C’est un beigne, ça ?

C’est un beigne, ça ?
31 Août 2009

Par Nadia Essadiqi  |  Publié dans : nadia essadiqi

En revenant d’une escapade pour une entrevue à Repent (diminutif qui va de soit pour « Repentigny »), Joannie et moi nous auto-digérions.  Comme le Mcdo n’est pas une option et que nos estomacs respectifs nous hurlaient en langage des baleines que nourriture devait pénétrer bouche dans plus brefs délais, un arrêt Tim s’imposait.

En parkant le char, on constate vite qu’on est à Ze place to be pour un mercredi soir à Repent.  Une gang de prépuberts monopolisent le quart du parking avec leurs civics pimpées d’où sortent de délicats beats de hip-hop-Radio-Énergie.  

Amalgame de fragrances marijuana et café filtre.  
J’ai faim.

En entrant dans le Tim Hortons, la fille derrière le comptoire « j’ai-16-ans-et-un-quotient-du-même-nombre » (on comprendra bientôt cette affirmation justifiée  manquant un tantinet de tact, je sais) vient prendre notre commande à peu près mille ans après qu’on soit arrivées.  

M’étant transformée en un estomac sur pattes rongé par une voracité sans nom, je m’empresse de lancer un poli : « bonjour, je prendrais un club grillé au poulet, stp. »  

16-ans-au-quotient-de-16 me regarde, perplexe : « euh… un club Tim ? »

- Non, un club grillé au poulet, stp. 
- Un… club au poulet ?  (Oui.  Elle était déstabilisée par l’ajout du mot « grillé ».)
- Oui. (Tâchant de ne pas trop montrer mon jugement envers sa rapidité d’esprit.)
- Pain blanc ou brun ? 
- Brun, s’il-te-plaît. 
- …Blé entier ? 
- Euh … oui.
- Sur bagel ou croissant ? …Oh, non, scuse, laisse-faire, c’est du pain.

Échange de regards d’incrédulité entre Joannie et moi.

- Je prendrais aussi un verre d’eau, stp. 
- Euh… un verre avec… de l’eau gratuite ? 
- (Cherchant la caméra cachée) …Oui, oui, stp.

Après avoir englouti notre festin, mes papilles, influencées par les beignes défilant en gros plans HD sur l’écran plat devant moi, réclament le sucre. Je me dirige donc vers le comptoir où la pauvre c’est-ma-première-job-et-ma-vivacité-fait-en-sorte-que-je-ne-la-garderai-pas-bien-longtemps semble paniquer devant le constat qu’elle ne fournit pas devant la file de 4 personnes qui attendent qu’elle trouve le piton « combo » sur la caisse.  Lorsque mon tour arrive enfin, je me dis que j’ai confiance en elle et que ce que je m’apprête à commander est si simple qu’il n’y aura pas de confusion, cette fois, j’en suis sûre.

- Je prendrais un crème boston à l’érable, stp.   

Son regard désorienté et silencieux me fait douter de mes convictions quant à la non ambiguïté de ma commande par rapport à sa capacité de compréhension. 

Puis, la question que je redoutais survient : « C’est… c’est un beigne, ça ? »

Sans mots, j’ai dégusté mon crème boston à l’érable qui n’est sûrement pas un biscuit ou une nouvelle liqueur, mon enfant. 

Joannie et moi nous sommes dirigées vers Montréal, nous promettant de toujours nous rappeller, dorénavant, que les mercredis soirs à Repent, c’est au Tim que ça se passe.
Derniers commentairesRSS
  • Le complexe d'oedipe mes amis, ne passe pas la phase anale qui veut.

    6 Sept 2010 | Roger

  • Sophie Marchand

    Pour le sandwich, ça passe encore, elle était peut-être en formation et un peu dans la lune. Mais le beigne... tu travailles dans un Tim Horton, me semble que crème à l'érable c'est évident que c'est un beigne!

    5 Fév 2010 | Sophie Marchand | Montréal

  • Bachir Sirois-Moumni

    Au pire,

    je doute sociologiquement qu'elle vienne ici,

    pleurer sa niaiserie..

    Bachir

    4 Sept 2009 | Bachir Sirois-Moumni | Montréal

  • Nadia Essadiqi

    Jte love aussi, mon beau.

    2 Sept 2009 | Nadia Essadiqi | Montréal

  • Mathieu Séguin

    J'imagine que t'as raison

    je me rends

    je t'aime Nadia

    1 Sept 2009 | Mathieu Séguin | Montréal

  • Frédéric Giroux

    On ne nomme pas de nom, on reste dans les limites de l'anecdotique, si l'histoire n'était pas véridique on pourrait presque croire qu'il s'agit d'une oeuvre de fiction tellement c'est raconté sur un ton léger. Que ce soit comme acteur ou témoin, on a tous un jour ou l'autre vécu ce genre de situation qui nous rappelle que:

    a) travailler dans le public n'est pas fait pour tout le monde

    b) que l'expérience s'acquiert avec le temps

    c) qu'il n'y a rien de mal à souligner une anecdote, et ce, que ce soit entre amis ou sur un blogue, car après tout un carnet de bord virtuel est un outil d'auto-diffusion qui nous permet de relater notre quotidien.

    Mathieu - Nadia, Nadia - Mathieu; faites la paix maintenant!

    31 Août 2009 | Frédéric Giroux | Montréal

  • Mathieu Séguin

    Mon point est: la trouvé épaisse dans sa face, dans le char ou avec ses chums je trouve ça ligit. En faire un article un peu moins.

    31 Août 2009 | Mathieu Séguin | Montréal

  • Mathieu Séguin

    Cocasse ça va, digne d'être jugé dans un billet sur un blogue concernant sa rapidité d'esprit et son avenir chez Tim Horton, pas sur.

    31 Août 2009 | Mathieu Séguin | Montréal

  • Nadia Essadiqi

    Absolument.

    Et l'humanité est bien cocace parfois.

    31 Août 2009 | Nadia Essadiqi | Montréal

  • Mathieu Séguin



    http://www.timhortons.com/ca/fr/join/team-5.html

    avoir 16 ans, être mal dans sa peau et encore plus avec le public dans sa nouvelle job c'est tout à fait humain.

    31 Août 2009 | Mathieu Séguin | Montréal

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