Je vends mon MacBook
Comment votre blogueuse échoue lamentablement à surmonter les problèmes engendrés par la modernité, en trois épisodes.
Épisode 1 - Où la blogueuse tente de s'en sortir
Hier, je suis allée chez le cordonnier. Par ces temps de Occupy-ceci ou cela et de film sur le progrès, vous direz que c’était un geste politique de protestation contre la consommation. Oui et non.
C’était d’abord et avant tout un geste poétique. J’ai toujours eu un faible pour les vieux commerces basés sur des concepts désuets, comme celui de faire réparer un talon même s’il en coûte plus cher que de s’acheter une nouvelle paire de chaussures en matériaux synthétiques, chaque année, pour suivre la mode.
Deux raisons peuvent mener un consommateur à vouloir s’acheter une nouvelle paire de chaussures plutôt que d’aller chez le cordonnier. Le prix, et la mode. J’ai payé cher mes Swear en 1999, et les faire réparer eût été beaucoup plus économique que d’en acheter une nouvelle paire, lorsque le talon a défoncé. Mais qui voulait avoir quatre pouces de caoutchouc sous les pieds, rendu en 2000? Personne. Voyez? Équation prix/mode.
Progrès oblige, les cordonniers sont une espèce en voie de disparition. Pour trouver le mien, j’ai dû googler «cordonnier plateau» pour réaliser que je passais devant «Karpman hôpital de chaussures» plusieurs fois par semaine. Je ne le voyais pas tellement je me sentais peu concernée par le besoin de faire réparer un produit voué à être passé mode l’année suivante. Mais cette paire de bottes, c’est différent. J’y tiens.
Karpman possède une vieille enseigne. J’imaginais y rencontrer un vieux monsieur poussiéreux tout taché par la cire à chaussures. Le propriétaire est plutôt un jeune latino-américain de 35 ans. Il m’a parlé de l’extinction du métier qu’il exerce, et que sa famille exerce, depuis toujours. Ce n'est pas parce qu’il manque d’ouvrage, que le métier se perd. Il m’a montré la pile de chaussures qu’il avait à réparer cette semaine. Je n’aurai pas mes bottes avant vendredi tellement il est dans le jus. Ce dont il manque, c’est de main d’œuvre. «Personne ne veut apprendre le métier», m’a-t-il dit. «Les jeunes ne s’intéressent pas à ça. Pareil pour le métier de tailleur. Vous avez vu, la couturière, chez le nettoyeur à côté, elle n’est pas jeune jeune…»
Dans 20 ans peut-être, je ne pourrai plus faire réparer mes bottes. Non pas par paresse ou par incongruité économique, mais par bête manque de relève.
Parfois, le problème n’est pas où l'on pense qu’il se trouve.
Épisode 2 - Où la blogueuse l'échappe
Récemment, je déménageais dans ce nouveau quartier où l’on trouve de sympathiques commerces d’un autre siècle et où les appartements sont forcément plus petits. J’ai donc dû me départir de certains meubles qui ne rentraient pas dans le nouvel appartement. Je sais, j’aurais pu les apporter aux petits frères des pauvres, mais bousculée par le temps, j’ai décidé de les laisser au chemin, me disant qu’ils trouveraient un autre propriétaire, comme ils m’avaient trouvée quelques années auparavant. Au moment de barrer une dernière fois la porte de mon ancien logement, des éboueurs sont arrivés, ont regardé le tas d’objets (une table, un four micro-ondes, une commode, une base de lit, une vieille machine à coudre, un comptoir), m’ont dit «on va vous débarrasser de ça ma p’tite madame», et ont crashé ma vie dans leur camion vidange, heureux comme des gamins. Je les ai regardé faire sans rien dire, chaque morceau de bois ou de métal devenant complètement irrécupérable sous la pression des dents du camion.
Parfois, on constate le problème exactement au moment où il survient.
Épisode 3 - Où la blogueuse admet ses faiblesses comme source de chaos
En informatique, on accuse souvent les entreprises de créer des produits programmés pour briser dans les mois qui suivent la garantie d’un an. Moi, je m’étonne toujours que mon iPhone fonctionne encore, malgré la cinquantaine de fissures qu’affiche son écran tactile. La sortie du 4S ne m’a pas convaincue qu’il valait la peine de changer de téléphone pour le moment, malgré toutes les craques dont je vous ai parlé.
Pourtant, je suis facile à convaincre. Récemment, je préparais un article sur le design chez Apple, et l’un des intervenants m’a dit : «Les produits Apple, vous ne savez pas que vous en avez besoin jusqu’à ce que vous les ayez entre les mains». Comme je m’étais toujours demandé ce que je pourrais bien faire avec un iPad, j’en ai conclu que le type avait raison et, qu’au fond, j’en avais besoin même si je ne le savais pas encore. Ce fût donc peu rentable, comme article.
Un autre intervenant m’a d’ailleurs fait remarquer la contradiction d’Apple en terme de développement responsable. «Ils font des produits durables, mais lancent toujours de nouveaux produits plus désirables, qui font en sorte que vous les achetez même si ceux que vous avez sont encore bons».
Comme je suis un épouvantable cliché, il s’avère que j’étais également en mesure de confirmer cette affirmation, puisque j’ai dans mes boîtes un MacBook blanc acheté en 2009 qui fonctionne encore TRÈS bien, mais qui a été détrôné dans mon cœur par un MacBook Pro argent.
Parfois, le problème nous dépasse, mais on peut trouver un compromis.
J’ai donc décidé de vendre mon MacBook blanc pour lui donner une seconde vie. Je suis convaincue qu’il pourrait servir à un étudiant ou à quiconque ayant plus de maturité que moi en matière de consommation.
Votre prix est le mien. Écrivez-moi sur Twitter si ça vous intéresse.
Hier, je suis allée chez le cordonnier. Par ces temps de Occupy-ceci ou cela et de film sur le progrès, vous direz que c’était un geste politique de protestation contre la consommation. Oui et non.
C’était d’abord et avant tout un geste poétique. J’ai toujours eu un faible pour les vieux commerces basés sur des concepts désuets, comme celui de faire réparer un talon même s’il en coûte plus cher que de s’acheter une nouvelle paire de chaussures en matériaux synthétiques, chaque année, pour suivre la mode.
Deux raisons peuvent mener un consommateur à vouloir s’acheter une nouvelle paire de chaussures plutôt que d’aller chez le cordonnier. Le prix, et la mode. J’ai payé cher mes Swear en 1999, et les faire réparer eût été beaucoup plus économique que d’en acheter une nouvelle paire, lorsque le talon a défoncé. Mais qui voulait avoir quatre pouces de caoutchouc sous les pieds, rendu en 2000? Personne. Voyez? Équation prix/mode.
Progrès oblige, les cordonniers sont une espèce en voie de disparition. Pour trouver le mien, j’ai dû googler «cordonnier plateau» pour réaliser que je passais devant «Karpman hôpital de chaussures» plusieurs fois par semaine. Je ne le voyais pas tellement je me sentais peu concernée par le besoin de faire réparer un produit voué à être passé mode l’année suivante. Mais cette paire de bottes, c’est différent. J’y tiens.
Karpman possède une vieille enseigne. J’imaginais y rencontrer un vieux monsieur poussiéreux tout taché par la cire à chaussures. Le propriétaire est plutôt un jeune latino-américain de 35 ans. Il m’a parlé de l’extinction du métier qu’il exerce, et que sa famille exerce, depuis toujours. Ce n'est pas parce qu’il manque d’ouvrage, que le métier se perd. Il m’a montré la pile de chaussures qu’il avait à réparer cette semaine. Je n’aurai pas mes bottes avant vendredi tellement il est dans le jus. Ce dont il manque, c’est de main d’œuvre. «Personne ne veut apprendre le métier», m’a-t-il dit. «Les jeunes ne s’intéressent pas à ça. Pareil pour le métier de tailleur. Vous avez vu, la couturière, chez le nettoyeur à côté, elle n’est pas jeune jeune…»
Dans 20 ans peut-être, je ne pourrai plus faire réparer mes bottes. Non pas par paresse ou par incongruité économique, mais par bête manque de relève.
Parfois, le problème n’est pas où l'on pense qu’il se trouve.
Épisode 2 - Où la blogueuse l'échappe
Récemment, je déménageais dans ce nouveau quartier où l’on trouve de sympathiques commerces d’un autre siècle et où les appartements sont forcément plus petits. J’ai donc dû me départir de certains meubles qui ne rentraient pas dans le nouvel appartement. Je sais, j’aurais pu les apporter aux petits frères des pauvres, mais bousculée par le temps, j’ai décidé de les laisser au chemin, me disant qu’ils trouveraient un autre propriétaire, comme ils m’avaient trouvée quelques années auparavant. Au moment de barrer une dernière fois la porte de mon ancien logement, des éboueurs sont arrivés, ont regardé le tas d’objets (une table, un four micro-ondes, une commode, une base de lit, une vieille machine à coudre, un comptoir), m’ont dit «on va vous débarrasser de ça ma p’tite madame», et ont crashé ma vie dans leur camion vidange, heureux comme des gamins. Je les ai regardé faire sans rien dire, chaque morceau de bois ou de métal devenant complètement irrécupérable sous la pression des dents du camion.
Parfois, on constate le problème exactement au moment où il survient.
Épisode 3 - Où la blogueuse admet ses faiblesses comme source de chaos
En informatique, on accuse souvent les entreprises de créer des produits programmés pour briser dans les mois qui suivent la garantie d’un an. Moi, je m’étonne toujours que mon iPhone fonctionne encore, malgré la cinquantaine de fissures qu’affiche son écran tactile. La sortie du 4S ne m’a pas convaincue qu’il valait la peine de changer de téléphone pour le moment, malgré toutes les craques dont je vous ai parlé.
Pourtant, je suis facile à convaincre. Récemment, je préparais un article sur le design chez Apple, et l’un des intervenants m’a dit : «Les produits Apple, vous ne savez pas que vous en avez besoin jusqu’à ce que vous les ayez entre les mains». Comme je m’étais toujours demandé ce que je pourrais bien faire avec un iPad, j’en ai conclu que le type avait raison et, qu’au fond, j’en avais besoin même si je ne le savais pas encore. Ce fût donc peu rentable, comme article.
Un autre intervenant m’a d’ailleurs fait remarquer la contradiction d’Apple en terme de développement responsable. «Ils font des produits durables, mais lancent toujours de nouveaux produits plus désirables, qui font en sorte que vous les achetez même si ceux que vous avez sont encore bons».
Comme je suis un épouvantable cliché, il s’avère que j’étais également en mesure de confirmer cette affirmation, puisque j’ai dans mes boîtes un MacBook blanc acheté en 2009 qui fonctionne encore TRÈS bien, mais qui a été détrôné dans mon cœur par un MacBook Pro argent.
Parfois, le problème nous dépasse, mais on peut trouver un compromis.
J’ai donc décidé de vendre mon MacBook blanc pour lui donner une seconde vie. Je suis convaincue qu’il pourrait servir à un étudiant ou à quiconque ayant plus de maturité que moi en matière de consommation.
Votre prix est le mien. Écrivez-moi sur Twitter si ça vous intéresse.





test
19 Oct 2011 | jorge
Mon MacBook 2007 est encore la prunelle de mes yeux!!! Avec un nouveau disque dur que je n'emplirai probablement jamais et une mémoire vive boostée, il fonctionne encore à merveille malgré un petit garçon qui a marché dessus allègrement et quelques chutes sur le plancher. Et il pourrait même supporter Lion si je n'étais pas entièrement satisfaite de ma vie en Snow Leopard, j'ai fait le test. De même, mon iPod classic 80 gig de la même année est encore pleinement fonctionnel avec une batterie qui dure une semaine malgré 8h d'écoute quotidienne. Et je viens d'acquérir un iPhone 4 neuf (pourquoi payer plus pour un 4S!) à petit prix qui déjà se révèle un merveilleux outil!
Si leurs produits, après 4 ans et à ma plus grande surprise, sont encore aussi performants et utiles pour moi, je ne crois pas que ce soit parce que je sois tombée sur des spécimens hors normes. On fait le choix ou non d'être la proie des tactiques marketing plutôt que de respecter nos budgets et nos besoins :)
18 Oct 2011 | Andréanne Bouchard
J'ai pas Twitter mais je suis intéressé par la paire de bottes et la machine à coudre. Ah bon, c'est pas possible? Bon je vais aller chez Zelmart...
18 Oct 2011 | JJ
Je n'y connais rien à Twitter, mais je suis vraiment intéressée par le Mac. Comment je peux vous contacter??
18 Oct 2011 | Myriam Rousseau | québec
Bonjour ! Aussi intéressée !
18 Oct 2011 | Evelyne
J'ai pas de twiter.... mais suis intéressé pour le mac. SVP écrivez-moi pour me donner des coordonnées où vous joindre....
18 Oct 2011 | Manon