Sexe, drogue et coups de pouces
Je ne vous parlerai pas de Jack pour des raisons personnelles. Je ne vous parlerai pas du jeu de «chicken» qui se trame aux États-Unis pour des raisons académiques (en optant pour «Arts et lettres» au cégep, je me suis juré que je ne toucherais plus jamais à une calculatrice… la madame de Revenu Québec rie toujours de moi depuis). Aujourd’hui, je vous sers du réchauffé, car la discussion à laquelle je ferai référence s’est tenue plus tôt cette semaine. Pire encore, cette discussion aussi a été passée au four micro-ondes.
À l’aide de beaux gros raccourcis et d’une recherche terminée sur un coin de table (il prend la peine de préciser que Metallica est un groupe de San Francisco alors que le projet a été fondé à Los Angeles… c’est un détail, bien sûr… mais c’est quand même un truc vérifiable en cinq secondes sur Wikipedia), Laberge lie le fan typique de Metallica à une émule d’Elvis Gratton, figure emblématique du «gros crisse de cave» colonisé à souhait. En entrevue, il indique que des billets publiés par la suite sur son blogue nuancent sa lettre. En fait, il voulait surtout livrer un coup de gueule, patati, patata. Mais bon, pour demeurer dans l’esprit «à la botche» de sa première intervention, on va en rester là.
Le 21 juillet, le journaliste – et «classic rock lover» – Philippe Lague répliquait dans les pages du Devoir en affirmant que ses gouts musicaux prononcés pour la musique anglophone ne nuisent en rien à ses convictions politiques. Tel que souligné par Lague lors de l’entrevue radio quelques jours plus tard, la salve à saveur «indépendantriste extra pure laine» du philosophe n’aide en rien le mouvement. Il martèlera aussi que ses gouts musicaux peuvent bel et bien être dissociés de la sphère politique.
En fait, l’offre rock francophone ne ferait tout simplement pas le poids, selon Lague. Après tout, Charlebois ne rock plus et Pag n’enregistre plus de disques. Le plus aberrant, outre le fait qu’il a pris le temps de répondre à Laberge, demeure le fait qu’il en profite pour révéler qu’il a aussi vu Céline Dion… trois fois… coulé dans l’rock!
Blague à part, comme le solo de Slash dans le clip de «November Rain», le «débat» grandiloquent s’est étiré et s’est finalement retrouvé sur les ondes de la Première Chaîne. Passé au micro-ondes à pleine puissance, même!
Lorsque Nuovo lui demande s’il croit que voir des spectacles «d’ailleurs» est un geste de colonisé, Laberge répond «Je le crois» sans sourciller. Pire encore, il ajoutera ensuite «Je sais que ces mots-là font mal», comme s’il venait de mettre le doigt sur un bobo jusqu’alors jamais effleuré, tel un Christophe Colomb de la psyché du terroir. Hé misère!
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Puis, comme le fameux accident pyrotechnique de Metallica au Stade olympique, une lueur d’espoir jaillit: Anne Lagacé-Dawson, qui collabore aussi à l’émission de Nuovo, glisse entre deux répliques du débat qu’elle constate une montée de la chanson québécoise chantée en québécois et abordant des réalités québécoises (pis ça, c’est la «bloke» du lot qui le précise… «bloke» en référence au titre de sa chronique dans le Hour, dois-je ajouter). Et Laberge de l’interrompre pour reprendre son babillage voulant que U2 et Metallica sont particulièrement populaires au Québec et que la bande de Bono aime particulièrement jouer à Montréal… (en quoi les goûts du groupe viennent jouer là-dedans, fouillez-moi…).
Plus tard, Lague – qui se qualifie lui-même de “dinosaure du rock” – ajoutera que la scène rock francophone se porte plutôt mal depuis la fin de l’époque de la Sainte Trinité (Offenbach, Charlebois et Pag). Dans sa lettre, il notait aussi qu’il ne s’était pas pointé aux festivités de la Fête nationale, car la programmation n’enflammait pas son “coeur de rocker”. En ondes, il lance aussi qu’il irait voir volontiers le «show» d’un groupe québécois francophone heavy metal qui attirerait autant de fans que Metallica.
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Pourtant, sans attirer des centaines de milliers de fanatiques, ces groupes heavy metal francophones existent et vont même jusqu’à se faire voir à l’étranger (c’est le cas, du moins, pour Anonymus). Pire encore, la relève «rock» presque autant que Gerry et ses potes. As-tu déjà écouté du Galaxie, Philippe? Ça va te donner le gout de rosser Beethoven à coups de «chaine de becyk», mon chum!
Il est là le problème! Malgré toute l’effervescence qui entoure l’art “alternatif”, les grosses huiles du pays l’étouffent. Ce matin, Charles Côté de La Presse dévoilait que le ministère des Affaires étrangères et du Commerce international aurait saboté la participation d’une artiste canadienne à une tournée d’expositions européennes. La bande derrière L’Autre Saint-Jean peine à se financer alors qu’à quelques kilomètres de là, on nous présente une Fête nationale sur le pilote automatique (les Porn Flakes ET Hugo Lapointe sur la même scène? Pincez-moi quelqu’un!). Claude Rajotte, notre John Peel à nous, est en ondes les fuckin’ samedis et dimanches de 22h à 1h du mat’!
Bien sûr, certains médias «alternatifs» comme CISM, Bande à Part, FrancoPhil et BangBang (‘scusez-la!) se consacrent déjà à ces arts. Mais pour que Jean Laberge constate que les mélomanes québécois peuvent autant apprécier Pépé que Bono ou pour que Philippe Lague prenne conscience de l’existence de projets rock comme les Dales Hawerchuk, ça prendrait un petit coup de pouce supplémentaire des gros joueurs. Une chanson ou deux aux heures de grande écoute, genre…
Bien sûr, ce sera plus “dérangeant” que payant lors de la première tentative (voire même lors de la deuxième), mais j’aime croire que le jeu en vaut la chandelle. Le public est là et, comme le succès entourant des événements comme Pop Montréal, Osheaga et le Festival de Musique émergente en Abitibi-Temiscamingue peut en témoigner, il est prêt à dépenser pour de la culture… qu’elle soit de gauche ou drette dans sa face.
Pis, de toute façon, tant qu’à organiser des débats douteux sur le rock et les ceintures fléchées, on peut ben “boucher un trou” avec du contenu un peu plus frais, un peu moins réchauffé, justement…





M. Charles,
Il s'agit ici d'un billet de blogue et non pas d'une analyse exhaustive d'un texte philosophe bâclé.
Le cas Laberge m'a tout simplement servi de tremplin pour inviter les médias de masse à délaisser les "faux débats" et autres mièvreries du genre (qui, l'été, sont teeeeeeeeeellement pratiques pour "boucher un trou") pour s'attarder, notamment, aux arts "alternatifs".
Bien qu'aucun artiste québécois actuel ne peut réunir à lui seul 100 000 "matantes", voire même 100 000 "colons", si les médias populaires s'ouvraient davantage aux artistes qui ne sont pas Éric-Lapointe, on pourrait, dans un avenir prochain je l'espère, réunir près de 100 000 personnes avec un concert monstre réunissant un collectif d'artistes d'ici (et/ou d'ailleurs) qui plairaient autant aux mononcles, aux fans d'Elvis Gratton, à Laberge, à Lague, à vous et à moi. Un peu comme "J'ai vu le renard, le loup, le lion" de Charlebois, Leclerc et Vigneault qui, en 1974, réunissait justement plus de 100 000 personnes à la Superfrancofête de Sainte-Foy (http://bilan.usherbrooke.ca/bilan/pages/evenements/2647.html)
En ce qui concerne le FEQ, comme je vous le mentionnais précédemment, mes billets de blogue s'inspirent de l'actualité, de mes coups de coeur et de mes coups de gueule. Jamais je n'ai eu la prétention et/ou l'ambition d'encapsuler une telle thématique en quelques centaines de mots jonchée d'un montage photo avec le Bonhomme Carnaval dessus.
Personnellement, je crois plutôt que les décisions du FEQ sont plus "marketing" que "colonisées". Quelques semaines après les Francofolies et le Jazz, le FEQ se distingue et attire des festivaliers en attirant de gros canons (français et anglais). Si le gouvernement est assez "tarte" pour donner 3,2M$ à un festival qui dépensera cette cagnotte pour, notamment, faire jouer Metallica sur les Plaines, pourquoi ne pas en «profiter»!? Du côté gouvernemental, l'essentiel est là: la gestion est inégale. On "sabote" l'exposition d'une artiste parce qu'elle serait trop politisée (hé boy!), mais on distribue des MILLIONS à un festival sans demander à voir son menu.
Bon! J'suis en retard à la job! Bref, merci d'avoir lu ce billet et de l'amener dans une nouvelle direction!
1 Août 2011 | André Péloquin
Vous faites beaucoup de nuances, mais vous discutez peu du propos de Laberge lui-même et vous n'abordez pas l'essentiel non plus :
« Le débat ne portait pas sur la question de savoir si les fans de Metallica sont des "Amaricains du Nord français", etc., mais sur la question de savoir qui sont les véritables amateurs du groupe-culte de San Francisco. Bon nombre, en effet, se sont plaints de n'avoir pu assister au spectacle puisque le site était rempli à pleine capacité. Frustrés, ces fidèles accusèrent les «matantes» et les "mononcles" qui assistèrent au spectacle. Pourtant, à l'âge qu'ont les membres du groupe, en sortant les matantes et les mononcles du site, il aurait également fallu interdire au groupe lui-même de s'exécuter! »
Les «vrais» fans, d'après Laberge sont donc les «James Gratton» qui traitent les autres de «Mononcles» qui vont sur les plaines probablement parce que le festival permet de d'offrir ces spectacles à moindre cout. C'est être colon que de traiter les autres de «mononcles» justement, mais le nerf de la guerre, c'est justement les subventions. D'abord le site exceptionnel est une subvention en soi, mais le «FEQ» reçoit 3,2 millions de subvention. 3,2 pour encourager une culture américaine qui va très bien, pendant que notre culture à nous vous plutôt mal et que le Québec s'anglicise de plus en plus.
Ce qui est colon donc, c'est cette fierté d'être 100 000 et à être «big», à se gargariser d'un succès pour la popularité du FEQ, alors que Metallica n'a pas de mal à remplir ses salles de toute façon. Pourquoi financer une culture étrangère qui par son succès rend difficile notre propre marché?
Il faut relire la «Fatigue culturelle du Canada français» il me semble, donc l'auteur a raison de dire que l'on étouffe une véritable relève, mais il faudrait aussi voir que l'aspect colonial du FEQ et sa préoccupation sont corrélées.
29 Juil 2011 | Charles
Il a également lancé durant l'entrevue préférer "la musique baroque, surtout les compositeurs français."
Parce qu'écouter Couperin, Lully et Charpentier, c'est vibrer au son de son pays...
28 Juil 2011 | Mathieu C