S'arrêter pour regarder l'accident

S'arrêter pour regarder l'accident
24 Août 2011

Par Pascal Henrard  |  Publié dans : blogue

Les gens sont ainsi faits qu'ils aiment regarder le malheur des autres dans les yeux en pensant que c’est rien que du bonheur pour eux. Une panne, un accident, une auto dans le fossé, une personne écrasée, un vélo renversé, les gens pressés mettent instinctivement le pied sur le frein pour admirer l'horreur au quotidien.

Depuis tout petit je me demande pourquoi ces attroupements de badauds autour des accidents d'autos ? Pourquoi ces longues files de voitures au ralenti sur les voies rapides de l'autoroute alors que la collision a eu lieu de l'autre côté du terre-plein ? Pourquoi ces curieux au bord du torticolis devant la maison en flammes sur le point de s'effondrer à leurs pieds ? Si au moins c'était pour aider, pour sauver ou même pour apaiser la douleur des autres. Mais non, la foule fascinée comme si elle était au cirque reste muette et statique spectatrice devant l'horreur terrible à laquelle elle assiste gratis.

Nous ressentons tous le même plaisir coupable quand, aux infos, on entend l'histoire épouvantable de ces deux hommes écrasés sous leur maison ou quand on lit les détails macabres sur la mort atroce de ce cycliste coupé en deux par un automobiliste. Serions-nous sadiques? Masochistes? À ce point désœuvrés? En mal de sensations extra-fortes? Avide de voir la mort pour sentir qu’on est en vie?

Des journaux qui tachent les doigts et l'âme font de cette fascination leur fond de commerce lucratif. Au détriment des sujets qui concernent l'avenir, le monde, la société, la vie, l’amour, les gens,... Parce qu'ils savent que vous serez irrésistiblement attirés par la photo mal cadrée de ces pompiers en une qui tentent tant bien que mal de cacher derrière des couvertures inutiles le spectacle abominable de la mort qui plane. Bien plus que par cet article de fond sur l’économie du dollar. Je confesse que je ne l’ai pas lu non plus.

Quand il y a un accident, j'ai juste envie d'accélérer, de prendre mes jambes à mon cou et de m'enfuir. Loin. Mais entraîné par le mouvement de la foule, je suis moi aussi captivé par les morceaux de tôle tordue, les flaques de sang sur le bitume, le pare-brise en morceau dans le visage des gens, le bruit des sirènes, l'odeur de la mort, le silence de la peur, la fragilité de la vie, notre fin qui approche elle aussi...
Derniers commentairesRSS
  • jeanseb Roux

    désolé seb, mais je suis daccord avec pascal. et pas par appui, mais bien par preuves. tu regardes mal les gens autour de toi pour répondre celà. TOI, peut-être ne fais-tu pas celà, mais si c'est le cas, tu n'es pas la normes. Quand on écrit un texte qui englobe une généralité, on généralise nécéssairement. les exceptions qui confirment la règle auront leur article ailleurs pour d'autre raisons.

    ceçi dit, cette vérité émise par Pascal en est une qui m'exaspère au plus haut point. je ne fais en effet pas partie moi non plus de ce type de gens, mais je dois vivre avec eux tous les jours. moi, je suis voyeur, mais voyeur du tous les jour; de l'amour au coin d'une rue; de la chute d'une boule de sorbet; d'une conversation intime etc. mais le malheur des autres ne m'interpelle ni me fascine. alors quand je me rend compte que je suis dans le traffic depuis 20 minutes sur la 20 parce qu'une voiture à fait une embardée de l'autre côté de la route, je rage contre ceux qui ne réussissent pas a trouver suffisament d'agrément dans leur vie pour s'empêcher de se trouver une histoire à raconter à leurs proches au retour de la 20...

    24 Août 2011 | jeanseb Roux | montréal

  • "Nous ressentons tous le même plaisir coupable quand, aux infos, on entend l'histoire épouvantable "

    Non. Toi, peut-être, et c'est peut-être pour ça que tu écris un texte là-dessus. Les gens sont fascinés par ce qui leur fait peur, parce qu'ils se dident que ça aurait pu être eux ou un proche. De là à affirmer qu'ils trouvent ça plaisant, il y a un énorme pas qui donne de l'impact à ton texte, mais qui, selon moi, est trop facile.

    24 Août 2011 | Seb b

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