Pendant près d’une heure, le grand homme nous a parlé de ses exploits, de ce qu’il avait accompli pour la communauté, ses combats. Un vrai Nelson Mandela. À la fin de l’entrevue, on était sous le charme, littéralement. On avait le goût de le serrer dans nos bras, de lui pincer le nez et de l’appeler mononcle ti-Louis.
Pourtant, en se promenant dans le village, on a vite réalisé que les Wendats n’avaient pas la même impression que nous au sujet du Grand Chef… Quand on parlait de lui, ça créait à peu près le même malaise que quand les gens disent «Vol-de-Mort» dans Harry Potter : leur visage changeait instantanément.
Disons que ce n’est pas une surprise s’il n’a pas été réélu : les habitants de la réserve en ont lourd sur le cœur.
Max nous avait dit que sa plus grande fierté était sa lutte pour reconnaître le droit des femmes (autrefois, sur la réserve, les femmes qui mariaient des Blancs perdaient automatiquement leurs droits, tout comme leurs enfants);
Les femmes au centre de personnes âgées nous ont dit qu’il avait toujours été contre leurs revendications et qu’elles avaient dû se battre contre lui pour les retrouver.
Max s’est vanté d’avoir piloté le projet du nouvel hôtel de luxe de Wendake (magnifique hôtel); Les gens nous ont dit qu’il n’avait jamais crû au projet. Et j’en passe!
Selon les gens que nous avons rencontrés, si Max Gros Louis a réussi à se maintenir au pouvoir pendant une trentaine d’années, c’est pour une raison simple : les votes en dehors de la réserve. En effet, à Wendake, les Hurons qui ne vivent pas sur la réserve ont le droit de voter. Parce que Max Gros Louis a une bonne image dans les médias, il a toujours réussi à faire sortir le vote de leur côté. Et puisque le nombre de Hurons hors-réserve est aussi élevé que le nombre de Hurons sur la réserve, il a toujours fini par gagner. Au grand déplaisir des Wendats. Sacré mononcle Ti-Louis!
PS : Il n’y a aucune pancarte électorale à Wendake. De façon générale, les membres de la réserve ne votent pas. Le Québec, ce n’est pas leur nation et d’après ce que j’ai compris, ils ne se sentent tout simplement pas Québécois.
Photo: Joannie Lafrenière
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