10 Août 2010

Les Québécois sont des Flamands!

Crédit: Léandre Martin-Meilleur

Par Pascal Henrard

Quand j’ai quitté ma Belgique natale et que je suis arrivé la première fois à l’aéroport international de Montréal, un soir de tempête de neige du siècle dernier, j’avais en tête tous les clichés : la cabane, les tabernacles, les castors, la police montée, le blizzard comme dans Lucky Luke, les trappeurs et les chemises à carreaux.

J’avais laissé derrière moi Bruxelles, les moules, les frites et la tendre guerre entre les Flamands et les Wallons, pour venir m’installer au Canada, terre de vos aïeux, des grands espaces, de la charte des droits et libertés et des casques bleus. Je ne m’attendais certainement pas à vivre une réplique du complexe conflit linguistique belge qui me donnait envie, chaque matin, de jeter mon radio-réveil par la fenêtre.

Il m’a suffi de fréquenter quelques francophones avec la fleur de lys tatouée à la place du ch, de travailler avec Ze Rest Of Canada et de zapper la télé pour comprendre. Le Québec, ce n’est pas le Canada. Montréal, ce n’est pas Toronto. Et les Québécois… ce sont des genres de Flamands.

Les uns baignent ici dans un océan d’anglitude. Les autres, là-bas, sont ceinturés au sud par une mer de francophones, au nord par des hordes scandinaves, à l’est par de solides Germains et, à l’ouest, par la mer du Nord pour dernier terrain vague. En me penchant sur l’histoire du Québec, je découvrais, à mon grand désarroi, plus de similitudes avec celle de la Flandre qu’avec celle de la Wallonie.

Fuck ! Ces ressemblances entre deux peuples si différents allaient-elles me permettre de comprendre ce que je n’avais pas compris, une fois ? Comme les Flamands, les Québécois ont été dominés par une classe politique et économique qui parlait une autre langue que celle du peuple. Les patrons des usines de Bruges, de Gant ou de Bruxelles maniaient avec élégance la langue de Molière alors que ceux de Pointe Saint-Charles, d’Arvida ou de Gaspé ne connaissaient que celle de Margaret Atwood même si celle-ci n’était pas encore née.

Crisss ! Je ne vais tout de même pas commencer à plaindre les Flamands que j’ai détestés toute ma vie. Les ouvriers flamands qui devaient s’adresser en français à leurs contremaîtres ont commencé dès la fin du XIXe siècle à s’insurger contre cette injustice linguistique. On se serait cru dans le Québec des années 1960, mais un siècle plus tôt. À une époque où René Lévesque n’était pas encore un boulevard, la défense du prolétariat ainsi que la lutte contre l’injustice sociale et pour l’égalité en Belgique annonçait la montée inéluctable du mouvement nationaliste flamand.

Godverdoeme ! Je suis en train d’expliquer la cause du Bloc Québécois en prenant exemple sur celle du Vlaamse Blok. La Flandre a fini par avoir son parlement, son drapeau, son gouvernement, sa capitale, ses lois… Et ne me demandez pas d’expliquer la situation politique actuelle et encore moins celle à venir, même le roi des Belges ne pourrait pas.
Aujourd’hui, en Belgique, des deux côtés de la frontière linguistique, il y a des parkings, des shopping centers, des car-wash, des drive-in et pour que les « deux peuples fondateurs », comme on dirait à Ottawa, se comprennent, on parle anglais. Les Flamands, quant à eux, baragouinent entre eux un néerlandais appauvri émaillé d’english et d’expressions francophones. En les entendant, je pense aux Québécois perdus sur quelques arpents de neige. Et je comprends maintenant pourquoi les Flamands veulent eux aussi défendre leur patrimoine, leur culture et leur identité.

Tabernacle de Rogntudju ! C’est difficile à admettre quand on est wallon.

Derniers commentairesRSS
  • Cher Pascal Henrard, vous parlez des « deux peuples fondateurs » de la Belgique. Historiquement, cette notion est... fausse ! Parmi les éléments fondateurs de l'identité belge, on peut citer des liens géographiques (Meuse et Escaut par exemple) ou religieux (catholiques, par opposition aux protestants du Nord des Provinces Unies), mais surement pas linguistiques... car en 1830, les langues parlées en Belgique n'étaient pas les même qu'aujourd'hui !

    La population (le peuple) belge parlait une multitude de dialectes (dialectes flamands, wallons ou picards). Ces dialectes étaient répartis dans un continuum géographique [pour caricaturer, chacun comprenait son voisin, le voisin du voisin, mais pas celui d'après ; il n'y avait donc pas de « frontière linguistique »]. Les élites, elles, qu'elles soient du Nord ou du Sud, parlaient français : c'était la « lingua franca », leur langue commune [tout simplement parce que c'était LA langue internationale de l'époque. L'anglais d'aujourd'hui...]. Elles ont donc décidé d'en faire la langue officielle du nouvel État.

    Du coup, les frustrations qu'ont connues les flamands, wallons et picards les ont subies aussi :

    [pour rappel, le wallon et le picard ne sont pas du « français mal prononcé », mais des dialecte à part entière (des langues non-officielles) issus directement du latin. Un peu comme si vous compariez le catalan, le portuguais et le castillan (issus du latin) ou le flamand et l'allemand (issus du vieux germain), si ce n'est que tous ces « dialectes » ont été officialisés]

    contre-maîtres ne parlant que français aux ouvriers picards, enfants wallons punis s'ils avaient le malheur de parler leur langue dans la cour de récréation, etc. Le même peuple, parlant des dialectes différents subissait la même loi sur tout le territoire [à ce propos, je trouve que si l'on en veut aux francophones de ne pas respecter les lois linguistiques flamandes à côté de Bruxelles actuellement, il faut également en vouloir aux flamands de ne pas avoir respecté les lois linguistiques belges à l'époque...].

    La différence entre le Nord et le Sud? Si beaucoup de flamands ont appris le français, ils ont su garder leur dialecte vivant [parce que justement ils n'étaient pas aussi isolés que les wallons : ils ont la Hollande au Nord (vous savez, ce pays où l'on parle le néerlandais, pas le scandinave...) et l'Allemagne à l'Est : ils sont entourés de « cousins germains »... Je ne m'attarderai pas sur le rôle joué par l'Allemagne occupante dans la préservation du flamand : ce qui compte, c'est qu'ils ont su garder leur langue, pas par qui ils y ont été encouragés], tandis que le Sud a abandonné ses origines linguistiques.

    Parmi les francophones d'aujourd'hui, il y a évidemment une majorité d'anciens wallons et picards, mais aussi beaucoup de flamands ou d'anciens flamands. Mon grand-père – par exemple – a été poussé hors de sa ville natale (Leuven) parce qu'il avait le malheur d'être bilingue dans une ville... bilingue [Lors du « walen buiten », on jetait à l'eau qui savait parler français, même bilingue]. Autre exemple : les nombreux francophones de Flandre [qui étaient bilingues, mais francophones en Flandre bien avant la séparation wallonie-flandre] qui doivent aujourd'hui se cacher pour parler français...

    14 Sept 2010 | Lisa

  • oula, je ne savais pas que les anglophones etaient si opprimer au canada. et je ne savait pas que les anglophone etaient moins nombreux que les francophones ?

    Sinon dans les parties francophone du canada,

    les francophone vous interdisent d'acheter une maisons si vous ne parlez pas francais ?

    on veut vous interdire de vous faire juger en anglais ?

    on interdit aux personnes des administrations de vous repondre en anglais au gichet ?

    Si vos elus decide quelque chose lors d'une reunion en anglais, cela n'a aucune valeure juridique ?

    est-il interdit d'ecrire quelque chose en anglais sur un magasin ou un affichage administratif ?

    Si un elu a envoyer en francais et anglais les convocations pour les elections, il ne peut pas etre elu ?

    Est-il interdit par la police a un commercant anglophone de parler en anglais a ses client francophone lors d'un defiler de mode ? (vecu de mes yeux a Halle)

    interdit on aux enfant de parler entre eux en anglais dans la cours de recreation ?

    les plaines de jeux pour enfant sont elle interdite aux anglophones ?

    etc etc etc etc ...

    Sur la defense de la langue/culture, je comprend la comparaison. mais il y a un monde de difference entre le francophone du Canada et le flamand de Belgique.

    en d'autre terme,

    faut arreter l'biere m'biau, ou au moins s'tenir au courant de s'qui s'passe actuellement en Belgique, elle a l'air bien differentes de ce que tu a connu par le passé....

    14 Sept 2010 | Fred

  • Remy Hespel

    chaton : je pense qu'il faut comparer ce qui est comparable. La défense de la culture et de la langue, pourquoi pas, mais les problèmes d'immigration répondent à un poids historique et à une réalité géo-politique bien différente d'un côté et de l'autre de l'Atlantique.

    11 Août 2010 | Remy Hespel | Montreal

  • je pense qu il y a similitude dans la defense de la cuture et de la langue et c est approuve par la constinution du canada oui le quebec c est francais la wallonie n est pas voisine de ce voisin geant qu est les usa

    mais il n y a pas d interdiction comme en flandres a un wallon de se constuire ou acheter une propriete et ce serait impensable la flandre est moins ouverte a l immigration nous oui

    10 Août 2010 | chaton

Commenter



    Le chien Urbania

    Vous devez être membre afin d'utiliser l'outil dock

    Devenir membre