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C’est un secret de polichinelle. Quand on travaille dans les médias, on sait pas mal qui est gai et qui ne l’est pas. Dans le milieu, la plupart des personnalités publiques ne s’en cachent pas. Et les journalistes savent bien garder le secret. Ce serait trop chien de révéler au grand public le pot aux roses. Pourquoi?
Ce texte est extrait du #32 spécial Lesbiennes présentement en kiosque
J’ai déjà abordé des sujets avec plus d’objectivité : je suis moi-même lesbienne, et voir des personnalités fouler le tapis rouge avec une potiche parce qu’elles n’assument pas d’être vues avec la personne qu’elles aiment, ça m’écœure.
J’ai commencé mon reportage comme ça, avec la rage d’une adolescente. J’étais fâchée qu’on me répète (parce que c’est ce qu’on dit toujours) que c’est une question « de vie privée ». Leur vie privée, les vedettes l’étalent de long en large dans les magazines et vont jusqu’à parler de l’adoption de leur enfant, de leur condo en Floride ou de leur recette de tarte aux pommes sans jamais faire allusion au fait qu’elles sont gaies.
Au départ, je n’avais qu’un seul désir : outer des vedettes. Pas parce que je suis méchante ou pour qu’on vende de la copie. Parce que je trouve que s’il reste une barrière à faire tomber pour que les homosexuels vivent vraiment dans la normalité, au Québec du moins, c’est celle-là. Je ne comprends pas qu’en 2011, on ait encore à cacher quelque chose qui n’est plus sensé être honteux depuis 1969, moment où on a décidé qu’au Canada, on ne discriminerait plus personne selon sa race, son âge ou son orientation sexuelle.
Comme je savais que mon désir de sortir le monde de la garde-robe découlait plus de la colère que de la raison, j’ai essayé de comprendre les motivations de nos chouchous du placard avant de commettre l’irréparable.
Étape 1 : à la conquête de Carla
Pour une raison qui m’échappe, il y a encore moins de femmes que d’hommes qui assument leur homosexualité parmi les personnalités publiques. Pourtant, le Québec compte un magnifique modèle de lesbienne : une femme que tout le monde aime, mais qui demeure dans le placard avec sa blonde depuis toujours. Appelons-la Carla.
Je m’apprêtais à lui demander un entretien (avec quatorze paires de gants blancs) lorsqu’une information aussi réjouissante que farfelue m’est parvenue par l’entremise de ma rédactrice en chef : Carla ferait son coming out au prochain gala Arc-en-Ciel, soirée qui récompense les personnes qui font avancer la cause homosexuelle. Puisque Carla est un nom fictif, vous aurez compris que nos sources « en avaient fumé du bon ». C’est exactement ce qu’a écrit Carla dans la seule réponse qu’elle m’a envoyée, et qui contenait aussi ce début d’explication :
« Je n’ai rien de particulièrement intéressant à raconter sur ma vie privée, qui demeurera privée grâce au respect et à la discrétion dont font preuve les journalistes de chez nous. »
J’étais déçue. « Pas pour l’article, ça je m’en fous, mais pour la cause », que je lui ai répondu. Pour de vrai, j’attendais depuis longtemps le jour où une figure féminine importante sortirait de la garde-robe et je constatais par sa réponse que nous étions loin du but.
J’ai réitéré ma demande, en lui garantissant l’anonymat le plus complet, lui expliquant que l’idée n’était d’outer personne, mais de « comprendre le point de vue des personnalités publiques de façon à mieux cerner le degré d’aisance de la société québécoise avec l’homosexualité. »
Je la comprends d’avoir refusé. Pour rendre mon sujet le plus compréhensible possible, il aurait fallu décrire Carla, expliquer les raisons qui la poussent à ne pas révéler son homosexualité, dire à quel point elle est connue, autant d’informations qui, j’en conviens, l’auraient démasquée. J’espérais donc qu’en parlant avec elle, elle changerait d’idée.
Lisez la suite dans le #32 spécial Lesbiennes présentement en kiosque