Les artistes humanitaires
Les artistes ont le dos large. De BS de luxe à sans cœur, en passant par égoïstes et inutiles, on leur attribue tous les épithètes et tous les torts, peu importe les circonstances. Si on était encore au Moyen Âge, probablement qu’on les brûlerait. Moi, c’est ce « artist bashing » qui me brûle.
Et voilà qu’un deuxième texte paru hier est venu, telle une grosse goutte de pluie acide, faire déborder mon vase. Ledit texte n’est qu’une lettre d’opinion publiée dans la section « Place publique » de Cyberpresse, alors elle ne créera sûrement pas autant de remous dans le milieu, mais reste que son propos m’a grandement irritée. Son auteure, une dénommée Danyelle Desranleau de Brossard, s’insurge contre le fait que les artistes ne font rien pour aider les sinistrés des inondations qui sévissent présentement dans certaines régions du Québec. Elle prétend que les artistes sortent sur la place publique uniquement lorsque cela peut leur rapporter des bénéfices directs, que les membres de la Clique du Plateau (parce que dans un grand élan d’emportement, elle en vient à confondre artistes et résidants du Plateau) préfèrent s’impliquer pour ramasser des sous noirs dans le but d’aider les Haïtiens ou les Japonais plutôt que de venir au secours de leurs propres voisins, prétextant que ce genre d’implication leur offre une plus grande visibilité, donc une plus grande renommé et davantage de retombées. Se contredisant elle-même, elle affirme ensuite, et je la cite, que les artistes « montent aux barricades pour des changements qui ne déplaisent qu'à eux-mêmes et qui dérangent leurs petites habitudes » – je ne vois pas en quoi le récent tsunami au Japon et le tremblement de terre en Haïti ont pu déranger les petites habitudes des artistes d’ici, mais bon, tant qu’à tourner les coins ronds, allons-y gaiement.
Si je comprends bien, cette femme accuse les artistes de ne pas être allés prêter main forte aux habitants de Saint-Paul-de-l’Île-aux-Noix, de ne pas avoir contribué à distribuer des sacs de sable aux riverains de Venise-en-Québec et de ne pas avoir offert de tour de gondole à tous ces pauvres démunis pour les divertir un peu. Vraiment, il faudrait m’expliquer en quoi cela est supposé faire partie du travail des artistes. Pourquoi est-ce que les artistes, plus que n’importe quel autre citoyen, devraient porter secours aux victimes des inondations ? Les coiffeuses, les professeurs de mathématiques, les caissières de pharmacie, les étudiants, les gynécologues et les bûcherons devraient se sentir tout aussi interpellés. Aider son prochain n’est pas l’apanage des artistes. Et de toutes façons, est-ce vraiment leur job de brandir des pancartes, de s’insurger et d’organiser des activités bénéfices à tout bout de champ ? De s’assurer que les sinistrés reçoivent l’aide adéquate, que les droits de la personne ne sont pas lésés, que tout le monde est heureux dans son petit cœur ? Pense pas. La job d’un peintre, c’est de peindre. Celle d’un chanteur, de chanter ; celle d’un acteur, de jouer. Tout comme la job d’un avocat, c’est de défendre ses clients et celle d’un restaurateur, de leur donner à manger. Ne nous viendrait jamais à l’idée d’exiger d’eux qu’ils participent activement aux corvées de nettoyage post-sinistre ou qu’ils offrent leurs services gratos à tous les éplorés de la terre.
À en écouter certains, les artistes sont censés lutter pour la liberté d’expression et les valeurs humanistes tout en prenant position pendant les campagnes électorales et en visitant les enfants malades à l’hôpital. Tout ça bénévolement, bien sûr. Parce que les artistes sont déjà suffisamment gâtés comme ça, s’il fallait en plus qu’on les paye pour le temps qu’ils consacrent à aider les autres… Comme le dit Madame Desranleau, « faites-le donc dans l'ombre pour une fois dans votre vie, sans penser au capital de notoriété que cela pourrait vous rapporter. » Pas une cenne, pas une once de reconnaissance. C’est tout ce que les artistes méritent. On voudrait qu’ils soient engagés, partout, tout le temps, pour toutes les causes, qu’ils défendent la veuve grecque et l’orphelin russe. Mais eux, qui prend leur défense lorsque ce sont leurs intérêts qui sont menacés ? J’en déduis que les artistes n’ont qu’eux-mêmes sur qui compter.





la culture n'est même pas 1% du budget de la province. Que les basheurs se trouvent d'autres têtes de Turc.
Le gouvernement gouverne tout le pays, pas seulement la majorité.
Vous ne consommez pas de culture? Vous voulez pas payer pour?
Moi je ne consomme pas de sports professionnels, ni aucun produits militaires, ni religion.
Je peux tu pas payer d'impôts là dessus svp?
14 Mai 2011 | Maurice Tituer
Jean-François G.: Je ne peux qu'approuver tes propos... Je suis si heureuse de voir que nous sommes des dizaines, des centaines, des milliers, que sais-je, à partager ce point de vue et à promouvoir l'égalité, l'ouverture à l'autre et... le gros bon sens.
13 Mai 2011 | Mélissa Verreault | Montréal
Ah, merci d'avoir écrit ce texte. En effet, le artist bashing est en train de me faire faire des cauchemars... Je n'ai jamais vu une thématique aussi galvaudée de toute ma vie. Tout le monde qui veut mettre son grain de sel et critiquer des choses auquelles ils ne comprennent rien. L'Artisssss avec un grand A porte tellement de chapeaux qu'on les confond de plus en plus. Du bassiste au mime en passant par le peintre et au réalisateur, dès que quelqu'un travaille à une oeuvre d'art il devrait organiser un téléthon, mais rester productif et lucratif, susciter l'intérêt et faire l'unanimité de tout les publics confondus.
Ah et la meileure : Restez dans l'anonymat pour une fois...
Et quel front que de comparer les sinistrés des inondations à St-Paul-de-l'île aux noix aux milliers de morts des séismes et tsunamis. Quel manque de vision.
Je.. je.. je.. je manque de mots tellement la voix publique me sidère ces jours ci.
On se cherche n'importe quel combat pour oublier l'affront canadien qu'on vient de vivre et pour ne pas parler de la menace conservatrice qui plane au-dessus de nos tête.
Désolant...
12 Mai 2011 | Jean-François G.
* on risquerait
12 Mai 2011 | Mélissa Verreault | Montréal
@ Nadia: ta joke de pompe était délicieuse ;)
@ Catherine: effectivement, voilà une autre belle contradiction dans ce discours bidon...
@ tous: si vous avez envie de pomper encore plus, sachez que Elgrably-Lévy récidive ce matin avec ce texte : http://lejournaldemontreal.canoe.ca/journaldemontreal/chroniques/nathalieelgrablylevy/archives/2011/05/20110512-061707.html
Je ne ferai aucun commentaire pour le moment, on risquerai de m'accuser de menace de mort...
12 Mai 2011 | Mélissa Verreault | Montréal
Ce qui est bizarre dans son argumentaire c'est que peut-être que plein d'artistes (surtout ceux de la région) posent des gestes, bénévolement, et dans l'ombre comme elle le demande. Mais comment pourrait-elle le savoir puisqu'ils sont dans l'ombre?
En gros: "Aidez-nous comme vous avez aidé Haïti, mais en restant dans l'ombre..."
11 Mai 2011 | Catherine
Bravo pour ton texte, lui as-tu transmis :) Ai lu celui de la dame, son but est atteint, je pompe... Juste à me déplacer dans un sous-sol et je vais pomper l'eau !!
11 Mai 2011 | Nadia
Il y a beaucoup d'artistes dans la salle à ce que je comprends...
11 Mai 2011 | Mélissa Verreault | Montréal
Excellent.
11 Mai 2011 | Eric
Merci!
11 Mai 2011 | maurice
Fallait que ça sorte!
11 Mai 2011 | Mélissa Verreault | Montréal
Bien dit!
11 Mai 2011 | Véronique