa chaise pour la traîner de force dans le cabanon ! Aye, la veux-tu écrite en plus ta criss de confirmation ? T’en veux une photo mentale d’un homme pendu dans sa « shed » ! Tsé le genre d’image qui te reste en tête toute ta vie ! Ben vas-y ! Applique-le ton protocole !

Après, l’opératrice a demandé à Julie de détacher son père. Là c’est le bout ! L’apogée des cris de détresse a interpelé les voisins qui sont accourus pour s’occuper de la jeune fille. Ces voisins-là, on les aime.

Morale : mentez quand vous signalez le 9-1-1, ça évitera les mauvaises photos. Oui madame, mon papa, il est mort...

Geneviève Proulx
14 septembre 2011]]>
http://urbania.ca/canaux/chroniques/2464/va-voir-qui-est-mortThu, 22 Sep 2011 13:29:01 EDTprotocoleambulance911mortsuicidereportagehttp://urbania.ca/canaux/chroniques/2464/va-voir-qui-est-mort
Québec, je ne rirai pas de tes blagues#30 spécial Humour | présentement dans les kiosques

Mais depuis que je suis née, une chose m’échappe : je ne comprends pas de quoi le Québec rit. Pire, j’ai l’impression de rire à contretemps avec lui. Ou peut-être rit-il tout simplement de moi.

La première manifestation de mon syndrome se fit sentir tôt dans l’enfance, un samedi soir, fin des années 1980. L’émission Samedi de Rire faisait un tabac. Yvon Deschamps, une chaise droite, un ruine-babine. Ti-Blanc Lebrun, personnage bicoloré de conteur, avalait toujours son instrument en fin de monologue. Un son d’harmonica fêlé en provenance de sa cage thoracique émanait à chaque inspiration. Je pensais qu’en riant, mon père allait avaler ma mère. Je savais que tout le Québec s’esclaffait en même temps qu’eux. L’enfant pourtant joviale que j’étais n’a jamais vu ce qu’il y avait de drôle là-dedans. Ne voit toujours pas, d’ailleurs.

Remixer ma vie de Ginette Reno, ça c’était drôle. Céline Dion dans le rôle d’une enfant brutalisée, hilarant. Les cheveux de Lou Diamond Phillips dans La Bamba, ma-lade. À côté de ça, je ne saisissais pas du tout l’effet qu’un harmonica pris en travers d’un larynx pouvait avoir sur un public.

Puis, il y a eu Rira Bien… qui ne m’a fait rire ni bien ni mal. Et Oncle Georges, et Courtemanche, et Sol. Rapidement, j’ai compris qu’il ne me serait jamais nécessaire d’accourir lorsque le Québec me crierait, depuis la pièce voisine : « Marie, viens voir comme c’est drôle! » Je ne serais pas souvent d’accord avec lui.

Dérapage à la taverne

Ma situation s’est empirée avec le temps. Au tournant de mes années ingrates, on m’a traînée de force à une représentation de Broue, « parce que ça fait partie du patrimoine ». Ma crise d’adolescence m’interdisant d’exprimer publiquement une émotion, je ne pleurais pas de honte comme j’aurais dû : je saignais par en-dedans des larmes de bière tablette. Pendant que le Québec (fièrement représenté ici par le public de l’Auditorium Dufour de Chicoutimi) se tordait de rire devant des blagues de mononcle remâchées et recrachées telles quelles depuis 1979, c’est-à-dire depuis beaucoup trop longtemps pour qu’on ne sache toujours pas le nom du troisième comédien, je riais à imaginer comment Francine Ruel avait bien pu s’y prendre pour se faufiler dans la liste des auteurs du show. Et je me questionne toujours, d’ailleurs, à savoir pourquoi, de toutes les réalisations de Francine Ruel, ce ne sont pas plutôt Les Correspondances d’Eastman ou L’été, c’est péché qui font rire le Québec depuis 32 ans. C’était si drôle, L’Été, c’est péché.

[...] La suite à lire dans le #30 spécial Humour | présentement dans les kiosques]]>
http://urbania.ca/canaux/chroniques/2325/quebec-je-ne-rirai-pas-de-tes-blaguesWed, 20 Jul 2011 11:08:41 EDTCourtemancheGinette RenoYvon DeschampsSamedi de RireSophie PrégentLouison Danisquébec je ne rirai pas de tes blaguesreportagehttp://urbania.ca/canaux/chroniques/2325/quebec-je-ne-rirai-pas-de-tes-blagues
Confessions d'un gérant de club vidéo porno
Ils ont rapidement pris avec moi toutes sortes de libertés.
«As-tu des films avec des animaux? Ben oui, je l'sais que c'est pas légal, mais t'en as de cachés dans le backstore chu sûr, arrête de niaiser.»

Certains me précisaient leurs goûts avec poésie
«Moé j'aime ça quand y'a ben de l'anal, pis du sperme».

D'autres me confiaient avec tristesse que la porn était leur seul réconfort depuis quelques années. Un de mes employés, un retraité qui cherchait à arrondir ses fins de mois, volait des VHS mettant en vedette son actrice préférée. Un autre client achetait pour 200$ de VHS chaque semaine et quand je lui ai suggéré de se procurer un deuxième magnétoscope pour pouvoir faire des copies, il m'a avoué préférer les originales.

Ce fut une belle époque de ma vie, empreinte de nonchalance, ponctuée de clients qui voulaient utiliser les toilettes et y amener avec eux des jaquettes de films, et rythmée par l'arrivée des quarante nouveautés hebdomadaires que mes fidèles s'empressaient de réserver pour la semaine suivante.



Ce texte est issu du #27 spécial Âge d'or | Été 2010]]>
http://urbania.ca/canaux/chroniques/2144/confessions-dun-gerant-de-club-video-pornoTue, 19 Apr 2011 16:37:48 EDTâge d'orconfessionclub video pornoreportagehttp://urbania.ca/canaux/chroniques/2144/confessions-dun-gerant-de-club-video-porno
Comme Maurice Richard, mais en moins mort
Et oui, quand on saute sur la glace, on se prend au sérieux. Comme si on était Maurice Richard, mais en moins mort.

Parce que, sachez-le, c’est sérieux. Vraiment sérieux. On ne gagne peut-être pas des millions, notre coup de patin a peut-être des airs de rien du tout, et le fait d’être le septième compteur d’une obscure ligue de garage n’attire peut-être pas des troupeaux de groupies, mais quand la game commence, on oublie tout le reste. On se défonce, au point de vouloir arracher des têtes, on donne tout ce qu’on a, au point de se blesser.

On est épais, c’est comme ça. On joue pour un trophée en plastique avec de la colle qui dépasse. On joue pour pouvoir dire à nos blondes qu’on a gagné ce soir. On joue parce que quelque part, dans notre arbre généalogique, il doit bien y avoir une arrière-arrière-grande-tante qui a baisé avec l’arrière-grand-oncle du Rocket.

C’est sérieux, le hockey.

Et au-delà du hockey, ce qui est encore plus sérieux, c’est le rendez-vous. La rencontre hebdomadaire avec les gars. Le trip d’une gang d’adultes qui, une fois par semaine, redeviennent des flos ensemble, peu importe qui ils sont, peu importe d’où ils viennent. Oui, le sport, le jeu, la victoire, tout ça est important. Mais les gens le sont encore plus. Et notre repaire tranquille à nous, notre cabane dans un arbre, loin des filles, c’est la chambre des joueurs.

Entrer dans le vestiaire, c’est comme entrer à l’église, sauf que ça sent moins bon. Les salutations sont polies, les gestes, cérémoniaux. Avant le match, les conversations sont discrètes et inoffensives, «passé une belle semaine?», «comment ça va à job?» et autres «pis, la petite famille ?». Les gars s’habillent pudiquement, assis, debout, à genoux, en attendant que le coach fasse le sermon d’avant-match. Et si ça pue autant, c’est parce que Lalancette a laissé son stock dans son char toute la semaine sans le laver.

Quand le coach (ou, à défaut d’avoir un coach, le joueur qui s’occupe de collecter l’argent des remplaçants) fait son speech, on n’écoute pas vraiment, mais on fait semblant. Ça fait partie de la cérémonie. Comme à l’église. Puis, on observe quelques secondes de silence, histoire de se concentrer, histoire de continuer à se prendre au sérieux. Quelques gars s’étirent. D’autres ne croient pas à ça. En général, c’est à ce moment-là que Duclos arrive en s’enfargeant dans son propre bâton. Il est toujours en retard, mais on ne peut pas trop chialer, parce que c’est lui qui apporte la bière.

Le messie, donc.

Ça, c’est avant le match. Parce qu’après le match, dans la chambre, il n’y a plus rien de cérémonial. C’est peut-être l’épuisement, peut-être le fait d’avoir joué en équipe, peut-être la testostérone qui suinte de partout, peut-être la bière qui rentre trop bien aussi, mais après la game, rien ne va plus. Quelques commentaires sur la partie, puis c’est la débandade. On est rendus une grande famille, la pudeur prend le champ. Les serviettes tombent, la classe aussi.

On rote comme des champions du monde. On s’envoie promener en riant, en sacrant. On entre dans tous les détails de nos vies personnelles, idéalement celle des autres. On s’interrompt pour mieux s’insulter. On chiale parce qu’il n’y a plus d’eau chaude dans la douche. Les conversations portent plus sur les boules que sur la bourse, plus sur le cul que sur la culture. Au milieu de la chambre, Dagenais nous montre comment il est capable de faire le hamburger avec son scrotum.

Oui, on est épais.

Et oui, une fois par semaine, c’est le fun d’être épais.

• • •

Il y a, dans le vestiaire des Bulls, des Titans ou des Remorques-Réusinées-Drolet, quelque chose d’essentiel.

Des frères, dans un monde où la famille disparaît. Des chums, dans un monde où la solitude règne.

Ce texte est issu du #21 spécial Hockey | automne 2008
Illustration: Francis Léveillée (colagene.com)]]>
http://urbania.ca/canaux/chroniques/162/comme-maurice-richard-mais-en-moins-mortTue, 08 Feb 2011 00:00:00 ESTeglisejoueurfillejeusportmaurice richardgroupieligue de garagehockeychroniquehttp://urbania.ca/canaux/chroniques/162/comme-maurice-richard-mais-en-moins-mort
Promo St-Valentin : Gagnez une passe pour 2 pour le BALNEA spaBALNEA spa.

Pour l'occasion, on ressort aussi notre fameux numéro Sexe. Tellement kinky comme offre.
Procurez-vous le pour la modique somme de 8$ en écrivant à l'adresse suivante : archives@urbania.ca

Amour et paix]]>
http://urbania.ca/canaux/chroniques/1921/promo-st-valentin-gagnez-une-passe-pour-2-pour-le-balnea-spaThu, 03 Feb 2011 15:12:10 ESTpromosaint-valentinreportagehttp://urbania.ca/canaux/chroniques/1921/promo-st-valentin-gagnez-une-passe-pour-2-pour-le-balnea-spa
Finis ton assiette!
Il faut trouver autre chose.

« Mange ta main et garde l’autre pour demain ». Les dictons apéritifs ne trompent personne et ne rassasient pas l’appétit des petits.

« Finis ta salade de betteraves, après on ira chez McDo ». Les promesses crasses de récompenses grasses n’arrivent plus à faire passer une petite bouchée de légumes assaisonnés.

« Mange ton foie de veau, sinon tu seras privé de chou-fleur ». Même les menaces de privation les plus drôles ne font pas rire les enfants-rois assis sur leur trône barbouillé de fromage orange fluo et de chips à saveur de pizza.

« Une cuillère pour papa, une cuillère pour maman ». À force d’abuser des bonnes vieilles comptines d’autrefois, ce sont les parents qui prennent du poids. Trois petits tours de taille et puis s’en vont.

Les histoires de ventres ballonnés par la faim en Afrique lointaine ou de populations décimées par la famine n’émeuvent plus les jolis petits minois alimentés d’infos spectacles et de jeux télévisés. Et la voiture qui rentre au garage bourrée de poulet séparé mécaniquement fait à peine marcher quelques morveux mordus de f1.

Bref, de nos jours, il faut faire preuve de beaucoup d’imagination pour faire manger les enfants gavés de pubs de fast-food et abreuvés de promos colorées de boissons gazeuses.

On se fatigue à les rassasier, pis pour nous remercier, ils se gavent de crottes de nez séchées. De toute façon, à quoi ça sert de se casser la tête et de se vider les poches pour nourrir ces petits monstres ? Dans 40 ans, y aura pas assez de deux planètes comme la nôtre pour remplir les estomacs de tout ce beau monde.

Allez, vous reprendrez bien un peu de perche du Nil aux kiwis de Nouvelle-Zélande avant de partir ?

Texte issu du #14 spécial Bouffe | hiver 2007]]>
http://urbania.ca/canaux/chroniques/1912/finis-ton-assietteMon, 31 Jan 2011 14:03:18 EST11 septembrepizzafoie de veaunourritureenfantfinis ton assiettereportagehttp://urbania.ca/canaux/chroniques/1912/finis-ton-assiette
Petite parcelle de vie privée
Il y a dans la masturbation quelque chose de privé, quelque chose d'intime qui n'a pas encore traversé la frontière de la transparence sociale. Alors que les tabous disparaissent, qu'on a tout vu, tout dit et tout montré, la masturbation représente le dernier refuge de la vie privée. Le petit racoin où personne ne s'aventure, par respect. Le tiroir dans la chambre de notre ami, qu'on n'ouvrirait jamais parce que son contenu ne nous concerne tellement pas. Tout le reste est fair game. Ce tiroir-là, non.

Imaginer une collègue de travail nue ? Pas de problème. Imaginer un ami d'enfance baiser avec sa blonde ? Certainement. Imaginer Gilles qui se touche dans sa douche ? Nah. Pas de nos affaires.

Et c'est très bien comme ça.

Du point de vue du masturbateur, c'est encore plus manifeste. À une époque où tout le monde raconte tout à tout le monde sans la moindre retenue, la masturbation constitue le dernier bastion de la «p'tite gêne» qu'on se garde. On ne veut pas en parler. On n'envisage même pas d'en parler.

Pourtant, on n'hésite pas à raconter nos derniers exploits avec le gars du bar, l'autre soir, t'sais le gars des shooters, là. On n'hésite pas à partager notre expertise, nos goûts, nos échecs. On n'hésite pas à écrire sur Facebook des statuts sans équivoque («Je me suis réveiller toute nu dans le lit d'Alex lol», anyone ?) que pourront lire nos 1263 amis, dont trois qu'on connaît pour de vrai. On n'hésite même pas à se prendre en photo tout-nu-tout-nu-pas-de-bobettes et à envoyer ça par la magie de notre iPhone à notre fuck-friend ou, si on est saoul, à notre ex.

Mais parler de masturbation ? Non merci. On ne raconte pas nos exploits avec notre main, l'autre soir, t'sais quand je me suis fait venir quatre fois. On ne partage pas nos techniques, nos goûts, nos essais un peu tordus. On n'écrit pas sur Facebook que «Je viens de me crossé s'tait cool lolll». On ne se filme pas en train de se manipuler le plaisir pour ensuite publier le résultat sur regardezmoimemasturber.blogspot.com.

Et c'est très bien comme ça. La p'tite gêne, c'est important.

Il y a des exceptions, bien sûr. Il y en a toujours eu. Des monsieur et madame pas-tout-le-monde-pantoute qui s'exhibent sans gêne. Mais c'est pas d'eux qu'on parle. On parle des gens banals qui, sur l'heure du lunch au bureau, y vont d'un retentissant «mon chum a voulu me mettre dans le cul en fin de semaine, mais je voulais pas», mais qui n'oseraient jamais mentionner les véritables raisons derrière l'achat à l'épicerie d'un séduisant zucchini. On parle du gars ordinaire, de la fille ordinaire, qui parle de cul comme on parle de sport. On parle de pas mal tout le monde de nos jours, donc.

La masturbation, c'est la bulle intellectuelle de l'expression «rentre pas dans ma bulle». C'est ce que le Web ne nous a pas encore complètement volé. C'est un petit tas de résidus de vie privée.

Ce qu'il en reste, la petite parcelle d'intimité qu'il nous reste, il faut la chérir. En faire un refuge, dans un monde de communication débridée, en faire un secret, le dernier qu'on est capable de garder. Parce que tout ça est une chute. On parle de plus en plus, on s'ouvre de plus en plus. Et si ça continue, il ne nous restera plus rien. Plus de moyen de nous évader, plus de repaire secret qui nous appartient juste à nous, plus de moment où on s'autorise à être seul avec nous-même. Plus d'instants où le temps s'arrête. Plus de solitude heureuse. Juste la solitude plate, au milieu des gens qui sauront tout. Cette solitude plate qui fait mal.  

Laissons la masturbation dans notre tiroir, celui que personne n'ose ouvrir. Gardons caché ce petit morceau de vie privée.

Crossons-nous.

Et fermons nos gueules avec ça.]]>
http://urbania.ca/canaux/chroniques/453/petite-parcelle-de-vie-priveeTue, 25 Jan 2011 00:00:00 ESTiphonefacebookintimitémonique jérôme-forgetbob gaineystephen harpermasturbationchroniquehttp://urbania.ca/canaux/chroniques/453/petite-parcelle-de-vie-privee
Ed Hardy d’hiver
Ceux qui n’en ont pas aiment dénigrer ceux qui en ont un ; parce qu’au fond d’eux-mêmes, ils en veulent un.

Non, ce n’est ni un cou plein de sucettes, ni un poster de Patrick Huard torse nu, ni d’un organe sexuel quelconque.

On parle plutôt ici d’un Sac Magique haut de gamme, d’une veste de flottaison hivernale, du Ed Hardy de l’hiver…et j’ai nommé : un manteau Canada Goose.

Un peu plus cher qu’une poche thermique de chez Jean Coutu, les manteaux Canada Goose ont fait fondre bien des cœurs…et des portefeuilles. Il y en a de plusieurs couleurs, de plusieurs modèles, ils coûtent cher, mais le constat est facile à faire : ils sont partout. Une simple balade à la station de métro McGill ou sur la Sainte-Catherine suffit pour constater l’ampleur de l’épidémie ; des dizaines de capuchons à la fourrure de coyote nous entourent. Les nombreux adeptes qui se pavanent fièrement – « pavanent fièrement » est un euphémisme ici – dans leur Mini Cooper des parures d’hiver aiment rappeler à tous ceux qui veulent bien l’entendre à quel point leur manteau d’esquimau du Grand Nord est juste parfait.

Mais comme la paix absolue n’est possible pour aucune espèce vivante sur cette Terre, une armée de féroces prédateurs envieux a fait son apparition pour les hanter : les Goose Haters.

Avec leurs pointes mesquines et leurs regards méprisants, les méchants détracteurs des Canada Goose ne ratent pas une occasion pour tourner en dérision les inconditionnels du petit badge rouge. En général, les gosseux « Gooseux » ne feront pas grand cas des critiques puisqu’elles proviennent surtout « de ceux qui n’ont pas les moyens de s’en payer un ».

Ceux qui s’affichent « anti-Goose » disent néanmoins avoir l’impression d’assister à un beau défilé de mode de dindons farcis. Ces haters là ne se feront pas prier pour mettre le feu n’importe quand à ces jackets de douchebags rouge flamme. Nous en avons croisé quelques-uns qui, avec quatre arguments, ont littéralement élevé le manteau du siècle au rang d’ennemi à abattre.

Argument 1 : célibataires rejetés
Si certains préfèrent les surnoms mesquins pour critiquer le coat de l’année, d’autres suggèrent plutôt des arguments plus profonds, comme Christelle, Goose hateuse solide depuis toujours. « Ceux qui en portent un sont visiblement célibataires puisqu’ils n’ont personne pour les tenir au chaud, lance de manière pas mal baveuse l’étudiante en Traduction. C’est de la pollution visuelle massive ! » Prendre le risque de passer pour un célibataire en manque d’affection ou avoir l’air en chaleur dans un collet de fourrure? Grave dilemme.

Argument 2 : gang de suiveux 
Ian, 22 ans, n’a rien d’un douchebag ni d’un célibataire endurci. Il nous assure qu’il a une blonde, qu’ils se donnent régulièrement de l’affection et que sa douce ne voit pas sa veste hivernale comme une compétitrice. Pourtant, il n’a pas pu résister plus longtemps. Il s’est acheté un des 250 000 manteaux Canada Goose vendus annuellement par des détaillants autorisés. « À force de voir autant de monde avec, tu finis par te dire que ça pourrait bien te faire à toi aussi », se convainc-t-il… Originalité ? Allo ?

Argument 3 : come on !
Pour Véronique, jeune serveuse dans un bar branché, « le plus drôle, c’est de voir se croiser deux personnes, qui étaient tellement sûres d’avoir choisi une couleur originale –genre jaune pompier–, avec le même manteau. Ils s’haïssent à mort, ça se voit dans leurs yeux ». Come on, Goose people ! Il y a déjà assez d’attaqueurs comme ça, vous pourriez faire preuve d’un peu plus de solidarité entre vous.

Argument 4 : la grippe A (H1N1)
Alors que nos hôpitaux montréalais sont bondés de monde grippés et agonisants, un autre type de microbe contagieux se propage à une vitesse foudroyante dans les rues de la métropole : celui du Canada Goose.

C’est du moins ce qu’affirme un groupe Facebook, qui rassemble pour l’instant une soixantaine de personnes et qui a été consacré à ce «virus» particulier. Puisqu’il est question de dindons, ce ne peut être que la grippe A(H1N1) qui nous guette…Un autre, comptant environ 400 membres, invite ceux qui « ne sont plus capables de voir un Canada Goose à chaque deux personnes » à joindre la page.

Pour toutes ces bonnes raisons, la chasse au gibier est ouverte !]]>
http://urbania.ca/canaux/chroniques/1878/ed-hardy-d-hiverFri, 14 Jan 2011 10:21:43 ESTh1n1goose hatersed hardygooseuxcanada goosereportagehttp://urbania.ca/canaux/chroniques/1878/ed-hardy-d-hiver
Fourrer ou crosser? #28 spécial Escrocs, maintenant dans les kiosques.

Le terme était-il bien choisi ?« Crosseur » semblait faire l’unanimité. C’est un gros mot bien gras et bien de chez nous qui a l’avantage d’être aussi imagé et coloré que les couvertures du magazine qui voulait le mettre à la une.

Je me suis tout de suite demandé si l’origine du mot « crosseur » ne venait pas de la crosse que tenait le Saint-Nicolas de mon enfance. Un rapide coup d’œil dans le dictionnaire m’a permis de découvrir qu’une crosse, c’est, et je cite quasi textuellement, « un long bâton pastoral d’évêque avec un bout recourbé ». Imaginez un peu ce qu’un homme d’Église peut faire avec sa crosse, mais là n’est pas le sujet de ce billet.

Ce qui est amusant avec les crosseurs, c’est qu’il y a ceux qui crossent les autres et ceux qui se crossent eux-mêmes. La crosse est donc toujours à portée de la main, et pas seulement parce que c’est un sport d’origine amérindienne répandu dans le Nord Est de l’Amérique qui fait surtout travailler les poignets. Encore une chose qu’on peut apprendre en tenant Urbania à deux mains. Que ceux qui n’ont jamais tâté de la crosse me jettent la première bière. Si vous n’avez pas crossé votre prochain, vous vous êtes au moins crossé tout seul dans votre chambre; on appelle ça de l’auto-crosse.Même si les crosseurs sont légion dans nos régions, le terme n’avait pas assez de fini et de vernis pour être le titre d’un magazine couché sur papier glacé. Nous avons donc mis les crosseurs à l’index. S’est ensuivi un débat linguistique qui a débordé la salle de rédaction. « Quand on se fait crosser, on se fait fourrer », a dit quelqu’un en serrant les fesses. Si l’effet n’est pas le même, le résultat, lui, est identique. Je n’ai pas besoin de vous faire un dessin. Nous n’allions quand même pas appeler le prochain numéro « spécial fourreur », même si les opulents bureaux de Toxa, l’éditeur d’Urbania, sont installés dans le quartier de la fourrure. Finalement, les instances urbaniales ont opté pour le mot « escroc », qui possède le chic d’être dans le dictionnaire et d’être compris de nos lecteurs parisiens du XVIe arrondissement.

L’étymologie d’escroc est édifiante… Le mot vient — vous m’excuserez, Messieurs Tomassi, Fava, Accurso et consorts — de l’italien. Scroccare, au pays de la mafia et de Sa Sainteté le pape, veut littéralement dire «décrocher». Les escrocs ont, c’est bien connu, les dents longues et les mains qui traînent dans les poches des autres. Parents du requin de la finance, ils nagent en eau trouble sans faire de vagues. «Escroc» est l’équivalent d’«aigrefin», à ne pas confondre avec l’aiglefin, qui est un poisson beaucoup plus doux que le requin.

Mais notre rédactrice en chef se voyait mal expliquer sur les tribunes radiophoniques — où elle excelle — le sens du titre « Urbania, numéro spécial Aigrefins ». Nous avons donc opté pour le cinglant « Numéro Escrocs ».

Ce qu’il y a de bien aussi avec un escroc, c’est que ça fait plus Westmount que Hochelaga-Maisonneuve, disons. Nous allions pouvoir fouiller dans les poubelles du pouvoir et brasser la marde des nantis.

Un finfinaud bilingue et adepte de jeux de mots a noté qu’« escroc » a l’essence, le son et le sens de « crook ». Ce qui, dans la langue de Earl Jones, veut dire « crosseur ».

Nous y revoilà donc.

Ce texte est extrait du #28 spécial Escrocs, maintenant dans les kiosques.]]>
http://urbania.ca/canaux/chroniques/1865/fourrer-ou-crosserMon, 10 Jan 2011 10:42:46 ESTEscrocs#28crosserfourrerreportagehttp://urbania.ca/canaux/chroniques/1865/fourrer-ou-crosser
Des nuances de vert - Petit guide à l'attention des daltoniens politiques
Les crinqués


Il y en a chez qui la colère et la volonté d’affrontement précèdent la cause qu’ils défendent. À une autre époque et en d’autres lieux, on en aurait fait des révolutionnaires. Certains, pas cons, s’accrochent à la cause environnementale. Mais pour eux, il y a avant tout des bons et des méchants. Et on dirait qu’ils mettent beaucoup plus d’énergie à dénoncer les coupables qu’à proposer des solutions. En revanche, s’ils peuvent parfois paraître dogmatiques et être un peu épeurants, ils peuvent être nécessaires pour faire avancer le dossier. Ils sont cependant condamnés à faire partie du camp des éternels déçus et leur croisade n’aura jamais –jamais– de fin...


Les honteux de l’espèce humaine


Quand on laisse certains défenseurs de l’environne­ment s’étendre trop longtemps, leur tartinade finit par trahir autre chose. Plusieurs tiennent en fait un discours nihiliste. Ils sont tellement convaincus que la fin du monde approche, qu’on a l’impression qu’ils seraient déçus qu’elle n’arrive pas. Pour ces découragés de l’espèce humaine, le moindre hamster de laboratoire mériterait plus d’être protégé qu’un être humain irresponsable et polluant. Il y a souvent un vieux fond catholique recyclé dans cette pensée moraliste qui carbure à la culpabilité. L’homme serait en train de se chasser lui-même par son inconscience du paradis terrestre. On ne mérite pas notre planète. Navrant.


Les consommateurs verts

Pour ce faux-vert, tout est affaire de mode. Il vote avec son argent. Et le plus souvent possible. Il aura une voiture hybride, un poêle à combustion lente et des vêtements de fibres naturelles griffés d’une marque qui s’affiche ostensiblement comme étant organique et équitable. Il fera des kilomètres en auto pour acheter un produit bio. Ce qui est important, c’est que ça paraisse. C’est mieux qu’un cave qui veut flasher en Hummer ou une princesse de centre d’achats qui s’achète un Cherokee parce qu’elle s’y sent plus en sécurité, mais c’est tout de même à côté de la track...

Les lyriques opportunistes

Ils sont attirés par les nobles causes et les beaux mots comme des maringouins par un spot. Leur engagement semble d’abord un choix esthétique. Une posture. Ils se drapent dans le vert et attendent les applaudissements. De ce lot, les artistes jouissent de circonstances atténuantes puisque c’est un peu leur job. Et puis, ça a le mérite de populariser la cause. Mais dans le cas de politiciens de carrière, la tendance peut être particulièrement détestable.


Les nationalistes verdoyants

Les choix relativement verts du Québec en matière de production d’énergie sont pour eux une source de fierté, renouvelable à l’infini. L’environnement sert surtout ici à gonfler d’un noble orgueil la voile du nationalisme. C’est ainsi que l’appui à Kyoto est presque devenu au Québec un enjeu identitaire avant d’être environnemental. Et bien sûr, chaque fois, c’est que la protection de l’environnement coïncide avec les intérêts économiques et politiques du Québec. Or, des emplois en région, c’est aussi des votes... Si on trouvait du pétrole en Gaspésie, il y en a dans l’essaim qui seraient pas mal fourrés...


Les déguisements ratés


C’est l’espèce qui se reproduit le plus rapidement, et principalement en campagne électorale. Il n’y a pas si longtemps, ces nouveaux verts s’affichaient fièrement dans le camp des écosceptiques. Pour eux, se soucier de l’environnement était au mieux une sorte d’immaturité romantique. Une naïveté pleine de bonnes intentions, mais nuisible économiquement. Mais ça pouvait aussi trahir un «?agenda caché?» communiste avançant sous de fallacieux prétextes environnementalistes. Avec le temps, les débats publics et les sondages aidant, ils se sont bien rendus compte qu’ils avaient perdu la bataille de l’opinion publique et qu’ils ne pouvaient plus dire ouvertement ce qu’ils pensaient sans risquer de se peinturer dans le coin. Ils ont donc fleuri leur discours, mais pas leurs priorités. Ils ne feront jamais rien qui nuirait à une industrie polluante déjà en place, ils ne feront que traficoter les concepts et les statistiques. Ils sèment du vent. On attend la tempête pour bientôt...

Les déguisements réussis


À la différence du déguisement raté, ce vert-là est plus profond. C’est malgré tout un déguisement. Il y aura des résultats et des mesures concrètes, mais l’environnement leur est apparu non pas comme une obligation morale et scientifiquement logique, mais bien comme un outil stratégique. Le plus drôle, c’est que ce sont peut-être les plus efficaces.


Les nostalgiques du terroir


Ceux-là sont contre ce qui pollue et détruit l’envi­ronnement, mais leurs motivations sont plus roman­tiques qu’écologistes. Ils veulent juste que ça ne change pas. Mieux?: ils veulent que ça revienne comme avant. Un feu de foyer a beau être une aberration qui pollue et gaspille, ça sent bon et ça rappelle de beaux souvenirs. Une éolienne qui démolit la belle vue par contre, c’est une horreur. Ils peuvent être utiles, mais ils s’en tiendront souvent au discours du «?pas dans ma cour?».

Les moutons verts

Ils n’ont que quelques notions confuses à propos de l’écologie et sont incapables de reconnaître une preuve scientifique quand ils en voient une. Ils n’iront pas changer grand-chose à leurs habitudes de vie. Pas trop vite, en tout cas. Mais ils ont bien senti qu’il fallait se dire écologiste. Instinctivement, ils savent que c’est «?le bon bord?». Ils n’ont l’air de rien, mais il suffit qu’ils se mettent tous à acheter des ampoules fluocompactes pour faire une différence.


Les pas mûrs

Mention honorable, ici, à ceux qui affichent ouverte­ment leur écoécoeurement. Ils donnent du lip service à la cause environnementale, c’est maintenant obligé, mais ils ont l’insulte facile pour décrire ceux qui militent dans ce domaine. Ils seraient un troupeau de brebis égarées et menées à leur perte par les bons sentiments, des gosseux de poils de grenouilles, des pelleteux de nuages, des antiprogrès... Dans leur logique passéiste, le développement s’est toujours fait en triomphant de la nature. Il n’y a pas d’autre chemin possible. Ils ont envie de faire un bon gros barrage comme en d’autres pays, on se souhaite une bonne guerre pour remettre les jeunes au travail et repartir le fourneau de l’économie. Au moins, en ne cachant pas leur pensée profonde, ils permettent d’alimenter le débat.


Les vrais de vrais verts

Contrairement à ce qu’on pourrait croire en suivant l’actualité, ce n’est pas une espèce si répandue. Souvent, le vrai vert possède une formation scien­tifique, mais on connaît des espèces autochtones et plusieurs variétés locales. Le vrai écologiste n’agit ni par nostalgie ni par souci de bien paraître. Il est profondément convaincu, en fait, que c’est plus rentable pour l’homme, à tous les points de vue, de se soucier de la qualité de son environnement. L’idée-clé, pour lui, c’est le développement sout­enable. Il sait, par exemple, qu’un développement non soutenable entraînera à la longue plus de coûts qu’il ne générera de bénéfices, mais surtout que ces coûts deviendront le lot de toute la société alors que les bénéfices ne rapporteront surtout qu’à ceux qui exploiteront la richesse. En fait, le vrai écologiste est un économiste avec une vision plus large.
Et plus juste...

Ce texte est issu du numéro Vert | Printemps 2007]]>
http://urbania.ca/canaux/chroniques/1667/des-nuances-de-vert-petit-guide-a-lattention-des-daltoniens-politiquesFri, 22 Oct 2010 14:54:45 EDTfrançois parenteauréchauffement planétairedéveloppement durableécologievertreportagehttp://urbania.ca/canaux/chroniques/1667/des-nuances-de-vert-petit-guide-a-lattention-des-daltoniens-politiques
J'ai acheté une Hitachi 20 pouces
Croyez-moi, l’ego m’a dégonflé assez vite .

l’anti-luxe
Pendant trois ans, j’ai été une marathonienne qui marchait au rythme des battements de coeur des rues de Montréal. Je dormais dans un sous-sol public, humide, lugubre et sinistre, où se tramait toutes sortes de magouilles. Jusqu’au jour où mon ami Le Pic m’a invitée à partager son repaire (une chambre munie d’une cuisinette et d’une minuscule salle de bain), en me précisant que personne n’y avait eu accès avant moi. Tout un privilège. J’ai accepté, même si je préférais de loin avaler les kilomètres de bitume que la rue m’offrait, plutôt que de partager un lit à deux dans son appartement.

Puis un matin, Le Pic m’a emmenée dans le stationnement du Dunkin Donuts, tout près du Terminus Voyageur. Là, un camion nous attendait
pour nous emmener passer des circulaires. J’ai fait ça pendant des mois. À la fin de la journée, j’empochais 25 piastres, juste assez pour me payer deux grosses bières et un quart de cocaïne, mon luxe à moi. Je mangeais avec l’argent qui me restait.

Prison deux étoiles
Quand je suis entrée à la prison Tanguay, j’avais de l’argent, donc je pouvais m’acheter du tabac et de la dope. Et ça, en-dedans, c’était toute une monnaie d’échange pour se procurer des chips, du chocolat et… du sexe. À une autre époque, le ministère de la Sécurité publique subventionnait les institutions carcérales et le tabac était fourni. Plus maintenant. Aujourd’hui, si tu arrives en prison
les poches vides, oublie ça… Pas de tabac, pas de dope, tu deviens fou à tourner en rond dans ta cellule de 40 pieds carrés. Quand je suis sortie de prison, je ne voulais plus retourner dans la rue. Mon corps usé ne pouvait plus suivre le rythme. J’ai donc été obligée de me trouver un microscopique deux pièces, situé dans un sous-sol d’à peine 200 pieds carrés. Une méchante transition ! Il y avait une table à cartes, deux chaises pliantes pour mobilier de cuisine et un énorme frigo jaune qui me cachait la vue sur l’extérieur. Je n’avais pas de matelas, même pas une cuillère pour faire de la freebase ! J’étais tellement déprimée que je me serais propulsée à travers la fenêtre, même si je savais que le résultat serait un atterrissage forcé sur la pelouse…

Pendant des années, j’ai regardé le hockey sur un écran de 13 pouces en noir et blanc dans mon appartement. J’avais muni l’antenne d’une perruque faite d’un morceau de laine d’acier. Mettons que je n’avais pas besoin de fumer un gros pétard pour voir quatre équipes se disputer trois rondelles.
Puis, il y a six ans, j’ai réalisé que si je me dopais moins je pourrais enfin avoir le téléphone et le câble, tout en n’étant pas plus pauvre. Je me les suis procurées. Mais encore aujourd’hui, quand les comptes arrivent, ça me défrise tellement que ça m’évite de payer une coiffeuse.

luxe au quotidien
En septembre 2007, pour combler mon fanatisme pour la Série mondiale de baseball, j’ai acheté une télé avec un gros cul, la soeur aînée des télés Plasma, ainsi qu’un combo vidéo-DVD pour 237 $, ce qui représente une fortune pour moi! Je me suis procurée un ordinateur, mais pas d’imprimante ni Internet.

Aujourd’hui, le simple fait de regarder un bon match de baseball ou de tennis fait partie de mes p’tits bonheurs quotidiens. Et depuis que j’ai un DVD, je peux louer ce qui me fait le plus tripper. J’apprécie le peu que je possède, parce que si j’enviais ce que je n’ai pas, je gâcherais ce que j’ai. De toute façon, je suis convaincue qu’à la fin de la vie, le coffre-fort ne suit pas le corbillard !
Quand je serai morte, on ne me couvrira pas avec une couverte de piastres ! Comme de mon vivant, anyway, j’aurai pas une estie de cenne !


Ce texte est issu du numéro 20 spécial Luxe | Été 2008]]>
http://urbania.ca/canaux/chroniques/1639/jai-achete-une-hitachi-20-poucesThu, 14 Oct 2010 11:19:21 EDTl'Itinéraireluxehitachicylvie gingrasreportagehttp://urbania.ca/canaux/chroniques/1639/jai-achete-une-hitachi-20-pouces
Rides, petites chansons et métal19h21
Tout commence dans le hall d’entrée du Palace de Granby. Les murs sont blancs et les planchers sont recouverts d’une vieille moquette à la couleur indéfinissable. Des tables et des chaises un peu partout. Il y a un bar pas de barman. Dommage, moi qui aurais aimé prendre un scotch en attendant Maxime Landry.

À notre arrivée, ma sœur et moi, toutes deux dans la vingtaine, constatons que le public est composé uniquement de personnes âgées. Je me moque de moi un peu et lui fais remarquer qu’on est sans aucun doute les plus «sexy» de la place. Mettons que c’est pas ici que je vais me trouver un «p’tit chum»… Je parle en roulant mes «rrr».
Ils rrrouvrrrent finalement les porrrtes.

19h45

Une fois assises, on observe attentivement les gens présents dans la salle. La moyenne d’âge est très élevée.

On tend l’oreille.

Les conversations de nos voisins de siège tournent autour des enfants devenus grands, des cataractes et de l’astrologie. Les toux sont profondes et creuses ; ils ont visiblement du vécu.

19h50
La foule est prête. Il n’y a pas un siège de vide, tout le monde est déjà assis. On dira ce qu’on voudra, mais les personnes du troisième âge, c’est ponctuel. L’écran au-dessus de la scène projette des publicités country douteuses. Ma sœur et moi, on attend avec impatience l’arrivée de Maxime Landry pour sortir notre pancarte «Marie-nous!».

Quelques gens baillent, d’autres ferment les yeux. Il va y avoir de l’ambiance ici à soir… Probablement qu’un ou deux vieux feront du bodysurfing d’ici la fin du spectacle.

19h58
On apprend qu’Henriette est entrée à l’hôpital.

Même s’ils ne se souviennent pas de la raison de son hospitalisation, elle s’en sortira. Ouff.

19h59
Le mot «dentier» parvient jusqu’à nos oreilles.

20h30
Maxime n’est pas trop à l’heure (le show commençait à 20h). Compte tenu de son retard, je me permets de l’appeler par son prénom.

20h45
Ma sœur et moi, on se déchaîne sur un pot-pourri des chansons et des thèmes d’ouverture de Star Académie.

21h02
Petite entracte de 15 minutes. Heureusement, nous sommes là pour mettre de l’ambiance et danser en jugeant les gens qui restent assis.

(Petite frustration de ma sœur envers ceux qui ne participent pas).

22h20
Le spectacle se termine dans les cris et les larmes.

22h27
On fait la ligne, comme deux vraies fanatiques, dans l’espoir de recevoir un autographe sur les seins et peut-être même un bisou dans le cou. Ma sœur sue à grosses gouttes en imaginant le moment où elle pourra arracher la chemise couleur lavande de Maxime.

Pendant ce temps, moi, j’observe les personnes âgées qui patientent en attendant l’arrivée de Maxime. Même si elles sont excitées, elles font semblant d’être relax et d’en avoir vu d’autres.

22h45
On est près du but.

22h47

Ma sœur lance des fleurs à Maxime (au sens figuré, bien sûr).

22h48
Maxime, ce n’est qu’un au revoir… On se reverra. C’est promis!

22h52
On se dirige vers le parking. Deux personnes sont accotées sur une portière et se pelotent langoureusement. Je me mets à rire. Mais pas ma sœur.
-    Qu’est-ce qu’il y a?
-    C’est ma belle-mère!
-    Hahaha!
-    Mais l’autre, à côté…
-    Quoi?
-    C’est pas mon beau-père.

Comme dirait monsieur Perrreault  dans un de ses contes, la morale de l’histoire : «T’as beau rrrire des gens, et des personnes âgées en parrrticulier, mais c’est eux qui vont finir la soirrrée par un orrrgasme avec leurrr amant surrr le capot d’une voiturrre. Pas toi…»

Ce texte est extrait du numéro 27 spécial âge d'or | été 2010]]>
http://urbania.ca/canaux/chroniques/1594/rides-petites-chansons-et-metalThu, 30 Sep 2010 16:40:29 EDTâge d'orstar academieMaxime Landryreportagehttp://urbania.ca/canaux/chroniques/1594/rides-petites-chansons-et-metal