Urbania - chroniqueshttp://urbania.caTurbulent Media RSS Builder v1.0http://www.rssboard.org/rss-specificationSat, 18 May 2013 16:12:39 EDT60Le bonheur a une date d’expiration(Aviez-vous lu le 27e épisode?: Demain est devenu aujourd'hui )

Cela fait maintenant une semaine que je fais la vie de plage en Floride. J’habite dans un coin de retraités et de résidences secondaires pour des plaisanciers en vacances. Quand je fais mon jogging, tous les gens que je croise me saluent et sur la route, ils ont compris depuis longtemps que la courtoisie rend plus heureux que l’abus du klaxon et du doigt d’honneur. Tout est moins cher, il y a moins de taxes, il fait beau à l’année et ici, les urbanistes n’ont pas bâclé leur job. La seule ombre au tableau : je ne suis pas vraiment retraité.

On dit qu’une certaine période d’adaptation est nécessaire avant de décrocher complètement du quotidien que l’on avait avant notre départ. Après quelques jours, mon ancienne vie me semble déjà à des milliers de kilomètres d’ici, littéralement. Je ne pense pas du tout aux bières que je n’ai pas servies ce weekend et ne suis pas nostalgique de la météo de Montréal. (J’ai entendu dire qu’il faisait froid ces temps-ci).

Ici, c’est la belle vie. Pour les vrais retraités, le soleil, la plage, un quartier sécuritaire et une épicerie pas trop loin sont suffisants pour avoir la sérénité d’esprit. Toutefois, dans ce milieu de villégiature, l’imposteur que je suis n’est pas totalement en paix. Je sais que, dans un futur proche, j’aurai à trouver d’autres sources de revenus pour subvenir à mes besoins. Je ne reçois pas de chèque tous les mois et je vis sur des économies qui ne sont pas éternelles. Ce bonheur là, tel quel, a une date d’expiration.

La partie la plus ardue, ce n’est pas de s’habituer au sable entre les orteils, mais bien l’implémentation du changement souhaité dans nos schèmes intérieurs. Mis à part l’environnement physique, ici, il reste le même travail à accomplir qu’à la maison. Un livre, ça ne s’écrit pas tout seul et mon esprit est confronté aux mêmes distractions. Le simple fait de m’exiler ne me donne pas le courage nécessaire pour affronter le risque associé à l’entreprenariat ni la confiance requise pour réaliser des choses que je ne sais pas encore faire.

Également, comme vous l’avez sans doute constaté dans votre vie privée, s’imposer une discipline personnelle est un défi de taille, surtout quand nous n’avons pas à rendre de comptes à personne, ni d’horaire fixe. C’est beaucoup plus facile de se contenter de faire ce que les autres nous demandent et ne décevoir que soi-même est quelque chose auquel on s’habitue rapidement.

Présentement, après une semaine, j’anticipe déjà qu’à mon retour, je devrai retourner dans ce qui m’est familier afin d’arrêter l’hémorragie financière que ce type de voyage occasionne. Tout ce que je connais pour faire de l’argent, c’est de travailler pour un salaire horaire et pour faire un peu plus d’argent, avoir un salaire horaire avec pourboire.
Je ne m’imagine pas encore vivre autrement.

Par contre, malgré toutes ces incertitudes, j’ai pu constater que la paix d’esprit ne se trouve pas dans la projection d’un futur basé sur le passé, mais plutôt dans ce que l’on fait dans le présent pour construire le futur. Actuellement, je me concentre sur le plan A et j’essaie le moins possible de laisser le passé m’en faire douter.

David Malo
aventureshommemoyen@gmail.com
Twitter: @HommeMoyen
http://www.facebook.com/pages/Les-Aventures-de-Lhomme-Moyen/262405733831648

À suivre la semaine prochaine: même heure, même poste!
]]>
http://urbania.ca/canaux/chroniques/3974/le-bonheur-a-une-date-d-expirationTue, 14 May 2013 14:39:29 EDThoraireargentlivreretraitébonheurécrirereportagehttp://urbania.ca/canaux/chroniques/3974/le-bonheur-a-une-date-d-expiration
Demain est devenu aujourd’hui(Aviez-vous lu le 26e épisode?: Terroristes, c'est vous qui avez tort )

Après plus de 36 heures passées sur la route qui mène de Montréal à Pompano Beach en Floride, je suis maintenant arrivé à ma destination : demain. J’expérimente ce fameux « plus tard » que l’on a prévu depuis si longtemps et qui est supposé marquer le début d’une transition vers de nouveaux et meilleurs horizons. Une fois que demain a livré la marchandise et est devenu aujourd’hui, c’est maintenant à nous d’assumer ce qu’on lui a promis et de faire notre partie du travail.

J’ai fait mon dernier quart de travail au bar samedi dernier et je me retrouve avec trois mois de liberté absolue. Joie, mais aussi angoisse, car je me suis promis de faire quelque chose que je n’ai jamais réussi à faire.

Le but premier de ce voyage n’est pas seulement de définir mes abdos (autre chose que je n’ai jamais réussi à faire) et de rendre plus foncée, de quelques tons, la pigmentation de ma peau. L’objectif principal de ce dernier est de trouver comment faire ce que j’ai toujours voulu faire, et ce, en 60 jours : écrire un livre.

Ne l’ayant jamais fait et n’étant pas rassuré par des études littéraires, je me suis engagé dans un terrain qui m’est devenu inconnu avec le temps, celui de l’accomplissement. Ce chemin que l’on quitte peu à peu, à mesure que notre zone de confort prend racine dans notre routine quotidienne et nous permet d’être en confiance seulement parmi les choses que l’on sait faciles.

Faire quelque chose de difficile qui demande beaucoup de travail et d’efforts, je ne sais pas comment depuis qu’on ne me le demande plus.

Dans notre système d’éducation, chaque année est un accomplissement quantifiable et l’étape suivante est toujours prévue pour nous, par d’autres. Sur le marché du travail, l’année prochaine est sensiblement une répétition de la précédente et l’étape suivante n’est définie que par nous-mêmes. La plupart du temps, on ne définit que nos plans pour la soirée même, laissant au futur le fardeau de nous livrer nos rêves sur un plateau d’argent.

Il est évident que personne n’a réellement besoin de faire 36 heures de route pour écrire un livre ou pour accomplir quelque chose. La situation géographique n’a rien à voir. Nous avons tout à Montréal, tous les emplois, tous les gens, toutes les commodités et toutes les ressources imaginables. Le travail est en grosse partie intérieur.

Toute ma vie je me suis fait un horaire en fonction de cet objectif. J’ai toujours travaillé à temps partiel et alloué beaucoup de temps pour réfléchir sur notre condition humaine, mais pour une raison quelconque, ça ne s’est jamais fait. Pourtant, les conditions ont toujours été favorables.

On dit que la folie c’est de répéter sans cesse les mêmes gestes et d’espérer des résultats différents.

Si écrire chez nous à temps partiel n’a pas fonctionné pendant toutes ces années, la solution est peut-être de faire carrément l’opposé : écrire à temps plein à l’étranger!

Je vous tiens au courant!


David Malo
aventureshommemoyen@gmail.com
Twitter: @HommeMoyen
http://www.facebook.com/pages/Les-Aventures-de-Lhomme-Moyen/262405733831648

Le 28e épisode est ICI.
]]>
http://urbania.ca/canaux/chroniques/3958/demain-est-devenu-aujourd-huiTue, 07 May 2013 13:45:26 EDTvierêvetravailchoixvoyageécrirereportagehttp://urbania.ca/canaux/chroniques/3958/demain-est-devenu-aujourd-hui
Terroristes, c’est vous qui avez tort(Aviez-vous lu le 25e épisode?: Savoir vouloir)

Quand je me lève le matin, mon intention première est d’avoir du plaisir. Si les occasions se présentent, je cherche aussi à améliorer ma condition pour le futur et d’être une bonne personne pour moi-même ainsi que pour les autres. Mes vouloirs ne sont pas plus complexes que cette commune quête du bonheur associée à la vie dans un pays industrialisé. Il y a toutefois des gens qui semblent avoir un agenda tout à fait différent.

Je me suis toujours demandé ce que les terroristes croient accomplir par le meurtre, la violence et la peur. Est-ce que prendre revanche sur des innocents a, par le passé, apporté une solution à un problème diplomatique, a déjà colmaté des différents religieux ou fait disparaître une occupation militaire injustifiée? Personne n’est innocent diront-ils.

À plus petite échelle, est-ce que tuer ses camarades de classe qui sont bons dans les sports et ensuite s’enlever la vie fait que nous sommes ensuite moins marginalisés par nos pairs? Je crois que nous connaissons tous la réponse à ces questions.

Je suis loin d’être historien, mais je ne crois pas qu’une organisation terroriste ayant revendiqué un attentat ait déjà obtenu un siège à l’ONU ou fait avancer sa cause sous la menace de la peur. Dans les faits, cela a même tendance à produire l’effet inverse. Si ma mémoire est bonne, il y a même eu plus de militaires étrangers en Afghanistan après le 11 septembre qu’avant. D’autant plus qu’il est d’un commun savoir que les gouvernements ne négocient pas avec les terroristes alors à quoi bon?

Donc, si l’intention première des terroristes et des tueurs de masses n’est pas de trouver une solution gagnant/gagnant pour les deux partis en conflit, quelle est-elle?

Si aucun débouché favorable ne peut ressortir d’une telle action, le seul et unique but d’un acte de violence est alors d’infliger de la douleur et de la souffrance à autrui et du même coup, à soi-même. Bien peu de terroristes ou de tueurs de masses connaissent une fin heureuse. Cette manière de s’y prendre pour rechercher le bonheur me semble quelque peu maladroite, mais c’est bien sûr ma position en tant qu’Occidental athéiste non extrémiste.

Dans mes réflexions philosophiques, j’en suis également arrivé à la conclusion que le bien le plus précieux que nous possédons tous est : la vie. Vivre, c’est tout ce que l’on connaît et j’ai bien du mal à m’imaginer que l’on puisse me convaincre de commettre un geste où ma vie serait mise en jeu pour une cause quelconque. Les jeunes lavés du cerveau à qui l’on promet gloire et admiration une fois qu’ils se seront martyrisés ont-ils causé plus de joie et de fierté envers leur famille que de peine?

Je n’ai également jamais compris le concept d’avoir un plan pour changer le monde sans être inclus dans ce dernier. Comment le monde peut-il être meilleur si je n’y suis plus?

Je n’apprendrai rien à personne en disant que la meilleure façon de changer le monde passe par un cheminement intérieur et non par la destruction de celui des autres. Peut-être suis-je bien égoïste de ne pas avoir de cause plus précieuse que ma vie. C’est peut-être parce qu’ici, en Amérique, nous connaissons une misère simple, une misère qui résulte de nos choix. En Amérique, notre rêve est de mourir de vieillesse et non dans un événement d’actualité internationale.

Peut-être que les terroristes et les gens qui se sentent rejetés nous diront qu’on ne pourra jamais comprendre les vraies raisons qui justifient de tels actes. Peut-être avons-nous tort de vivre de façon civilisée dans une société où les gens jouissent d’une grande liberté. Peut-être que la charte des droits et libertés c’est de la merde.  Peut-être que ces actes de violence font partie d’un plan plus grand qui a également comme but la quête d’un meilleur bonheur mais, à ce jour, personne n’a su me prouver que l’on est plus heureux mort ou en prison et que l’on a meilleure conscience quand on a fait du mal à plein de gens.

Terroristes et tueurs de masses, vous m’excuserez d’être aussi fermé d’esprit, mais je crois que c’est vous qui avez tort.

P.S. Ça ne nous dérange pas vraiment non plus d’attendre 2 minutes de plus dans les aéroports parce qu’ils ont renforci la sécurité alors quand on y pense, ça donne vraiment rien.


David Malo
aventureshommemoyen@gmail.com
Twitter: @HommeMoyen
http://www.facebook.com/pages/Les-Aventures-de-Lhomme-Moyen/262405733831648

Le 27e épisode est ICI.
]]>
http://urbania.ca/canaux/chroniques/3930/terroristes-c-est-vous-qui-avez-tortTue, 23 Apr 2013 15:40:54 EDTviemortconflitAttentattueurterroristeterrorismereportagehttp://urbania.ca/canaux/chroniques/3930/terroristes-c-est-vous-qui-avez-tort
Savoir vouloir(Aviez-vous lu le 24e épisode?: Le prix à payer pour ne rien manquer)

Ce n’est plus un secret. Dans la vie, nous obtenons tout ce que nous voulons. C’est aussi simple et porteur d’espoir que ça. Ce que nous pensons vouloir et que nous n’avons pas, c’est parce que nous ne l’avons pas voulu correctement. La compétition pour les postes convoités, pour l’argent, pour le succès n’est donc pas une histoire de compétence et de talent, mais plutôt de volonté et d’engagement. Sachant cela, savoir vouloir est donc la première chose que l’on devrait apprendre.

Il y a plusieurs années, quand je ne savais vraiment pas vouloir, je me suis fait prendre au piège par une question lors d’une entrevue pour devenir agent de sécurité. J’avais pourtant préparé les questions les plus couramment posées. J’avais l’honnêteté comme meilleure qualité et le perfectionnisme comme gentil défaut. Dans une mise en situation impliquant une intervention, j’aurais même su démontrer l’importance de la communication et ma prédisposition à l’empathie avant d’employer des moyens plus coercitifs. J’aurais pu répondre à bien des questions, mais pas à celle qui m’a été posée. Le gars des ressources humaines n’en était sans doute pas à sa première entrevue, car il savait exactement comment peindre les imposteurs dans un coin.

« Pourquoi veux-tu travailler ici? » qu’il me demande sournoisement.

Je suis resté coi. J’avais l’impression que si je répondais que je voulais gagner des sous sans rien faire, je n’aurais pas eu l’emploi. J’ai donc reformulé la question à haute voix afin de m’acheter un peu plus de temps pour réfléchir à ce qui est convenu de répondre dans une telle circonstance. Je baragouine une réponse terne et sans grande conviction.

Je n’ai pas attendu à côté du téléphone après cette entrevue. Je n’étais pas vraiment déçu non plus. À cette époque, j’étais encore inconscient de l’importance de bien vouloir. Je l’ai d’ailleurs été jusqu’à tout récemment.

Je me suis posé la question suivante : qu’est ce qu’il y a tant à vouloir?

La première chose qui me vient en tête est la liberté. Je veux la liberté. En formulant cette requête, je réalise que, selon ma définition, je l’ai déjà depuis longtemps. J’ai beaucoup de temps libre et j’ai de l’argent pour meubler ce temps. Je devrais donc me sentir comblé et satisfait, car je possède l’un des biens les plus convoités de tous. Pourquoi alors ressens-je encore un manque et ai-je l’impression que je veux plus encore? Ce pourrait-il que la liberté ne soit pas simplement d’avoir du temps libre et de l’argent?

Voici une définition de la liberté dérivée d’une citation de Jean-Paul Sartre :

« La liberté n’est pas de faire ce que l’on veut, mais plutôt de vouloir ce que l’on fait. »

(La vraie citation se termine par ce que l’on « peut » au lieu de ce que l’on « fait », j’y reviendrai plus tard)

Selon cette définition, la liberté serait donc une action engagée et non une absence totale d’engagement. Je dois donc vouloir autre chose que la liberté de mouvement, mais quoi?

Je formule un nouveau vouloir.

Je ne veux plus de temps libre, je veux travailler du matin au soir, tous les jours et tout le temps, mais pas seulement pour de l’argent. Je dois aimer ce que je fais assez pour m’y engager pleinement et y voir un grand potentiel.

Ma quête originale de la liberté m’amène donc vers une recherche de ce que j’aime faire plutôt que de m’éloigner de ce que je ne veux plus faire.

Qu’est-ce que j’aime? Une question que les gens rationnels ont bien de la misère à répondre, s’attendant toujours à ce que la passion nous frappe de plein fouet et nous consume entièrement de l’aube jusqu'au crépuscule comme une force incontrôlable. Nous étions loin de prévoir que l’attente du coup de cœur soit sans fin.

J’aime tout et rien en même temps, telle est ma réponse. Est-ce que trouver ce que j’aime m’amène à m’engager dans un jeu d’essai et d’erreurs dans des domaines que j’estime jusqu'à ce que j’y trouve mon compte?

Une autre option serait de me référer à la définition originale de Jean-Paul Sartre et de me concentrer sur ce que je peux au lieu de sur ce que je veux. Comme je crois que l’on peut presque tout, la question demeure entière, mais peut-être est-il, de réputation, meilleur philosophe que moi.

Souvent les filtres sociaux nous amènent à penser que l’on veut des choses que l’on ne veut pas vraiment. Pour certains, ce sont des objets, un poste, une blonde et pour d’autre, c’est de la liberté qu’ils ne veulent pas vraiment. Ce qui a pour effet de créer attentes et déceptions car, d’aucune façon il n’est possible de déployer les efforts nécessaires pour obtenir ce que l’on ne veut pas vraiment.

Savoir vouloir, c’est vouloir vraiment et je suis certain d’une chose :

Je veux vraiment vouloir.

David Malo
aventureshommemoyen@gmail.com
Twitter: @HommeMoyen
http://www.facebook.com/pages/Les-Aventures-de-Lhomme-Moyen/262405733831648

Le 26e épisode est ICI.]]>
http://urbania.ca/canaux/chroniques/3915/savoir-vouloirTue, 16 Apr 2013 15:51:58 EDTlibertévouloirsavoirlibretempsreportagehttp://urbania.ca/canaux/chroniques/3915/savoir-vouloir
Se perdre pour une rousseCe texte est extrait du Spécial ROUX, en kiosque dès maintenant ou disponible en version PDF sur la Boutique Urbania

J’ai failli y laisser ma peau à force de courir après la leur. Son odeur typée, indéfinissable. Mais surtout sa blancheur laiteuse, parfois translucide, qui laisse voir le complexe réseau des vaisseaux qui courent sous l’épiderme.

Assis à côté de l’une d’elles à l’école, plus rien n’existait que les taches sur ses bras. Un visage constellé, jusqu’à former une tempête de son, me ravissait. Puis il y avait les cheveux... Mais même tirant sur le blond ou le châtain, ils me convenaient. À la limite, et à la condition d’en posséder toutes les autres caractéristiques (surtout les picots), la fausse rousse trouvait grâce à mes yeux. J’avais l’obsession inclusive.

J’en étais tellement dingue que j’ai passé une partie de ma vie à courir après les rousses, implorant mes amis de me présenter toutes celles qu’ils connaissaient, découvrant une liste inespérée de qualités à des filles qui, si elles avaient eu les cheveux d’une autre couleur, ne m’auraient jamais même vaguement intéressé. La rousseur agissait comme du glutamate monosodique sur mes goûts.

Ce n’était même pas un truc de cul. Je ne bandais pas comme un fou sur la touffe rousse, je ne voulais même pas nécessairement coucher avec elles. Toucher leur peau ou même leur parler pouvait parfois me suffire. C’était un désir qui n’avait pas prise dans le réel. Une déviance ? Ça se peut.
 
Je n’ai jamais compris pourquoi exactement. Ce n’est pas nouveau, et dans l’histoire de l’humanité, les rousses furent l’objet d’un si grand et impétueux désir qu’elles ont souvent été associées au péché (à commencer par Lilith, la première femme d’Adam), à la sorcellerie ou à la prostitution (la légende veut que Marie Madeleine fut rousse, ce qui est aussi peu probable qu’un Christ blond aux yeux bleus cachés derrière des RayBan).

Mais comme se plaisaient à dire nos pieux ancêtres et Martine St-Clair : désir égale danger. Comme ils avaient raison !

Pour toi, j’ai marché à genoux
Dans cette quête folle, je me suis perdu. Pour une rousse, j’aurais rampé des kilomètres dans du gravier concassé ¾, j’aurais assisté à un concert de Patrick Bruel en miaulant comme un chaton entre les chansons, et, dans les faits, je suis allé jusqu’à voir Dances with Wolves avec Kevin Costner pour en sortir et faire semblant d’avoir aimé ça. Je me souviens encore de spasmes incontrôlables et d’envies de pouffer de rire devant le ridicule du film. Mais la simple vue de la main tachetée sur l’accoudoir du siège et de ces yeux verts et humides dans lesquels se reflétaient les images suffisait à me rappeler le sérieux de mon entreprise, et j’en oubliais jusqu’à l’onctueux sirop des dialogues qui me coulait dans les oreilles.

Lisez la suite dans le Spécial ROUX, en kiosque dès maintenant ou disponible en version PDF sur la Boutique Urbania

Abonnez-vous à Urbania!

]]>
http://urbania.ca/canaux/chroniques/3911/se-perdre-pour-une-rousseMon, 15 Apr 2013 13:25:27 EDTperdreMartine St-Clairrousseurrousserouxreportagehttp://urbania.ca/canaux/chroniques/3911/se-perdre-pour-une-rousse
Si j'avais su
Mais si j'avais su. En découvrant les premiers recoins de la ville, ses grands espaces urbanisés et, ses week-ends sur la côte ouest, outrageusement bordée d'un fleuve froid même au mois d'août.

Si j'avais su. En recevant mes premiers colis d'Europe, ceux qui soulignent l'encouragement au coeur d'un camembert pays d'origine, et d'une bouteille de Beaujolais nouveau, toujours trop acide.

Si j'avais su. Lorsque je pleurais en voyant pour la première fois Eels sur la scène d'Osheaga en 2011.

Si j'avais su. Quand je m'émerveillais de fouler le sol d'un décor de cinéma, nostalgique de mon enfance, en levant les yeux sur les plus hauts présents de New York.

Si j'avais su. En regardant l'agent de l'immigration agrafer mon premier visa dans mon passeport fraîchement renouvelé pour de nouvelles contrées.

Si j'avais su. En embrassant ma grand-mère, ce matin de janvier 2010, à l'entrée des portes d'embarquement, lui promettant qu'un jour elle allumerait la télé pour me regarder présenter les nouvelles. « Même si c'est la télé canadienne mamie, t'en fais pas, je te paierais le câble ! », que j'lui disais.

Si j'avais su. Que la galère serait rude, que les mensonges et les promesses seraient les balises d'un carnet de route éphémère, et que la réussite, trop prude, ne m'apparaîtrait pas.

Si j'avais su. Que l'accent français ne serait pas si apprécié, que je prendrais des expressions qui ne m'appartiennent pas, laissant se moquer des locaux tannés de nous voir violer leur identité.

Si j'avais su. Que je passerais des heures à écrire sans jamais être payée, ni même remerciée pour le service rendu.

Si j'avais su. Qu'au lieu d'afficher ma face saturée de make-up devant les lumières d'un direct, j'irais travailler au bout de ma rue, là où chacun se rend sans jamais vraiment s'y attarder, ni même regarder ailleurs que l'intérêt qu'il vient y chercher. Dans cet endroit où nous allons tous rechercher quelques bouteilles, l'haleine chargée de rires alcoolisés d'une soirée dont nous ne souhaitons connaître la fin. Cet endroit qui bien souvent ferme à 23h, et nous laisse frustrés un jour de fête. Oui voilà, cet endroit précis auquel tu penses, là, tout de suite.

Laisse-moi te dire que si j'avais su...

Du jour où j'ai posé mon cul de française dans ce vol de la Swiss Airlines, incrédule et impatiente de démarrer une nouvelle vie, à celui où j'ai franchi la porte du dépanneur pour venir y chercher un travail, le film paraît s'être projeté très vite. La fin en moins.

En accéléré, mettons que ça donne ça. Je me réveille un matin, j'ai des rêves, je les projette, je les assume, et me donne les moyens de les réaliser. Puis comme un mauvais geste, où tu perds l'équilibre dans une valse en patin sur la glace du parc Lafontaine, j'ai à peine eu le temps de comprendre quelle était la chute que j'étais déjà su' le cul. La damnation, c'est de se voir trois ans plus tard diplômée et sûre de soi, mais d'ouvrir les yeux pour se voir finalement anonyme et nauséeuse. Vous comprendrez qu'ici, le masculin n'est pas choisi pour alléger le discours.

Le pire c'est surtout la nuit, et les instants de solitude. Deux impasses quotidiennes qui pèsent tes maux avec insistance. Là où tu as le temps de tergiverser, ressasser, accumuler l'angoisse, les peurs de l'avenir et les regrets de ce qu'il s'est passé. Ou pas.

Il y a également les questions et les conseils des autres. Ceux qui demandent où tu en es, mais n'ont rien à foutre de la réponse.

Ceux qui connaissent l'histoire, mais qui n'ont rien compris, et qui s'acharnent alors à te dire cent fois la même chose: « Moi, je serais toi, je retournerais aux études. » Ok dude, mais qu'est-ce que tu saisis pas dans ma phrase « je peux plus avoir de visa d'études et j'ai plus de cash » ?

Il y a ceux qui te plaignent, en te complimentant faussement du courage dont tu as fait preuve pour surmonter les épreuves. Et puis, il y a le pire. Ceux qui t'aiment vraiment. Parce que tu es à la fois touchée par leurs multiples attentions, et mal de leur causer du souci.

Quand tout se casse la gueule, tu passes beaucoup de temps à chercher une solution, mais les résultats étant paresseux, ta réserve d'espoir diminue et se tarit.

Tu traverses ensuite une période de rien. Comme si tu espérais qu'un miracle tombe du ciel, qu'une personne viennent cogner à ta porte un matin, non pour te faire la charité en période de Noël, mais pour te donner un travail, une solution, un câlin. Whatever. Je prends. Merci.

S'installe alors une forme de vie en alternance, où tu n'es plus du tout en accord avec celle de tes amis. Tu te fous de tout, tu fais le party un mardi soir, tu ris, tu dors trop longtemps, t'oublies de soigner ton apparence et d'entretenir ta foulée matinale comme jadis, la truffe au vent. Puis tu pleures, tu désespères, t'étouffes, tu ne dors plus. Certaines fois, tu deviens complexe voire illogique.

La solitude te pèse, mais voir du monde t'angoisse. Dans le fond, tu veux juste éviter d'être confronté à la question: « Alors, qu'est-ce que tu fais maintenant ? Ca s'arrange ton affaire de visa-travail-argent ? »

Sur ce point, mêmes tes amis proches ont du mal à comprendre. Chaque fois que tu as le malheur de te confier, tu as droit à « Viens avec nous, tu devrais sortir, ça va te changer les idées! » Après quoi, ils s'indignent d'entendre les refus sortir de ta bouche. Le problème est que bien souvent, voir « les autres » te remet face à ta situation de « Bon, on dirait bien que je suis la seule qui n'a pas de 5@7 de bureau le jeudi soir. »
 
Au moins, quand je suis seule, encerclée par les murs de brique de mon appartement, il m'est permis de rêver ma vie. En paix.

Arrive un beau matin l'instant de grâce. Celui où tu ne veux plus attendre, où tu ne peux plus te regarder en face, celui où il faut que ta vie change RIGHT NOW. Soudainement, la détresse succombe à l'énergie, tu te sens capable de remuer ciel et terre pour que ça change.

Seulement, tu découvres une chose, un détail, un reflet qui vient tout gâcher.

Là, ma face arborant un sourire ready, ma carcasse serrée dans un combo chemisier transparent/ slim noir/ souliers trop neufs pour l'occasion, je réalise.

Qu'est-ce que je veux vraiment ? De quoi suis-je réellement capable ? Moi, trois ans plus tard, à me battre dans des passages avides et trop étroits, quelle est ma valeur ?

Au milieu des apéros, des encouragements, des conseils, des reproches, des critiques et de l'apitoiement, j'ai pas rencontré UNE personne capable de me dire que: « Tu verras un jour tu seras tellement fatiguée de courir après quelque chose qui n'arrive pas, que tu te sentiras pire que de la marde. Fucking out l'estime de soi ma fille. »

Bordel. Si j'avais su.

-Wendy Marcel
http://www.slogan1969.com/]]>
http://urbania.ca/canaux/chroniques/3897/si-javais-suTue, 09 Apr 2013 15:30:23 EDTvisagesétudestravailestime de soivieadaptercanadamontrealquebecfrançaisfrancereportagehttp://urbania.ca/canaux/chroniques/3897/si-javais-su
Le prix à payer pour ne rien manquer(Aviez-vous lu le 23e épisode?: Ordinaire avec extra )

Montréal est au Québec ce que New York est aux États-Unis. La ville est belle, elle est grande et est pleine de promesses. Comme bien des gens,  j’ai quitté ma ville natale, St-Hyacinthe, pour aller vivre dans une ville aussi grande que mes ambitions de l’époque. Montréal, c’est la ville où tout peut se passer, mais c’est aussi la ville aux rêves déchus.


Depuis toujours, les jeunes adultes avides d’épanouissement et d’un futur prospère partent des banlieues pour aller vivre dans les grandes villes. Ils y vont d’abord pour étudier et ensuite y travailler. Bien loin de ces quartiers résidentiels avec de grandes cours arrière et des piscines creusées, on y trouve une vie qui donne l’impression d’un plus grand potentiel. Tout est à côté de nous.

Il y a les artistes qui vivent de leur art et qui vendent des toiles dans les galeries. Il y a aussi ceux qui n’en vivent pas et qui les exposent dans les cafés. Au gymnase, il y a les athlètes que l’on voit à la télévision, et les acteurs de téléromans boivent dans les mêmes bars que nous. Il y a la bourse, les grandes compagnies de publicité, les lancements de magazines, les productions de cinéma américaines, les festivals, les touristes, les Canadiens et les spectacles des gens que l’on entend à la radio.  Ici, il y a la grande aventure, la liberté et pas seulement du 9 à 5. On peut se faire de bons contacts, on peut rencontrer la femme de sa vie, travailler dans un domaine qui nous passionne et bien sûr, devenir riche. Quand on vit à Montréal, on est sûr de ne rien manquer. Que l’on se dise!

Toutefois, peu à peu, on constate que dans l’attente du futur qui nous est promis, la peur de manquer quelque chose ne nous rend pas très friands d’engagements. On ne prévoit que des choses faciles qui ne durent pas trop longtemps afin de se garder toujours disponibles pour quelque chose d’éventuellement plus grand. Des emplois que l’on quitte pour voyager, des emplois qui n’ont d’autre but que de payer le loyer, des emplois qui nous donnent beaucoup de temps libres pour bidouiller sur des projets personnels entre deux soupers entre amis et nos émissions de télé.

Dans notre quête du grand amour, s’est même immiscée cette zone grise entre les fréquentations et le couple officiel. On aime avec la condition de ne jamais parler de demain. Il n’y a que maintenant et en ce moment, sinon, c’est la fuite et les textos boiteux que l’on reçoit à des heures bizarres. Il y a aussi des relations qui durent trop longtemps, et ce même si une éventuelle date d’expiration est déjà connue d’au moins un des deux protagonistes depuis le début. On fréquente des gens tout en se gardant disponible au cas où l’on croiserait le grand amour dans ce café où les gens se regardent sans se parler. On attend encore ce qui n’existe pas.

Les années passent sans rendre de compte. La vingtaine se termine. Où sont toutes ces belles et grandes choses qui devaient nous arriver à Montréal? L’idée que quelque chose nous manque dans cette ville où l’on ne manque de rien apparaît parfois dans l’ombre d’une pensée que l’on enterre bien vite sous des tonnes de plaisirs éphémères.

Pendant ce temps, les amis avec qui l’on a gardé contact en banlieue ont maintenant des maisons et des enfants. Quelques fois par année, nous allons nous immerger dans cet univers que l’on a quitté sans jamais regarder derrière : celui des familles, des ballons, du bon voisinage et des bonheurs sans complexe.

Il y a le petit neveu de cinq ans qui nous montre les jouets dans sa chambre en nommant ses toutous en ordre de préférence. Il y a notre filleule qui fait des chorégraphies avec ses amies du primaire et des parents qui sont ensemble depuis toujours. Une famille qui semble vraiment heureuse et équilibrée, comme la nôtre, qui nous semblait bien petite avant que l’on parte pour la grande ville. Eux ils sont restés là, à St-Hyacinthe, avec des jobs pourtant si peu glamour et je n’ai pas l’impression qu’ils ont tant manqué. Sont-ils seulement conscients de toutes ces merveilleuses choses qu’ils ne peuvent pas faire en banlieue que nous nous faisons à Montréal?

Sur la 20, en direction de Montréal, seul en silence dans la voiture, je me demande parfois ce qu’il y a de si précieux dans la grande ville, que l’on veut à tout prix ne pas manquer.

Voilà le prix à payer.


David Malo
aventureshommemoyen@gmail.com
Twitter: @HommeMoyen
http://www.facebook.com/pages/Les-Aventures-de-Lhomme-Moyen/262405733831648

Le 25e épisode est ICI.
]]>
http://urbania.ca/canaux/chroniques/3895/le-prix-a-payer-pour-ne-rien-manquerTue, 09 Apr 2013 14:30:29 EDTfamillequittervilleactionmanquerpayerprixreportagehttp://urbania.ca/canaux/chroniques/3895/le-prix-a-payer-pour-ne-rien-manquer
Ordinaire avec extra(Aviez-vous lu le 22e épisode?: La vie sans câble )

INTÉRIEUR. JOUR. DÉPANNEUR – SCÈNE 1


Ce printemps, je suis allé chercher du café au dépanneur du coin St-Hubert et Sauvé. Pourquoi si loin vous vous dites? C’est juste à côté de chez nous que je vous réponds.

J’entre dans le commerce et cherche des yeux l’employée en service afin de la saluer. Je la trouve en train d’accomplir des tâches de dépanneur et lui offre un très banal :

« Salut. »

Elle me répond par un mot qui veut dire sensiblement la même chose. Jusqu’ici, tout va bien, le scénario est suivi à la lettre.

Je procède vers la rangée du pain avec le but très humble de m’acheter du pain. Ce faisant, j’essaie d’avoir l’air d’un client tout à fait normal. Pain en main, je me dirige ensuite à la machine qui fait du café avec l’objectif on ne peut plus logique de me faire un café.

Aller au dépanneur c’est plaisant, car, contrairement à plusieurs circonstances de la vraie vie, on sait exactement ce que l’on veut y trouver et la plupart du temps, on l’obtient très rapidement. (Surtout depuis qu’il n’y a plus personne qui peut payer en cennes noires).

Une fois l’infusion terminée, j’arrive au comptoir-caisse. La jeune employée laisse ce qu’elle faisait pour venir inventorier mes achats. Nous nous redisons « salut » et l’on s’informe sur notre état actuel. Nous allons bien sûr très bien. Dans cette situation, il est attendu que nous allions bien.

C’est écrit comme ça, car mal aller dans un dépanneur implique une réécriture du texte ainsi qu’une redéfinition les rôles de chacun.

Voici quelques échanges rejetés :

« Ça va?
-    Non, vraiment pas!
-    Ah, c’est plate, je viens juste me chercher un café.
»

Et aussi :

« Ça va ?
-    Ah tu sais des fois la vie, on se questionne, on cherche des réponses …
-    Dude je travaille, je veux juste finir mon shift tranquille! Suivant!
 »

Afin d’alléger le texte, il fut convenu que c’était plus simple avec une humeur céleste. Toutefois, j’avais devant moi une bonne actrice qui s’est permis un ajout au script. Il est d’un commun savoir que ce n’est que lorsque l’on maîtrise son rôle à la perfection que l’on peut se permettre de l’improvisation.

« Humm, ça sent le chocolat! » réplique-t-elle.

Elle parlait bien sûr de mon café cappuccino vanille française. (Pas mal classe pour un café de dépanneur.)

Comme cette phrase n’était pas écrite dans le texte, j’ai dû penser très vite et répondre un maladroit :

« Ah, oui hein, il est bon celui-là! »

Moi qui m’attendais à ce que l’on se souhaite la bonne journée en stéréo pour clore la transaction. Malgré cet imprévu, je reste dans mon personnage de client, je paye et je sors comme si de rien n’était. Je regarde vers le réalisateur et il me fait signe que nous allons garder la scène et commente la prise :

« Ça fait très humain comme ajout, ça donne vraiment l’impression que vous n’êtes pas des automates. »

Ce jour là, en allant au dépanneur, j’avais la tête complètement absorbée à trouver de l’inspiration pour mon texte de cette semaine que j’en ai oublié que pour bien jouer son rôle dans la vie, c’est primordial de se donner pleinement dans chaque scène. Si on a l’esprit qui vagabonde ailleurs que dans le moment présent, ce qu’on ajoute dans le film est terne et sans saveur.

Être sur le pilote automatique au dépanneur est amplement suffisant pour aller se chercher un café, mais comme nous connaissons tous par coeur ce qui est attendu de nous dans à peu près toutes les circonstances sociales, qu’est-ce que ça coûte d’ajouter un petit extra à l’ordinaire.

Pour ne pas avoir l’air de robots, il suffit juste d’être un peu vivant.

« Et c’est une fin de journée ! » crie le réalisateur.


David Malo
aventureshommemoyen@gmail.com
Twitter: @HommeMoyen
http://www.facebook.com/pages/Les-Aventures-de-Lhomme-Moyen/262405733831648

Le 24e épisode est ICI.]]>
http://urbania.ca/canaux/chroniques/3877/ordinaire-avec-extraTue, 02 Apr 2013 15:53:02 EDTextraordinaireautomatiquepilotescenarioviefilmdépanneurreportagehttp://urbania.ca/canaux/chroniques/3877/ordinaire-avec-extra
La vie sans câble(Aviez-vous lu le 21e épisode?: Le vice parfait )

Peu de temps après la parution de ma dernière chronique, dans laquelle je vous confiais mon vice secret, je suis passé à l’action. J’ai appelé Vidéotron et j’ai fait débrancher le câble. En allant rendre mon enregistreur HD, j’avais l’impression d’avoir commis une grossière erreur, mais en même temps, j’avais la sensation qu’un nouveau monde m’attendait.

Sans grande surprise, ma vie n’a pas changé du tout au tout. La semaine un s’est déroulé sans trop de symptômes associés au manque. Pas de tremblement, pas de variation de poids et je ne me suis pas présenté au comptoir de la pharmacie pour recevoir ma dose de méthadone. J’irai même jusqu'à dire que ce fut facile, mais un fumeur qui vient de terminer sa cigarette en se jurant que c’était la dernière doit avoir la même perception dans les cinq premières minutes. On verra.

Parmi les premières constatations, même sans câble, il est possible de savoir si les Canadiens gagnent ou perdent. J’ai également appris le jour même que Jeff Halpern était de retour avec l’équipe.

« On n’a rien pour rien », se disait sans doute Marc Bergevin en le réclamant au ballotage.

Le deuil de mes émissions câblées ne s’arrête pas aux péripéties de notre équipe locale de hockey. (Par «notre», je veux dire celle de Geoff Molson). Il y avait plusieurs autres émissions que je me plaisais à suivre.

Après 3 saisons à regarder pratiquement la même émission de Finding Bigfoot, je serai toujours et à jamais intrigué de savoir s’ils finissent par en voir un maudit Bigfoot. À l’ère des cellulaires qui prennent des photos, des caméras thermiques et sensibles aux mouvements, il est quand même étonnant qu’aucune image claire de ce dernier n’ait, à ce jour, été prise. Mon enquête pourra quand même se poursuivre, car toutes les émissions de la série sont disponibles sur Youtube et en plus, il n’est plus nécessaire de se taper fois après fois, les reconstitutions bancales et les cris nocturnes des scientifiques du BFRO (Bigfoot Field Researchers Organisation). Nous pouvons skipper toutes leurs tentatives infructueuses et passer directement à leur meilleure preuve.



À vous de tirer vos propres conclusions. Mes recherches continuent. (Par «mes», je veux dire les leurs.)

Outre ma fascination pour les créatures insolites, je raffolais des émissions d’entreprenariat comme Dragon’s Den et Shark Tank. Mon dragon préféré était Kevin O’Leary.

Il va me manquer… ah non tiens, il est sur internet lui aussi.

Je vais pouvoir continuer à m’inspirer de leurs idées pour essayer de faire mon argent. (Par «mon argent», je veux bien sûr dire la leur.)

Il m’est donc permis de conclure qu’avec internet, nous n’avons pas réellement besoin du câble. Ce qui est en soi une excellente nouvelle pour nos frais fixes. J’irais même jusqu’à parier qu’il n’y a rien sur la télé, que l’on ne peut pas retrouver sur notre ordinateur. Par contre, cela veut aussi dire que nous pouvons passer autant de temps devant les écrans avec, que sans, ce fameux fil qui nous relie à notre divan. Le combat sera encore de discipline et de volonté, moi qui avais espoir que le plus difficile était derrière moi.

Après la première semaine sans câble, mon nombre d’heures d’écoute n’a pas encore diminué significativement, mais en utilisant internet comme moyen de remplacement, nous exerçons un plus grand contrôle sur ce que l’on regarde. Je me sens un peu moins éteint que devant la télévision allumée.

Avec ce bruit de fond qu’est devenu le câble, nous nous faisons gaver de contenu nivelé vers le bas. L’instant gagnant étant sans doute le meilleur exemple. Devant ce média, nous évoluons en tant que simples témoins passifs de la vie d’autres gens, mettant ainsi la nôtre en attente.

Sur ce, j’appuie sur pause et je sors profiter de ma vie.
(Par «ma», je veux bien sûr dire la mienne)

Voici une pub un peu mieux que les autres que Youtube m’a forcé à regarder pendant les dix premières secondes, mais que j’ai choisi par moi-même de regarder au complet.




David Malo
aventureshommemoyen@gmail.com
Twitter: @HommeMoyen
http://www.facebook.com/pages/Les-Aventures-de-Lhomme-Moyen/262405733831648

Le 23e épisode est ICI.]]>
http://urbania.ca/canaux/chroniques/3859/la-vie-sans-cableTue, 26 Mar 2013 15:43:56 EDTfinding bigfootyoutubeecranordinateurvieinternettélévisioncâblereportagehttp://urbania.ca/canaux/chroniques/3859/la-vie-sans-cable
Top 5 des meilleures vidéos de Fanny LauzierEn cinquième position:

Parce qu'on ne s'en souvenait absolument pas, une pub du Directeur Général des Élections.



En quatrième position:

Parce qu'on ne s'en souvenait pas plus, mais qu'on est très d'accord avec l'attitude Fanny au début de la pub.



En troisième position:

Parce que c'est un classique et que c'est tellement drôle d'entendre la narration en espagnol.



En deuxième position:

Parce que, ouin, finalement, c'est mieux en français...



Et en première position:

Parce que, sérieusement, pensiez-vous qu'on allait mettre autre chose que ça en première position?
(Spéciale dédicace aux pantalons du papa blond de Fanny dans le film...)
(Spéciale dédicace à celui qui allait plus tard jouer Bérubé dans Watatatow.)
(Spéciale dédicace à tous ceux qui comprennent les dauphins.)



---

Le Spécial ROUX est en kiosque dès maintenant ou disponible en version PDF sur la Boutique Urbania


Abonnez-vous à Urbania !
]]>
http://urbania.ca/canaux/chroniques/3844/top-5-des-meilleures-videos-de-fanny-lauzierWed, 20 Mar 2013 21:35:42 EDTpubrougechaperonbaleinegrenouillevidéoyoutubelauzierfannyreportagehttp://urbania.ca/canaux/chroniques/3844/top-5-des-meilleures-videos-de-fanny-lauzier
Le vice parfait(Aviez-vous lu le 20e épisode?: Demande à quelqu'un qui sait)

Je ne fume pas, je ne bois presque pas, je fais de l’exercice et la drogue c’est le démon. Je suis économe, je travaille et j’ai des projets pour le futur. Je suis relativement stable émotionnellement et je souhaite un jour avoir des enfants. J’ai une vie en apparence très équilibrée, mais je dois combattre un vice et je tremble à l’idée de m’en séparer!

Lorsque vient le temps de se choisir un vice, certains critères sont à prendre en considération.

1.    Est-ce qu’il est facile de le faire en cachette?
2.    Est-il simple de mentir sur la fréquence à laquelle on assouvit la dépendance?
3.    Est-ce que j’ai les moyens de l’entretenir?
4.    Est-ce qu’il est nuisible à mon entourage?
5.    Est-ce qu’il nuit à ma santé?
6.    Comment la société me jugera-t-elle si je me fais prendre?

Je crois avoir trouvé le vice parfait. Un vice qui sait répondre de la bonne manière à toutes ces questions et qui m’accompagne maintenant depuis plusieurs années. Je l’aime, il me détend, il me permet de m’évader et d’oublier tous les tracas du quotidien. Quand je me sens seul, il est toujours là, disponible.

Les gens qui ont étudié et ceux qui sont dotés de la capacité de réfléchir le disent : la prise de conscience est la première étape vers le traitement d’une dépendance. Les problèmes que l’on ne voit pas n’existent pas. De mon côté, je vois un peu trop le mien.

Je sais maintenant que la lune de miel que j’entretiens avec mon vice doit un jour prendre fin, car ultimement je sais qu’il n’est pas bon pour moi. Il ne me procure qu’un plaisir vide et éphémère et il m’a déjà volé une bonne partie de ma vie. Je le déteste, je veux qu’il parte, mais lorsque vient le temps de m’en séparer, à chaque moment de faiblesse, il me ramène toujours vers lui. Le sevrage s’annonce difficile.

Cette semaine, en écrivant ce texte, j’ai une idée qui me trotte en tête et que je ne cesse de remettre à plus tard : me débarrasser du câble.

Le câble est un rude adversaire, car il coûte moins cher que toutes les activités. Il ne dérange personne et ne nuit pas à la santé comme l’alcool et les drogues. Il existe sous plusieurs formes, est en constante évolution et a une durée de vie illimitée. Son côté le plus réconfortant est sans doute son acceptation sociale : tout le monde en consomme à petite ou grande dose. Un utilisateur maladif peut facilement camoufler son utilisation dans des réponses simples, évasives et socialement acceptables.

« Qu’as-tu fait de bon aujourd’hui?
-    Bah pas grand-chose, j’ai fait l’épicerie (45 minutes), je suis allé au gym (90 minutes) et j’ai relaxé un peu (360 minutes). Et toi?
-    Cool, moi c’est pareil. 
»

Peut-être que c’est réellement pareil. Qui sait ce que les gens font lorsqu’ils sont à l’abri des regards et du jugement.

Est-ce que le fait de ne plus avoir le câble me fera lire plus, étudier plus, travailler plus, écrire plus ou vivre pleinement? Ou bien remplacerai-je le temps alloué au câble par d’autres activités d’écrans?

Le câble est même devenu désuet et ne fait probablement plus partie du problème, car les écrans nous suivent partout maintenant. Pour certains, c’est l’internet ; pour d’autres c’est Netflix, le cellulaire, les jeux vidéos, les textos, Youtube ou le cinéma.

Les écrans ne nous laissent jamais seuls.

Dans les bars, ils ont remplacé la cigarette. Ils sont sur les tables et servent de passe-temps quand l’ami va au petit coin. Même si nous avons été sur Facebook toute la soirée par l’entremise du téléphone, la première chose que l’on fait en rentrant à la maison c’est d’aller devant l’ordinateur.

Il est dur de tracer la ligne entre l’internet récréatif et maladif. Ce n’est pas aussi clairement défini que les buveurs sociaux ou les fumeurs qui fument juste quand ils boivent.

Un cyberdépendant qui garde des écrans à la maison, c’est comme un alcoolique qui garde de l’alcool au frigo en se disant qu’il n’en prendra qu’aux occasions spéciales ou lorsqu’il aura des invités. Lors du premier moment d’ennui, à l’abri des regards:

« Juste une petite gorgée » se dira-t-il avant de finir la bouteille.

Je peux garder une bière dans mon frigo pendant des années sans même avoir l’idée de la boire. Mais quand vient le temps de procrastiner ou de faire quelque chose qui me demande un effort:

« Juste un petit trente minutes »,

que je me dis, avant de tout remettre à demain.


David Malo
aventureshommemoyen@gmail.com
Twitter: @HommeMoyen
http://www.facebook.com/pages/Les-Aventures-de-Lhomme-Moyen/262405733831648

Le 22e épisode est ICI.]]>
http://urbania.ca/canaux/chroniques/3837/le-vice-parfaitTue, 19 Mar 2013 15:49:27 EDTcinémayoutubecâblealcooldrogueviceprocrastinerreportagehttp://urbania.ca/canaux/chroniques/3837/le-vice-parfait
Des cowgirls et des roux
Au printemps 2004, on avait payé vingt piasses pour qu’une voyante de la Plaza St-Hubert nous lise dans les lignes de la main. En scrutant sa paume, Rosa avait prévenu Catherine contre les rhumatismes, relevé sa chance à la loterie et –wow- prédit sa carrière chez Air Canada! À l’époque, la prophétie était plus ou moins passée dans l’beurre parce que notre avenir professionnel ne nous intéressait pas. Mis à part les garçons, tous nos intérêts ne convergeaient qu’en deux cultes: le country et les cheveux roux.

Mon amour pour les poils de feu remonte à longtemps. Il me semble que ma princesse préférée ait toujours été Arielle. (Pour sa chevelure rouge, pas sa queue de poisson!) Quand j’étais petite, je ne comprenais pas pourquoi Spirou restait célibataire, je voulais frencher Archie en cachette et péter la gueule à Véronica. À onze ans, Le Parfum de Patrick Süskind, qui raconte l’histoire d’un meurtrier obsédé par le parfum de jeunes filles rousses, m’avait profondément bouleversé. Longtemps, j’ai placé le livre dans le top 5 de mes meilleures lectures. À quatorze ans, la face de Lily Cole tapissait les murs de ma chambre et grâce aux teintures de pharmacie, mes cheveux copiaient enfin ceux de la petite sirène.

Comme beaucoup d’entre nous, j’ai grandi sur la Rive-Sud. Au secondaire, j’allais à La Mag, une grosse poly pleine d’amiante perchée sur les bords du boulevard Taschereau. Entre les poubelles qui flambaient et les games de aki pour passer le temps, mes amies et moi, on s’était surnommées les cowgirls de la Magdeleine.  C’était juste avant qu’on puisse coller un #Yolo à n’importe quoi. On avait élaboré une to do list à l’aide d’un crayon HB.  Pour l’enterrer quelque part sur le terrain de l’école, on l’avait glissée dans une cannette de V8. Chaque soir dans notre lit, on remontait les couvertes sur notre corps encore vierge.  On rêvait à notre cowboy roux/prince charmant, celui qui nous donnerait des bébés rouquins.

All right, j’imagine que les cowboys ont toujours été à la limite du cool et du loser. C’est un peu comme hésiter entre Johnny Cash et le gars qui se pointe dans un houseparty, coiffé d’un chapeau de rodéo avec une caisse de 24 dans les mains. C’est peut-être pour ça aussi qu’on aimait autant les roux, ce genre de personnages ambigus, entre l’adorable et le fatiguant. Bref, à notre manière d’adolescentes, on aimait ce qui sortait de l’ordinaire, les laissés pour compte et les mal-aimés.  À l’époque, il faut le préciser, c’était capital d’être différentes, de rentrer dans le troupeau des un peu fucked.

Je ne me rappelle plus très bien du contenu de la liste planquée dans la canette de V8. Il me semble entre autres, qu’elle nous dictait de dater un roux et de danser dans des soirées country. C’est Camille qui a scoré la première. Un jour, elle nous attendait à l’aéroport avec une pancarte JE SORS AVEC LE ROUX.  Même si Sam (le Roux de notre programme) l’a flushée après 3 semaines, notre amour pour ses cheveux n’a pas démordu. Une fois, on a même décidé de prendre un échantillon capillaire de tous les roux de la polyvalente. On s’est promené durant une semaine ciseaux à la main; on scotchait notre récolte sur mon cartable. Madame talkie walkie, une surveillante à la coupe boule, nous trouvait pas mal comiques. On a profité du fait qu’elle était willing pour saccager sa permanente et lui soustraire un gros morceau de toupet orange. À la fin, j’avais l’impression de traîner sur moi une banque ADN des roux du 450. J’aurais pu cloner le grand fauve médiéval. Celui qui se battait avec des épées mousse à l’heure du midi.



Huit ans ont passé maintenant et j’ai pété mes bottes de cowboy à force de les porter. Dans mes archives, je garde un travail de 22 pages sur la femme rousse en histoire de l’art et une copie plastifiée de notre récolte de cheveux. Quand j’ai quitté la Rive-Sud, j’ai rangé Arielle dans le grenier, laissé mon premier amour, Klimt et les préraphaélites. J’ai pris un break des teintures Jean Coutu et mes pointes roussies et fourchues m’ont remerciée. Alléluia!

J’ai donc sursauté lorsque Facebook m’a appris que Cath était devenue agente de bords chez Air Canada. La réminiscence de mes premiers amours m’a sauté au visage comme des freckles au soleil. J’hésite entre l’émotion et le malaise, en me revoyant jurer fidélité aux poils carotte, aveuglée par l’adolescence. Un peu comme lorsqu’on découvre gêné, l’intensité de nos sentiments maintenant disparus. Oui, je m’en rappelle maintenant quand au printemps 2004, Rosa avait regardé dans la paume de ma main. À ma grande déception, la vieille m’avait prédit un homme aux cheveux bruns! Elle m’avait aussi annoncé qu’à l’instar d’une carrière chez Air Canada, j’étais artiste et c’est ce que j’allais faire. Je n’ai pas compris tout de suite ce que ça voulait dire. Une chose est sûre, je n’avais pas besoin de cheveux roux pour être fucked.

--

Le
Spécial ROUX, en kiosque dès maintenant ou disponible en version PDF sur la Boutique Urbania


Abonnez-vous à Urbania !
]]>
http://urbania.ca/canaux/chroniques/3835/des-cowgirls-et-des-rouxTue, 19 Mar 2013 11:23:32 EDTpolyvalentecollectioncowboycowgirlroussesrouxreportagehttp://urbania.ca/canaux/chroniques/3835/des-cowgirls-et-des-roux
Rousseur, monozygotisme et autres considérations
Elle n'en fit pas un drame. Elle savait bien que nous n'étions ni chez les Yoribas du Nigéria qui, traditionnellement, tuaient les jumeaux naissants perçus comme une malédiction, ni dans la France du Moyen Âge qui nous aurait poursuivies pour hérésie capillaire. Nous étions à Boulogne-sur-Mer, paisible bourgade du nord de la France, en 1980, et tout irait bien.

Il est vrai que les cinq premières années de notre existence se déroulèrent sans entrave. Nous formions un cocon roux, autonome, échangeant avec le monde extérieur seulement en cas d'urgence. Les matantes s'exclamaient dans la rue de voir nos deux tignasses irradier la double poussette. Mais, bien sûr, nous trouvions cela tout à fait normal. Les matantes s'exclament toujours devant les poussettes, même un nourrisson comprend ça.

C'est à l'école primaire que les choses commencèrent sérieusement à se gâter. Peu à peu, l'évidence s'imposa. Nous n'étions pas tout à fait comme nos petits camarades. Premièrement, parce qu'ils ne nous considéraient pas vraiment comme des êtres distincts, deuxièmement parce qu'ils ne nous considéraient pas vraiment tout court. Nous étions, et resterions pour les sept  prochaines années, « les jumelles rousses », ce phénomène bizarre qui fréquente la petite école du village. Il faut ici préciser que ma mère avait eu la brillante idée de nous habiller de façon rigoureusement identique. Elle était ainsi le seul humain sur terre capable de nous reconnaître. Notre géniteur lui-même tombait fréquemment dans le panneau.

Quand, au début de l'école secondaire, nos copines commencèrent à fréquenter des garçons, notre mère trouva nécessaire de nous rappeler que nous étions belles, et que nous trouverions bien, tôt ou tard, des garçons assez intelligents pour apprécier toutes nos différences. À ce moment-là, l'intelligence des garçons semblait plutôt relever de l'oxymore tant ils pouvaient être bêtes et méchants avec notre double rouquinerie. Les « poils de carotte », « rouquemoute », « sale thon » et « casse-toi tu pues » fusaient alors de toute part. Je me rappelle même avoir haï ma sœur pour ce reflet de moi-même qu'elle me renvoyait constamment et que j'avais, alors, bien du mal à apprécier.

Je ne sais pas si cela coïncide avec le développement de notre poitrine ou d'un embryon de confiance personnelle mais, vers le milieu du secondaire, la gente masculine commença progressivement à s'intéresser à nous. Et je dis « nous » car ma sœur et moi avions alors souvent droit à: « J'aimerais ça sortir avec l'une de vous, mais je ne sais pas laquelle des deux. » J'avoue avoir déjà clairement profité de la situation. Une fois où ma frangine avait été plus rapide que moi pour sauter au cou du jeune homme qu'elle ne garda que quelques semaines à ses côtés, j'ai eu le cran et le manque d'ambition d'aller lui proposer de prendre le relai, ce qu'il accepta sans rechigner. Ma jumelle ne me l'a toujours pas pardonné. Ni cette autre fois où, pas sûre de l'intégrité de sa nouvelle fréquentation, elle me demanda de me pointer à un rendez-vous galant à sa place. J'ai passé tout l'après-midi avec son amoureux qui ne remarqua à aucun moment le subterfuge. Elle le largua sur le champ.

Comme le temps fait bien les choses et que tout ce qui ne tue pas rend plus fort, nous avons donc fini par nous réconcilier avec notre double différence et appris à en jouer. Nous avons aussi compris que notre maman avait raison et finalement trouvé des amoureux capables de nous distinguer et d’apprécier notre rousseur. Bien que six mille kilomètres nous séparent à présent, nous mettons un point d'honneur à nous voir le plus souvent possible. Nous prenons alors le temps de flâner toutes les deux dans les rues de Berlin ou Montréal, toute crinière dehors, sans jamais nous lasser de la surprise que provoque chez les passants notre improbable existence.

--
Le Spécial ROUX est en kiosque dès maintenant ou disponible en version PDF sur la Boutique Urbania


Abonnez-vous à Urbania !
]]>
http://urbania.ca/canaux/chroniques/3831/rousseur-monozygotisme-et-autres-considerationsMon, 18 Mar 2013 13:42:44 EDTidentiqueenfantrouxroussesjumellesreportagehttp://urbania.ca/canaux/chroniques/3831/rousseur-monozygotisme-et-autres-considerations
Demande à quelqu’un qui sait(Aviez-vous lu le 19e épisode?: Hey, mais c'est ma vie que tu mènes!)

Il y a deux manières d’acquérir des connaissances. Il y a la méthode longue et il y a la facile. Si l’on veut se spécialiser dans un domaine particulier, on peut aller à l’école et suivre un programme. Si nous sommes plus généralistes ou si vous préférez, paresseux, on peut simplement demander à quelqu’un qui sait.

Il n’est pas rare d’entendre quelqu’un dire :

« J’ai une super bonne idée pour une application de téléphone intelligent. »

Je me suis moi-même entendu dire ça la semaine passée. (Ce n’est pas une si bonne idée en passant.)

Supposons que je veuille, pour faire changement, m’engager dans cette idée, quelle serait la manière la plus optimale?

Avec la façon longue, il faudrait que j’envoie, avant le 1er mars, ma demande au registrariat de l’Université afin de m’inscrire dans un programme informatique. Comme nous sommes déjà le 12 mars, il est donc déjà trop tard, je devrai attendre en 2014 avant de commencer à m’instruire.

Ensuite, avant d’être admis au programme, je devrai compléter les cours collégiaux de mathématiques qui sont prérequis. Ce qui ne sera pas nécessairement une balade dans le parc, car depuis l’apparition des cosinus, ma bosse des maths est portée disparue. Une fois admis, j’en ai pour encore au moins trois ans à apprendre les connaissances nécessaires pour avoir mon Baccalauréat et ainsi commencer la programmation de mon application. Je pourrai donc, si tout va pour le mieux, sortir au grand public cette fabuleuse idée en 2017.

« Regarde l’application que je viens de programmer», dis-je au grand public.
« Bah! c’est tellement 2013! », de me répondre le grand public.

Ah oui, j’ai presque oublié un détail dans ce plan, j’ai horreur de l’informatique. Est-ce que cela pose problème?

Advenant le cas très hypothétique que je sois quelqu’un qui change souvent d’idée, dans combien de programmes devrais-je m’inscrire avant que je ne trouve ce chemin vers cette liberté que je convoite. Le potentiel du résultat m’a toujours importé plus que le chemin à prendre pour m’y rendre, ce qui explique sans doute mon engagement erratique dans tout ce que j’ai entrepris à date. Le résultat offert n’étant généralement que du moyen.



De l’autre coté de la médaille, l’option facile nous présente le raccourci suivant : trouver une personne qui sait déjà comment faire une application et lui proposer un partenariat.

Un connaisseur sans idée avec un concepteur qui ne connaît rien. Voilà un match parfait!

Au risque de surprendre, je suis de ceux qui préfèrent demander à quelqu’un qui sait déjà comment faire ce que je souhaite entreprendre. Lire un livre pour les nuls et demander conseil sont les actions que je privilégie.

Toutefois, dans la classe moyenne, nous sommes souvent entourés de personnes qui connaissent les mêmes choses que nous. Nous savons à peu près tous les mêmes choses au sujet des finances, de l’éducation, du travail et de la liberté. Obtenir une bonne éducation, trouver un bon travail et économiser pour une maison et les imprévus sont généralement les conseils que l’on reçoit. Soit dit en passant, ce sont de très bons conseils pour ceux qui souhaitent la sécurité, mais très peu prometteurs pour ceux qui rêvent des grands espaces.

Quelle peut bien être la valeur d’un conseil financier venant de la part de quelqu’un qui n’est pas riche? Est-ce que la fille qui conseille les placements financiers à la caisse est millionnaire ou bien elle travaille pour son salaire horaire?

Qu’est ce que quelqu’un qui est obligé de travailler peut bien m’apprendre sur la liberté? Il vous dira sans doute qu’il aime son travail, mais si on lui propose plus d’argent qu’il ne peut en compter, continuera-t-il à le faire? Moi aussi j’aime le travail que j’ai choisi, mais je n’ai pas choisi de travailler.

La liberté, ce n’est pas seulement errer dans les restaurants à déjeuner jusqu’au milieu de l’après-midi, faire son jogging et ensuite sortir au bar avec les copains. La liberté c’est travailler fort et dur, mais ne jamais y être obligé.


« La paresse est utile à cause de l'effort qu'elle demande pour être surmontée. »

Tristan Bernard

La liberté, quelqu’un connaît ça?


David Malo
aventureshommemoyen@gmail.com
Twitter: @HommeMoyen
http://www.facebook.com/pages/Les-Aventures-de-Lhomme-Moyen/262405733831648

Le 21e épisode est ICI.]]>
http://urbania.ca/canaux/chroniques/3818/demande-a-quelqu-un-qui-saitTue, 12 Mar 2013 13:31:54 EDTtravailétudesapplicationconseilconnaîtreconnaissancelibertéreportagehttp://urbania.ca/canaux/chroniques/3818/demande-a-quelqu-un-qui-sait
Hey, mais c’est ma vie que tu mènes!(Aviez-vous lu le 18e épisode?: J'ai peur des frais fixes)

J’ai déjà lu un livre que j’aurais aimé écrire. Qu’il devienne un film comme il l’est devenu, et ainsi m’imaginer que je vive moi-même mon propre idéal. Mais à la place, c’est quelqu’un d’autre qui semble se plaire à vivre ma vie rêvée! Damn you Frédéric Beigbeder!



Cette semaine, la prémisse provient d’une citation d’un auteur que j’affectionne particulièrement : Frédéric Beigbeder.

« On veut tous devenir quelqu’un d’autre, et un jour, on s’aperçoit qu’il faut devenir soi-même. »

Lorsque l’on rêve nos rêves, nous sommes inévitablement inspirés par ce que les autres on fait avant nous. Les jeunes qui rêvent de la Ligue nationale veulent avoir les mains de Sidney Crosby, les auteurs souhaitent vendre autant de livres que Paolo Coelho, les gens qui s’entraînent aimeraient avoir la forme de Chris Powell et les célibataires convoitent la copine de Justin Timberlake. Tout ce que l’on peut rêver d’être ou d’avoir, quelqu’un d’autre l’a déjà fait ou eu auparavant. Il est donc légitime de croire que nous aussi, en tant que moyens, nous y ayons droit. Des millionnaires, il n’y a rien de plus commun. Des écrivains, les librairies en sont remplies. Des bacheliers, ils sortent des universités par milliers chaque année.

Il peut parfois sembler intimidant de vouloir faire sa place dans un domaine ou le talent et le charisme des autres sont considérables. C’est encore plus vrai si nous avons également l’impression de ne pas travailler aussi fort qu’eux. Pendant que j’écoute la télévision, un autre a écrit dix pages. Pendant que je fais la grâce matinée, quelqu’un d’autre a déjà fait son jogging quotidien.

Ce serait beaucoup plus facile de devenir écrivain si nous avions l’impression que tout ce que les autres écrivent est pourri. Nous pourrions faire beaucoup mieux, que l’on se dirait. Toutefois, la réalité est que les autres sont très bons, voire excellents dans ce qu’ils font. Ce qui a pour effet qu’à la place de se trouver meilleur, on se trouve pire.

Nous percevons alors très grand l’écart entre les milliers de « Likes » que reçoivent les Jean-Martin Aussant et les Kim Lizotte d’Urbania et les dizaines que moi je reçois.

Ils sont là, au sommet pendant que moi, je ne suis qu’un homme moyen qui commence à jouer dans la cour des grands. Est-ce que je dois me résoudre à croire que je n’ai pas ma place ici si je ne suis pas aussi populaire que ceux qui ont des opinions sur l’actualité ou la politique? Ou bien dois-je prendre ma place, celle qui me revient?

Un homme sage a déjà dit :

« Pour avoir deux ans d’expérience dans un domaine, ça prend deux ans. »

Quand nous commençons quelque chose de nouveau, le prix à payer c’est d’être poche. Il serait bien prétentieux de s’attendre à ce que l’on reçoive la même reconnaissance que ceux qui triment dur depuis des années à faire ce que nous faisons depuis dix minutes.

Par contre, il est rassurant de constater qu’il n’y a pas seulement les grands qui peuvent vivre du domaine qui les passionne. Dans la LNH, il n’y a pas que des Sidney Crosby qui remplissent la feuille de pointage, il y a aussi des joueurs moins flamboyants qui peuvent contribuer d’une autre façon. En guise d’exemple, Steve Bégin a joué pour la même équipe que Maurice Richard, Jean Béliveau et Guy Lafleur et ce même s’il n’a pas le dixième de leur talent ou de leur renommée. Il n’a peut-être jamais gagné de trophée, mais a su bien gagner sa vie dans la plus prestigieuse ligue de hockey. Pour ceux qui ont horreur du hockey, il y a autant d’analogies possibles dans d’autres domaines.

Devenir soi-même ne consiste pas à se comparer aux meilleurs et aspirer à être aussi bons qu’eux. Il s’agit simplement de trouver sa place et d’y apporter une contribution propre à nous.

Voici la mienne!

David Malo
aventureshommemoyen@gmail.com
Twitter: @HommeMoyen
http://www.facebook.com/pages/Les-Aventures-de-Lhomme-Moyen/262405733831648

Le 20e épisode est ICI.]]>
http://urbania.ca/canaux/chroniques/3797/hey-mais-c-est-ma-vie-que-tu-menesTue, 05 Mar 2013 15:45:39 ESTbeigbederSidney Crosbydevenirplacepiremeilleurviereportagehttp://urbania.ca/canaux/chroniques/3797/hey-mais-c-est-ma-vie-que-tu-menes