Les nouveaux fathers for justice
Permettez-moi de faire un lien pas si douteux entre la chasse aux pédophiles et l’affaire Turcotte.
Si vous avez passé un peu de temps sur les réseaux sociaux en fin de semaine, vous avez probablement vu circuler la face d’un ou deux pédophiles dans vos fils respectifs. Il s’agit des prises d’un papa-justicier qui a décidé de traquer sur le fait des hommes en train de pervertir la jeunesse.
Je ne partagerai pas ici lesdites vidéos. C’est dégueulasse, et probablement illégal. Je ne porterai pas trop de jugements non plus sur le père en question : il doit bien avoir assez de détresse en cet homme pour consacrer autant de temps à se faire passer pour des fillettes sur le web. Je me contenterai de juger la société avec mon habituel regard judéo-chrétien.
Contrairement à ceux qui s’enfilent des films de cowboys chaque semaine, je suis peu impressionnée par les personnes qui se font justice elles-mêmes. Ça me fait toujours penser aux spectacles amateurs à l’école, quand tout le monde voulait décider de la mise en scène à la place du metteur en scène. C’est toujours à ce moment-là que je décrochais.
L’apprentissage des rôles hiérarchiques se fait à la dure lorsque, sur un même pied d’égalité, on réalise que tout le monde veut faire le chef, et personne l’indien. À l’âge adulte, on finit par prendre la place qui nous revient. L’un deviendra docteur, l’autre pompier, et chacun jouera son rôle dans la société tel qu’indiqué.
Puis, un père-justicier vient mêler les cartes. Il n’est ni policier, ni juge, et pourtant, il est élevé au rang de héros traqueur de pédophiles. Sur les forums, sur YouTube, les autres papas pour la justice l’encensent, envient son courage et disent qu’il a ben raison de faire ça.
Comme j’aime mettre les gens dans des cases, mon esprit pragmatique était dérangé, jusqu’à ce qu’un collègue vienne à ma rescousse sur Facebook. Comme il écrit très bien, je recopierai ici ses propos : «Quand il y a une perception, fondée ou non, que le système de justice ne fonctionne pas, ou qu'il ne répond plus aux attentes, alors le vigilantisme apparaît. Pour éviter l'anarchie et les débordements, il faut que la population soit convaincue que l'État fait un travail irréprochable.»
Je me suis alors souvenue du procès Turcotte. À la tombée du jugement de non responsabilité criminelle, ça déchirait ses chemises sur Twitter, ça criait au scandale, ça piquetait dehors pour que justice soit rendue. Même si j’étais d’accord avec le verdict à l’époque, je ne suis pas convaincue que ce procès ait donné à la population la «perception, fondée ou non, que le système de justice fonctionne».
Ceci dit, depuis que j’ai été traitée d’extrémiste par Mario Dumont, je ne suis pas convaincue non plus que la perception de la population ne soit pas fondée sur n’importe quoi. Toute la vérité pourrait aussi être en cause dans ce sentiment que la justice québécoise en pourrie.
Des nominations de juge douteuses? Des émissions d’enquête qui font passer les policiers pour des pas bons («regarde, c’est facile, d’attraper des pédophiles»)? Des jugements rendus sans plus d’éducation populaire sur les fondements du droit, le concept de doute raisonnable, la responsabilité criminelle, etc?
Difficile d’identifier une cause responsable de l’effondrement de la confiance citoyenne en notre système juridique. Mais le résultat est qu’une nouvelle race de fathers for justice point à l’horizon. Il y aurait peut-être un peu d’éducation à faire, si on ne veut pas que n’importe quel papa nous redresse le pédophile à sa façon. J’attends impatiemment un billet de Véronique Robert sur la question.
PS. Pour de vrai, j’aime pas vraiment ça mettre les gens dans des cases.
Je ne partagerai pas ici lesdites vidéos. C’est dégueulasse, et probablement illégal. Je ne porterai pas trop de jugements non plus sur le père en question : il doit bien avoir assez de détresse en cet homme pour consacrer autant de temps à se faire passer pour des fillettes sur le web. Je me contenterai de juger la société avec mon habituel regard judéo-chrétien.
Contrairement à ceux qui s’enfilent des films de cowboys chaque semaine, je suis peu impressionnée par les personnes qui se font justice elles-mêmes. Ça me fait toujours penser aux spectacles amateurs à l’école, quand tout le monde voulait décider de la mise en scène à la place du metteur en scène. C’est toujours à ce moment-là que je décrochais.
L’apprentissage des rôles hiérarchiques se fait à la dure lorsque, sur un même pied d’égalité, on réalise que tout le monde veut faire le chef, et personne l’indien. À l’âge adulte, on finit par prendre la place qui nous revient. L’un deviendra docteur, l’autre pompier, et chacun jouera son rôle dans la société tel qu’indiqué.
Puis, un père-justicier vient mêler les cartes. Il n’est ni policier, ni juge, et pourtant, il est élevé au rang de héros traqueur de pédophiles. Sur les forums, sur YouTube, les autres papas pour la justice l’encensent, envient son courage et disent qu’il a ben raison de faire ça.
Comme j’aime mettre les gens dans des cases, mon esprit pragmatique était dérangé, jusqu’à ce qu’un collègue vienne à ma rescousse sur Facebook. Comme il écrit très bien, je recopierai ici ses propos : «Quand il y a une perception, fondée ou non, que le système de justice ne fonctionne pas, ou qu'il ne répond plus aux attentes, alors le vigilantisme apparaît. Pour éviter l'anarchie et les débordements, il faut que la population soit convaincue que l'État fait un travail irréprochable.»
Je me suis alors souvenue du procès Turcotte. À la tombée du jugement de non responsabilité criminelle, ça déchirait ses chemises sur Twitter, ça criait au scandale, ça piquetait dehors pour que justice soit rendue. Même si j’étais d’accord avec le verdict à l’époque, je ne suis pas convaincue que ce procès ait donné à la population la «perception, fondée ou non, que le système de justice fonctionne».
Ceci dit, depuis que j’ai été traitée d’extrémiste par Mario Dumont, je ne suis pas convaincue non plus que la perception de la population ne soit pas fondée sur n’importe quoi. Toute la vérité pourrait aussi être en cause dans ce sentiment que la justice québécoise en pourrie.
Des nominations de juge douteuses? Des émissions d’enquête qui font passer les policiers pour des pas bons («regarde, c’est facile, d’attraper des pédophiles»)? Des jugements rendus sans plus d’éducation populaire sur les fondements du droit, le concept de doute raisonnable, la responsabilité criminelle, etc?
Difficile d’identifier une cause responsable de l’effondrement de la confiance citoyenne en notre système juridique. Mais le résultat est qu’une nouvelle race de fathers for justice point à l’horizon. Il y aurait peut-être un peu d’éducation à faire, si on ne veut pas que n’importe quel papa nous redresse le pédophile à sa façon. J’attends impatiemment un billet de Véronique Robert sur la question.
PS. Pour de vrai, j’aime pas vraiment ça mettre les gens dans des cases.





Je voulais ajouter, en réponse à certains commentaires: Les palais de justice regorgent de mecs accusés de leurre sur internet. La SQ et le SPVM ont chacun une escouade spéciale pour ces crimes (La GRC aussi) et ils font du bon boulot.
Je ne suis pas d'accord pour dire que les corps policiers sont incapables de faire face à la cyber-criminalité. C'est un brin plus compliqué qu'un vol à l'étalage pris sur caméra de surveillance, mais c'est faisable, ça se fait, et ça marche.
27 Nov 2011 | Véronique Robert
Voila: http://droitcriminel.blogspot.com/2011/11/le-leurre-du-pere-justicier.html
:-)
27 Nov 2011 | Véronique Robert
La Goldwater, elle a l'a l'affaire.
24 Nov 2011 | Christian Roch
Bon billet, mais superficiel un brin! J'admire la clarté de ta position mais déplore que tu n'offres ou n'exploite aucune piste de solution. Je comprends que chaque citoyen à sa place dans notre société, ceci est une base rudimentaire du bon fonctionnement de celle-ci, mais par contre deux faits demeurent perturbant :
1) La cybercriminalité est salement en train de faire des ravages auprès des jeunes.
2) Le systeme judicière et les corps policiers ne sont pas prêts à y faire face.
Que ce soit de l'intimidation via les résaux sociaux ou de la cyberpédophilie, le problème est de plus en plus important et voilà selon moi le débat intéressant à avoir. Car la réalité est que ces prédateurs existent et qu'ils sont de plus en plus nombreux. Donc quelqu'un, quelque part (des citoyens à la bonne case par exemple :p) devra s'en occuper.
Bonne journée!
24 Nov 2011 | Vincent
Ça fait longtemps qu'une grande partie de la population a perdu confiance en l'état et les raisons sont simples... Je comprends très bien ton point mais je suis d'accord avec cet homme. Quand la justice redeviendra justice chacun pourra retourner dans sa case !
Pour ma part, j'aime bien chapeauter plusieurs cases à la fois, j'appelle ça de la curiosité. ;-)
23 Nov 2011 | Genevieve Piquette | Montréal
http://www.turbotannant.com/post/13139066553/pedo
22 Nov 2011 | Donavan
Bravo, Judith! À ajouter aux raisons du délitement de l'opinion publique envers la justice, le travail de sape des institutions du gouvernement conservateur, et particulièrement de ces temps-ci de son pion francophone, le sénateur Pierre-Hugues Boisvenu et son militantisme courroucé en faveur du «droit des victimes».
(Et bravo également pour ta position sereine concernant l'affaire Turcotte. J'ai vu de tels déchainements dans les réseaux, de la part de gens que j'estime par ailleurs, que j'en étais à désespérer de la race humaine.)
22 Nov 2011 | Gilbert Dion
Je vais me lancer et y aller d'une simple idéologie basée sur la vie. Je crois que la confiance citoyenne est ébranlée par 1) une *sur spécialisation* du Droit et de la justice et 2) Un populisme crasse qui se nourrit dans la facilité de répéter ce que son gourou affirme en étant un paresseux intellectuel !
En tant que citoyen, oui j'ai l'impression que la justice ne me sert pas. Oui j'ai l'impression que les riches et puissants s'en sortent toujours mieux que mes semblables. La version populaire de cette impression est arrivée lors de la télédiffusion du célèbre procès d'OJ Simpson je dirais. La population a dès lors pu voir clairement que les plateaux de Dame justice ne sont pas toujours égaux pour tous.
S'en suit alors un parallèle facile à faire avec ce populisme facile qui en vient à ne même pas se casser la tête afin de comprendre le pourquoi du comment. On devient émotif et influençable, on prend la voix facile. Alors qu'en réalité, chaque personne devrait au minimum se *spécialiser* en jurisprudence et en Code Civil afin de bien comprendre en quoi consiste la folie passagère, la preuve devant un tribunal et tout ce bla bla juridique.
Les tribunaux et la Justice, ça reste un domaine très complexe et lorsqu'on doit se fier sur le fast food de l'information médiatique pour saisir une complexité profonde en 1 minutes 30 secondes, on dit n'importe quoi mais surtout, n'importe comment !
22 Nov 2011 | Mario Bureau