9 Mars 2010

Le féminisme est-il mort ?

Par Sarah Major

Et si le féminisme n'est pas mort, qu'est-il devenu ?

Curieux, cet acharnement à reposer cette question déprimante tous les deux-trois ans?: le féminisme est-il mort?? Non bien sûr?! Pas aussi pétant de santé qu’on le voudrait, mais de meilleure humeur qu’il y a cinq ans… Le féminisme n’est pas une maladie, mais ça s’attrape?! disions-nous. Même si ce n’est pas encore redevenu cool d’être féministe, comme aux tournants des années 1980, des voix s’élèvent –et on les écoute?-?pour dire que ce rapprochement entre les femmes et les hommes est la plus grande révolution, inachevée, des 100 dernières années. Nous n’avons pas changé le monde, nous l’avons amélioré, un peu, beaucoup, tout dépend. Le reste se fera avec les hommes aux côtés des femmes. L’engagement des jeunes bouscule le féminisme de maman, c’est excellent. Comme la culture, le féminisme n’appartient à personne. La passion des étudiantes Cathy Wong et Léa Clermont-Dion, de la dramaturge Fanny Britt, du journaliste 
Nicolas Langelier, de l’animatrice Marcia Pilote fait sourire mon cœur de vie en rose. La pertinence du féminisme est là. Comme le désir de justice et d’une démocratie véritable, il reste inscrit dans une pulsion de liberté et d’épanouissement humain. On ne dit pas assez le plaisir qu’on a eu à en propager le virus.
 
Ariane Émond, journaliste indépendante, cofondatrice de La Vie en rose

Le Front de libération des femmes du Québec (1970) luttait pour des garderies d’État, l’avortement gratuit et un salaire pour les femmes à la maison. Il combattait aussi « l’exploitation sexuelle véhiculée par la mode et la publicité », et voulait «?redéfinir la cellule familiale, base traditionnelle de notre société où la femme devient la servante du mari et des enfants?». Bilan?? On a des garderies gouvernementales, 30?000 avortements gratuits par année (contre 86?000 naissances) et des congés parentaux. Alors que les universités sont très largement féminisées, la parité avec les hommes sur le plan de la rétribution n’est pas acquise. Pour ce qui est de « redéfinir la cellule familiale », c’est un succès : les couples n’ont jamais été si fragiles et les mamans sont très souvent les grandes gagnantes du divorce. Il reste encore à lutter contre l’usage des belles femmes en publicité. Mais à ce chapitre, rien ne presse.

Mathieu-Robert Sauvé, journaliste et auteur de l’essai Échecs et mâles

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