Vendredi matin. On se réveille puckée, parce qu’on a trop bu la veille. On déjeune. Avant même d’ouvrir la télévision ou la radio, avant même d’aller lire Lagacé, on va voir notre profil Facebook. Une tasse de café dans une main, la souris d’ordi dans l’autre, on parcourt notre News Feed pour savoir ce qui a bien pu se passer durant la nuit, pour voir les photos de partys qu’on a manqués, pour se rappeler que, oui, c’est aujourd’hui la fête de notre frère.
Et là, entre deux bouchées de toasts au beurre de pean’, on tombe sur un «RIP Nelly Arcan». On sursaute un peu. On relit une deuxième fois et on se dit : «Fuck. Nelly Arcan est morte?»
Alors, on parcourt tout notre News Feed. Les yeux encore croutés, on lit un autre «RIP Nelly». Puis un «Elle était si jeune». Et un «Est fort attristée». Puis un «Je pense à toi Nelly» et un «Tu vas nous manquer». Une rimbambelle de messages d’adieu tous plus vides les uns que les autres, de la part de gens qui n’ont probablement jamais eu de contacts avec elle. De la part de personnes qui n’ont sûrement jamais lu une crisse de ligne de ses livres.
Devant l’abondance de commentaires, le doute disparaît. Si tout le monde l’écrit dans son statut Facebook, c’est ce que c’est vrai : Nelly Arcan est bel et bien morte. Pas besoin d’aller sur cyberpresse pour confirmer la nouvelle. Pas besoin d’ouvrir RDI pour avoir plus de détails.
Sans même avoir pris le temps de réfléchir, de digérer la nouvelle ou de réaliser ce qui arrive, on se dit qu’il faut updater son statut pour participer à ce deuil collectif. On serait ingrat de ne pas le faire, non?
Pendant cinq minutes, on cherche le commentaire le plus punché. Comme si c’était une compétition, un concours d’originalité. Après s’être cassé la tête, on écrit un insipide «Putain, la vie!». On se trouve bon.
Deux minutes plus tard, trois personnes ont déjà écrit un «Like».
On se trouve encore plus bon.
On ferme l’ordi et on file au bureau, avec le sentiment du devoir accompli.
Pas une larme. Pas d’émotions.
Le lendemain. On se réveille moins puckée. On déjeune. Avant même d’ouvrir la télévision ou la radio, avant même d’aller lire Lagacé, on va voir notre profil Facebook. Une tasse de café dans une main, la souris d’ordi dans l’autre, on parcourt notre News Feed pour savoir ce qui a bien pu se passer durant la nuit, pour voir les photos de partys qu’on a manqués, pour se rappeler que, oui, c’était hier la fête de notre frère.
Et là, entre deux bouchées de toasts au beurre de pean’, on tombe sur un «RIP Pierre Falardeau». On sursaute un peu. On relit une deuxième fois et on se dit : «Fuck. Pierre Falardeau est mort?»
Pas une larme. Pas d’émotions. Que du bon vieux web 2.0.