15 Juin 2010
Les Temps modernes n’ont pas le monopole du vice et de la luxure. Durant l’Antiquité, il n’y avait pas de bière Boris et pourtant, tous les prétextes étaient bons pour boire un coup. Saturnales, bacchanales, pénétrations anales…
Ils sont fous ces Romains !
Les plus grands fêtards de l’humanité sont sans nul doute les Romains, qui, doit-on le préciser, ont énormément contribué à notre culture occidentale. Au début de l’Empire, à partir du premier siècle av. j.-c., la modération n’a pas du tout meilleur goût. Cette époque est celle des banquets panta gruéliques, des saouleries et des orgies monumentales.
Les Romains trouvent sans cesse des prétextes pour fêter. On n’a qu’à jeter un coup d’oeil à leur calendrier pour s’en convaincre : on y compte pratique ment une fête tous les deux jours ! Chaque dieu et déesse a son jour de fête, mais on célèbre aussi les ouvriers de l’eau, la fête des mères (eh oui, déjà !), il y a même des fêtes de rattrapage pour ceux qui auraient raté l’originale. En plus, il y a les fameuses saturnales et les bacchanales. Les premières fêtent les dieux des semailles et de l’agriculture et se déroulent du 17 au 24 décembre (Noël n’est donc pas un hasard). Durant cette période, l’ordre des choses s’inverse et les esclaves deviennent les maîtres et viceversa. Tous les excès sont alors permis. Ainsi libérés pendant un temps de leurs frustrations, les esclaves retour nent ensuite sagement à leur place, préservant l’ordre et la cohésion sociale. La plupart des carnavals d’aujourd’hui ont exactement le même but.
Les bacchanales, quant à elles, sont des fêtes religieuses en l’honneur de Dionysos-Bacchus, dieu du vin, de l’ivresse et des débordements, entre autres sexuels. Ces fêtes sont en fait souvent un prétexte aux orgies et aux désordres les plus extravagants.
À la bouffe !
Depuis longtemps, le dîner est le repas principal, mais dans la Rome impériale, on en retarde l’heure en raison de la fréquentation des thermes (bains d’eau chaude) et des réunions tardives, car c’est bien connu, les Romains aiment discuter. Le dîner est servi chez les gens aisés sous forme de plantureux banquets et débute vers 3 ou 4 heures de l’après-midi et se termine tard dans la nuit. Chaque invité se rend chez l’hôte accompagné de son esclave préféré (en général jeune et beau) qui reste près de son maître attendant les ordres. À l’arrivée des convives, des esclaves leur présentent des coupes d’eau afin qu’ils se lavent les mains, pendant que d’autres retirent leurs sandales et leur lavent les pieds. Puis on les couronne de guirlandes de fleurs avant de les emmener dans le triclinium, une salle réservée au repas. Le nom vient des trois lits à trois places chacun qui meublent obligatoirement la pièce. L’époque impériale met aussi à la mode un lit semi-circulaire où six, sept, voire huit convives prennent place.
Manger couché est la norme. Les convives s’empiffrent étendus de biais, le coude du bras gauche appuyé à un coussin. L’assiette est tenue avec la main gauche et on ne se complique pas la vie : on mange avec ses doigts. Les déchets ? On les jette sous la table. Les chiens les mangeront ! Les banquets, s’ils sont l’activité mondaine la plus courante, sont aussi pour les hôtes l’occasion d’étaler leurs richesses en faisant assaut d’extravagance et d’originalité. Vitellius, un empereur romain célèbre pour sa gloutonnerie, fit, selon des écrits, «mêler dans un plat aux dimensions extraordinaires : des foies de scares, des cervelles de faisans et de paons, des langues de flamants, des laitances de murènes... ». Apicius, un célèbre gastronome, dilapida les trois quarts de son im mense fortune en réceptions somptueuses. Ne pouvant vivre dans la «misère », il se suicida. Elagabal, lui, franchit les bornes de la raison lors d’un festin de 22 services où il fit mélanger aux divers plats de l’or, des perles et des pierres précieuses ! Évidemment, pour pouvoir engouffrer tout ça, les Romains ont recours à la boulimie avant la lettre. Sénèque écrit : « Ils vomissent pour manger et mangent pour vomir ».
Les plaisirs de la chère ne s’arrêtent pas là. À Rome, les banquets même entre hommes peuvent tourner à l’orgie. Si on ne fait aucun cas de l’orientation sexuelle, il en va autrement du rôle que joue l’homme dans l’acte sexuel. Être actif, c’est être un mâle viril, quel que soit le sexe du partenaire. L’autre, dit passif, est servile et soumis. La femme est donc toujours considérée comme soumise dans cette société, somme toute, machiste.
Les banquets sont également l’occasion de nombreux jeux, dont le plus populaire consiste à lancer le vin qui reste au fond des coupes dans un récipient. Des années de perfectionnement plus tard, cela donnera naissance au très com plexe jeu de poches. Comme les Romains adorent se dilater la rate, on invite des nains difformes et à demi idiots qui provoquent l’hilarité géné rale, surtout lorsqu’ils baisent entre eux. C’est ce qu’on appelle de l’humour douteux…
In vino veritas
À Rome, le vin coule à flots. Les Romains voient la mort comme une invitation à jouir de l’existence et c’est pourquoi ils boivent allègrement dans des coupes d’argent sur lesquelles figurent des squelettes gesticulants. Selon Sénèque, voilà ce qui replace un homme : « Parfois une promenade en voiture, un voyage, un changement d’atmosphère lui rendront vigueur, ainsi qu’un banquet ou un peu plus d’abondance que de coutume dans la boisson ; on peut même aller quelquefois jusqu’à l’ivresse, non pour s’y noyer, mais pour s’y plonger ; elle dissipe en effet nos soucis, et elle ébranle l’âme jusqu’au fond ; elle la délivre, la ravive et lui donne plus d’audace pour de nouveaux efforts. » Ovide, lui, se permet quelques conseils aux femmes : « Il est plus convenable, plus admis qu’une jeune femme se permette un léger excès dans le boire... ne buvez, cependant, qu’autant que le peut supporter votre tête et conservez, je vous en prie, l’usage de votre esprit... Quel plus honteux spectacle qu’une femme totalement plongée dans l’ivresse ? »
Me semble, oui…
Il semble que l’on attribue, entre de multiples raisons, la chute de l’Empire romain au saturnisme (empoisonnement au plomb). Selon des études, l’une des causes en serait la consommation de vin. En effet, l’une des étapes de fabrication consistait à faire bouillir du raisin dans des récipients de plomb. Le liquide divin devait donc en être saturé. Bien avant le catholicisme, ces pauvres Romains ont donc péri par où ils ont péché !
Voici un exemple de menu d’un de ces repas gargantuesques :
hors-d’oeuvres
Coquillages · Grives · Poule grasse sur asperges · Terrines d’huîtres
et de palourdes · Becfigues (oiseaux) · Filet de chevreuil
et de sanglier · Pâté de volailles grasses
plats principaux
Tétines de truie · Hure de sanglier · Plat de poissons, canards,
sarcelles bouillies · Rôtis de volaille
desserts
Crème à la farine · Biscuits





J'ai pas nécessairement le goût d'embarquer dans un e-beef, mais si "chère" est le problème, il n'y a pas de faute. C'est comme ça que ça s'écrit: chère = nom commun féminin, bonne nourriture...
21 Juin 2010 | Frédéric Guindon
Les «plaisirs de la chère» ne s'encombrent pas d'un dictionnaire...
21 Juin 2010 | Martin Dufresne | montréal
Ils sont géniaux ces romains !
15 Juin 2010 | Viau