Chéri j'ai pas fait les enfants

Chéri j'ai pas fait les enfants
12 Déc 2011

Par Nadia Essadiqi  |  Publié dans : blogue

Avec deux mois de retard sur le dernier numéro d'Urbania spécial Bébés, je vous avoue enfin que chaque fois que je rêve que je suis enceinte, je ressens à peu près le même effroi que lorsque je fais le cauchemar des pirates nains à la tête de Harper qui me poursuivent à bord d'un tsunami.

J'ai 26 ans et je me sens aussi prête à avoir un enfant qu'à accomplir ceci.  Et honnêtement, je l'assume moyen.  Paraît que l'horloge biologique kick à 30 ans.  Une part de moi prie pour que cette croyance populaire s'avère vraie, parce qu'entourée de plusieurs enthousiasmes prénataux, je me sens plutôt outsider dans mon appréhension du bambin.  

Évidemment que je trouve ça mignon, un bébé.  Au même titre qu'un panda ou un gars qui pleure.  Mais quand j'entends les gens parler de leur envie de procréer, je ne peux m'empêcher de me sentir encore comme une ado sceptique, frissonnante d'incrédulité.  Égocentrisme? Immaturité?  Lacune affective due à mon rang de bébé de la famille?  Mon inconscient lucide qui refuse de participer à la propagation d'une espèce aux actions contestables?  Mon ADN qui a compris que sa race était en voie de surpopulation?  

Peut-être que tout changera lorsque j'aurai rencontré l'homme de ma vie aux gènes parfaitement compatibles pour créer l'Humain H le plus supra génétiquement optimal?

J'avoue tout! Ma meilleure amie et moi nous envoyons régulièrement des statuts Facebook de nouvelles mamans pour en rire.  De façon parfois haineuse.  De quoi ai-je peur? Porter la fatigue d'un lendemain de brosse pour les 17 prochaines années? Rationnellement, je comprends bien que le fait de procréer engendre plusieurs choses magnifiques, comme trouver un nouveau sens à la vie, pouvoir finalement manger des cornichons en paix, devenir à l'aise avec le concept de diarrhée.  J'ai de la difficulté à concevoir que ma vie pourrait radicalement changer du jour au lendemain, basculer dans un monde de couches, de food fight perpétuelle et de morve hors période grippale. Est-ce typique de la moitié des gens de ma génération, vouloir à tout prix gambader dans les champs, être maître des poches sous ses yeux et fourrer avec un condom? Problème générationnel? Sociétal? D'Oedipe?  D'où vient cette répulsion envers tout ce qui pourrait donner l'impression que notre liberté est entravée: un enfant, une relation amoureuse sérieuse ou un REER prématuré.

Qu'on ne se méprenne pas, j'aime les enfants.  J'ai même travaillé dans un camp de vacances!  Bon, ce fut souvent catastrophique et des pulsions meurtrières m'ont régulièrement effleuré l'esprit, MAIS sur 800 jeunes, il y en a bien eu 4 ou 5 avec qui j'ai réellement connecté, qui sont devenus mes bros que j'aimais d'un véritable amour cristallin.

Je m'écoute écrire et je suis consciente que je sonne comme un cliché de jeune femme moderne du dernier Chick Flick de Rafaële Germain et comme vous, je me juge un peu.  Parce que je vous crois, parents en constante mononucléose, à la garde-robe tachetée de régurgitation/autres substances anatomiques et au vocabulaire troqué pour des onomatopées composés de G suivis de voyelles, que c'est «la plus belle chose qui ne vous soit jamais arrivée.»  C'est pourquoi j'espère de tout coeur que le cupidon de la convoitise du kid viendra m'en décrocher une et faire de moi un mammifère convenable.
Derniers commentairesRSS
  • Et à l'inverse, il y a aussi de jeunes femmes de 26 ans qui a de la difficulté à gérer "l'appel de la maternité" si fort en eux. Car on doit se l'avouer, c'est de moins en moins commun dans notre faune urbaine workoolique de vouloir un bébé avant 30 ans. Entre les femmes d'affaires qui enfilent les 60 heures semaines et les célibataires endurcies qui utilisent le Check in de Facebook à outrance, c'est assez ardu de s'y retrouver et surtout d'accepter que maudit qu'on a envie d'enfanter.

    13 Déc 2011 | Marie-Christine

  • Je suis un jeune père de 3 enfants et j'ai eu mon premier à 26 ans, justement. Dans les 3 cas, ce fut un choix délibéré et réfléchi et je le regrette aucunement.

    Cela dit, je suis tout à fait pour qu'une partie de la population n'ait pas d'enfant s'ils n'en ont pas envie. En fait, si ça se trouve, à cause de la surpopulation et parce qu'il y a déjà suffisamment de parents qui n'auraient pas dû en faire que je trouve complètement idiot d'exercer de la pression sur ceux qui hésitent à prolonger leur lignée.

    Le seul bémol que j'apporterais, c'est que je trouve que l'âge moyen des parents devient un peu trop élevé à mon goût. D'accord, l'espérance de vie augmente et le "generation gap" s'amoindrit, mais quand je vais à une rencontre de parents, j'ai plutôt l'impression d'être parmi des gens ayant l'âge d'être des grands-parents et ça se ressent dans leur rapport pas toujours sain avec leur progéniture. Ces gens ont vécu leur vie avant de commencer à se reproduire et ils vivent peut-être un peu trop intensément leur statut parental. Mais bon, ce n'est pas si grave que ça.

    13 Déc 2011 | Mathieu Poirier

  • Nadia Essadiqi

    François, je ne crois pas que ce soit un devoir de faire des enfants, mais bien un choix.

    Où as-tu pris l'info selon laquelle mes parents m'ont "élevée dans la ouate et écouté tous mes caprices"? C'est gratuit, tu ne connais rien de l'éducation que j'ai reçue, je ne comprends pas d'où tu sors cette spéculation absurde... C'est un jugement qui ne se base sur absolument rien, d'où tiens-tu cette "info" sur ma vie?!

    Et où dans le texte ai-je pesté contre les baby-boomers avec des enfants?

    Et au début de ton commentaire tu parles du fait qu'on n'a pas juste des droits mais bien des devoirs et tu finis en disant que c'est un droit... pas très logique.

    La prochaine fois, François, il serait peut-être préférable pour ta crédibilité de "commentateur" de mieux lire le texte que tu commentes avant de le commenter.

    13 Déc 2011 | Nadia Essadiqi | Montréal

  • Quand on voit un esprit aussi égoïste et égocentrique qui croit qui n'a aucun devoir, mais juste de droits, on est sincèrement déçu que ses parents n'aient pas eu les mêmes opinions. Cela aurait eu l'avantage de nous épargner un tel article. Elevée dans la ouate avec des parents qui écoute tous ses caprices, il ne faut pas se surprendre qu'elle ne soit pas prête à donner. Et j'imagine qu'elle pestera contre les baby-boomer (avec enfants) qui on une pension de retraite, mais qu'il n'y aura personne pour payer pour la sienne ou pour s'occuper d'elle quand elle sera vieille, incontinente, malade et à l'hôpital. On a pas besoin de faire de sacrifices pour ça, c'est un droit!

    12 Déc 2011 | François

  • Nadia Essadiqi

    Waw, merci Alexis, c'est rassurant de lire ça!

    Et merci aux autres pour vos commentaires! : )

    12 Déc 2011 | Nadia Essadiqi | Montréal

  • « Peut-être que tout changera lorsque j'aurai rencontré l'homme de ma vie aux gènes parfaitement compatibles pour créer l'Humain H le plus supra génétiquement optimal? »

    Eh ben voilà! Pour désirer un enfant, c'est pas con d'être deux. C'est même mieux.

    12 Déc 2011 | Foster

  • Je suis devenu père malgré moi. Une aventure ou la tendre conjointe confidentielle est tombée enceinte immédiatement.

    Le choc a été intense. Moi aussi je me voyais pris dans des liquides aux odeurs douteuses et aux textures suaves...

    Je ne me voyais pas sombrer dans les discours parentaux qui ressemblent à de la philosophie de salon funéraire ("avoir des enfants ca change une vie", "a combien de semaine le tien", etc).

    Heureusement, j'ai découvert qu'il y a un mythe fou que tout le monde (hollywood?) se plait à propager dans notre société: lorsque l'on devient parent, on est pas obligé de "subir" son enfant.

    Personnellement, je me suis dit que ce serait à ma fille de s'adapter à ma vie plutôt que le contraire.

    Je suis un gars de plein air et pour moi, il n'était pas question de mettre une croix sur ma passion. Dans les trois années qui ont suivies sa naissance, j'ai fait plus de 200km de randonnée en forêt avec mon héritière!

    Un autre exemple: pour moi, pas de musique romponpon-petitpatapon. Avec ma fille on écoute Miles Davis, du dubstep et (quand maman n'est pas là) on sort les vieux cd de black métal.

    Bien sur, j'ai du repousser l'ascension de l'Everest (quoique cette année je ferai le Kilimandjaro) et on écoute Scars In The Landscape Of God à un volume raisonnable mais la réalité est qu'il existe un juste milieu entre notre individualité, ce que l'on en fait lorsque l'on devient parent et les stéréotypes bruns que l'on collectionne avant de le devenir.

    12 Déc 2011 | alexis

  • Je te comprends tellement... c'est même problématique, parce que la minute qu'on rencontre un homme décent, il est pressé de démarrer le four. Et moi de m'exclamer: «Whooaaaaa! WHOA! TAPEU-LÀ!»

    Plus j'écoutes mes amis nouvellement parents me raconter leur vie et moins j'ai envie de suivre leur traces. «J'ai un nouveau parfum depuis début décembre, morve hivernale, hahahhaha», s'exclame la maman de façon enthousiasme. Un frison d'horreur parcourt mon échine et je feins un sourire approbateur...

    12 Déc 2011 | Catherine

  • Andréanne Bouchard

    Je me marre à la lecture de la dernière ligne, soit : (Les opinions exprimées dans cette tribune ne sont pas nécessairement celles d'Urbania)

    Urbania ne veut donc pas qu'on doute de ses envies de maternité? :P Moi je n'aurais rien contre un rejeton urbanien!

    12 Déc 2011 | Andréanne Bouchard

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