Personne ne va à Détroit
Détroit (Michigan) compte près de 4,5 millions d’habitants. C’est Wiki qui le dit. C’est la 11e ville des États-Unis. Elle a été fondée aux premiers jours du XVIIIe siècle par l’aventurier français Antoine de Lamothe-Cadillac, celui-là même qui donnera son nom à une célèbre marque de chars prétentieux. Berceau de la construction automobile, la ville judicieusement placée en face de Windsor (Ontario) a rapidement attiré les industries, les entrepreneurs et les masses laborieuses. Aujourd’hui, c’est un trou. C’est fou ce qu’on apprend comme chose avec Urbania.
Aux confins de ce qui fut un down town riche et animé, il y a le colossale stade des Tigers, un casino criard, une rue disneylandisée. On imagine que c’est là que ça se passe. Quand ça se passe. Mais quand nous sommes passés, rien ne s’y passait.
On se croirait dans le décor d’un film catastrophe, au lendemain d’une incroyable guerre bactériologique qui aurait décimé la population terrestre ou d’un conflit qui aurait rayé la civilisation de la surface de la planète.
Quand je me suis promené il y a peu dans le centre de Détroit aussi névralgique qu’un cerveau à l’état végétatif, il me revenait des images de la bande dessinée Jeremiah. Et ça faisait peur. Parce que ce n’était pas de la BD. La réalité avait rejoint la fiction.
Comment une cité laborieuse deux fois grande comme Montréal a-t-elle pu passer de ville à trépas en quelques années à peine? Pourquoi les civilisations doivent-elles toujours décliner? Que peut-on faire pour redonner de la vie à la ville, de l’espoir aux désespérés et un avenir aux sans avenirs ?
Si vous cherchez à quoi l’Amérique ressemblera demain, n’allez pas à New York, San Francisco ou Seattle. Allez à Détroit.





Né à Hull, j'y ai vécu mes dix premières années. La dernière fois que j'y ai mis pied, j'ai pu constaté, effectivement, que c'était aussi tranquille qu'un souvenir qui pâlit lentement. Par opposition à Détroit, où je suis allé à deux reprises, ça ne me ferait rien de sortir dans les rues après le coucher du soleil... Détroit a effectivement été à l'avant-plan pour témoigner à l'avance de la déchéance du capitalisme sauvage et des retombées sur la population.. En 1967, de grandes fabriques d'autos ferment, laissant des masses sans emplois; or, à cette époque, la ségrégation raciale rageait encore; les blancs avaient le droit de sortir de la ville et de s'installer en banlieue, mais pas les noirs..... D'où l'émeute qui a suivi et qui a tout détruit. Fwd un brin: Semble--t-il que l'administration municipale est (encore) corrompue à l'os (dixit une connaissance qui habite là-bas), ce qui ralentit la remise sur pied. Où es-tu RoboCop?? Ah.. le remake s'en vient? D'accord..........................
En gros, Il y a des déchets partout dans les rues; des pneus, des matelas, en plus du décor apocalyptique à plus grande échelle. Lorsqu'on passe dans des quartiers un brin plus habités, on est surpris de voir des enfants courir à travers les décombres... Sinon, à part les étudiants en arts et les musiciens, les voyous qui te suivent en voiture ou qui te volent en plein jour, les gens qui ont hérité de la fracture sociale et émotive de leurs géniteurs, les vétérans et les gens seuls qui marchent et parlent seuls dans les rues, il y a quelques cravatés qui ne daignent probablement pas trop s'éloigner de l'édifice de GM qui couronne l'entrée de la ville (à part leurs enfants pleins de Cash qui sortent à Windsor pour fêter plus longtemps).
Côté positif: Le techno y est né en grande partie et, effectivement, comme a amené le deuxième commentariste, Détroit est aussi fréquenté par de belles communautés artistiques, malgré ses aspects un peu hard. Somme toute, une ville fascinante pour des raisons fâchantes. Si seulement une TAZ pouvait s'organiser..................
9 Août 2011 | http://laborigene.wordpress.com
quelle finesse dans ton écriture ! très sympa comme article. Et en effet ça donne envie d'aller observer le phénomène urbanistique de plus près. J'ai vécu à Hull pendant 1 ans pour mes études et ça me donne une méchamment bonne idée de ce que tu y as vu... 0_o
21 Juin 2011 | Mat the Bird
Paraît-il que la vie commence à reprendre par endroit dans les vieux centre névralgiques de l'industrie automobile américaine. Des hordes d'artistes et d'alternatifs qui cherchent la TAZ de Hakim Bey désespérément...
21 Juin 2011 | http://lebeauparleur.com