L'ombre et la lumière
Les bonnes nouvelles pullulent à la une des journaux ces jours-ci. De laquelle vous entretiendrai-je bien aujourd’hui ? J’hésite entre le massacre norvégien et la mort d’Amy Winehouse. Et pourquoi pas parler du fait que le Directeur des poursuites criminelles et pénales a décidé d’interjeter appel du verdict dans le procès Guy Turcotte ?
Chacun de ces événements éveille en moi un mélange de consternation, de colère et de compassion. Bien que les comportements des individus que je viens de nommer me soient incompréhensibles et qu’il me soit très difficile de saisir comment il puisse être possible d’en arriver là, je ne peux m’empêcher d’avoir une certaine dose de sympathie pour tous ces êtres rongés par le mal de vivre et dont l’existence connaît une fin aussi abrupte. D’accord, parmi les exemples donnés, il n’y a que la pauvre Amy qui soit « physiquement » morte, mais les deux autres n’en mènent pas bien, bien plus large, si vous voulez mon avis. Leur vie est finie, à eux aussi. Après avoir fait ce qu’ils ont fait, jamais plus ils ne pourront connaître la paix et la liberté. À un moment ou à un autre, pour divers motifs, Anders Behring Breivik, Amy Winehouse et Guy Turcotte ont choisi la noirceur. Ils n’ont plus vu que le côté obscur de tout ce qui les entourait. La mort leur est apparue comme la seule et unique façon de vivre.
Comme tout le monde, j’ai connu mes moments de fatigue et de désespérance. Mais jamais au point de perdre tout contact avec la réalité et de me perdre, moi. Cela me trouble donc que des êtres humains puissent vivre une douleur si intense qu’elle les pousse à se détruire eux-mêmes ou, pis encore, à s’en prendre à ceux qu’ils côtoient. À annihiler toute forme de vie. Parce que c’est la vie, très exactement, qui leur pue au nez. Ils n’arrivent plus à voir en elle quoi que ce soit qui vaille la peine. Tâcher de l’améliorer n’est pas pour eux une solution. Ils préfèrent l’éliminer. Ces gens sont – ou étaient – tous, à différents niveaux, malades. Comme leur mal est intérieur, il demeure souvent incompris, jugé. On le prend plus ou moins au sérieux, car on manque d’outils pour l’affronter, impuissants que nous sommes devant la souffrance invisible.
Chaque fois que je suis confrontée à ce genre de désespoir, je ne peux m’empêcher de penser à ceux qui, au contraire, se battent pour améliorer leur situation ou carrément pour demeurer en vie. Ils seraient prêts à n’importe quoi pour rester avec nous encore un peu. Ne serait-ce que quelques jours – des heures volées. Ils souffrent, affreusement, mais cela importe peu : au moins, ils sont vivants. Et si seulement cela pouvait durer. Je pense au grand-père de mon copain, qui est si vieux et si faible – il ne mange plus, ne parle plus, ne se lève plus de son lit – mais il refuse de s’en aller. Encore, j’ai une pensée pour deux de mes amis atteints de la fibrose kystique et tous deux greffés pulmonaires. Depuis qu’ils sont nés, la vie est un combat. Ils le mènent de front chaque jour, tâchant de savourer le moindre petit bonheur que le quotidien veut bien leur offrir. Même s’ils ont la forme aujourd’hui, ils ne savent absolument pas ce que demain leur réserve. Puis, je pense au père d’une autre très bonne amie, qui a appris il n’y a même pas un an qu’il était atteint de la sclérose latérale amyotrophique et dont l’état se dégrade de jour en jour. Mais il s’accroche. Et ses filles luttent avec lui. Elles vont bientôt parcourir 300 km de vélo en trois jours afin d’amasser des fonds pour la recherche sur cette maladie – je vous invite d’ailleurs à les encourager, si vous en avez les moyens. Bref, partout il y a ces gens qui font des pieds et des mains pour allonger un peu leur existence, convaincus que la vie ici bas, après tout, n’est vraiment pas si mal.
Pourquoi certains se noient dans leur propre détresse, alors que d’autres nagent sans relâche pour lui échapper, je l’ignore. Cela serait dû de toute manière à de multiples facteurs autant génétiques et environnementaux que culturels et sociétaux. Mais au-delà de tous ces éléments externes qui influencent notre propension à voir le verre à moitié plein ou à moitié vide, je crois que nous sommes tous fondamentalement pourvus d’un pouvoir de décision qui nous permet jusqu’à un certain point de choisir notre camp : l’ombre ou la lumière. Personnellement, malgré les grands titres de ces derniers jours, chargés d’horreur et de tristesse, je choisirai de me concentrer sur ce qui est beau et fait du bien. Ce n’est ni du déni ni de l’ignorance, simplement ma manière toute personnelle de combattre l’obscurité.





Très bon texte.
29 Juil 2011 | don
Je n'ai jamais dit que le désespoir était une excuse à quoi que ce soit. Il n'excuse ni le crime de Turcotte ni celui de Breivik. Mais il les explique. Leurs gestes n'en demeurent pas moins inconcevables et impardonnables.
Je ne suis pas psychiatre et je n'étais pas là au procès de Guy Turcotte, alors je ne suis absolument pas habilitée à déterminer s'il a agi par «lâcheté» ou en raison d'un mal psychologique. Et sauf votre respect, Ramoni, je ne crois pas que vous puissiez en juger non plus. Ce qu'il a fait est absolument terrible, je vous l'accorde, or, ni vous ni moi ne possédons les preuves pour dire qu'il avait planifié d'avance son coup, qu'il jouit en ce moment de voir les autres souffrir et qu'il recommencera bientôt son petit jeu.
27 Juil 2011 | Mélissa Verreault | Montréal
Pas d'accord avec le sujet Turcotte...UN LACHE , PAS UN MALADE...il n'a pas choisi la mort, il l'a mis en scene et a survecu , comme prevu, ....c;est un medecin....dans le seul but de se venger et de jouir en etant le temoin, vivant, du desespoir d'une jeune mere . Il savait que tuant ses enfants il ferait plus de mal a la jeune maman que de la tuer elle...
Le desespoir n'est pas une excuse...selon vous j'aurai du tuer la personne qui a tuer mon fils sur la route.....mon desespoir aurait excuse mon acte de vengeance ???...pas d'accord.....Cet energumene avait tout plannifier d'avance....Il n'a pas choisi la noirceur et n'est pas dans l'obscurite ...un jour il sera libre...changera de nom et d'etat ou de pays et continuera sa vie sans regarder en arriere, aura d'autres enfants, et sera satisfait .... ca oui, il n'oubliera pas de prendre ses Harry Potter....
26 Juil 2011 | Ramoni
Eh bien, merci Myriam.
26 Juil 2011 | Mélissa Verreault | Montréal
Wow. Quel bel article ! J'en ai eu des frissons !!
25 Juil 2011 | Myriam