La trisomique qui fait le printemps
Au tournant d’une discussion sur tout et sur rien, surtout sur rien, on m’a demandé ce que je pensais du projet envisagé par la Ville de Montréal de ramener un poste de péage sur le Pont Champlain et de faire passer un train en plein milieu du pont. Je ne savais même pas qu’il était possible d’avoir une opinion là-dessus.
J’ai la phobie des conclusions hâtives. Désolée, mais il m’est impossible, avec la seule information qui dit que le Pont Champlain menace de s’effondrer, de conclure que la solution est de faire payer le monde pour rouler dessus. Et d’y installer, de surcroît, un chemin de fer. C’est peut-être une excellente idée, mais je ne possèderai jamais les compétences nécessaires pour arriver à me fixer là-dessus.
« Je ne parle pas à travers mon chapeau, moi. », ai-je choisi d’ajouter comme une élève du primaire, pour tenter de conclure dans une chicane. Parce que oui, une telle phrase sous-entend que mon interlocuteur, celui qui daigne avoir une opinion sur le pont malgré zéro compétence en urbanisme, tire des conclusions hâtives sur un sujet qu’il ne connaît pas.
« C’est ça, t’as l’air de dire que je parle toujours à travers mon chapeau. », rétorque-t-il.
« Je n’ai jamais dit ça, mon cher. Une hirondelle ne fait pas le printemps. », que je réponds du tac au tac, comme une universitaire sans argument qui aurait pris trop de café. Le proverbe inventé exprès pour ceux qui ont, comme moi, la phobie des conclusions précipitées.
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Nous sommes le 28 mars et je sais que le printemps est définitivement arrivé. Je le sais, et ça n’a rien à voir avec le fait que j’ai croisé une hirondelle fraîchement rentrée. Non. C’est plutôt parce que ma voisine, Lili la trisomique, a fait son grand retour sur le trottoir en face de chez moi, attachée à la clôture par une laisse à la cheville. Ça, c’est le signe que l’hiver est bel et bien fini.
Ne tirez pas de conclusions trop vite et n’appelez surtout pas la DPJ. Lili est la plus heureuse des enfants trisomiques. Elle connaît tous les voisins et tous les voisins l’adorent. Lorsque, par exemple, un sein lui sort malencontreusement de la jaquette, il se trouve toujours un passant charitable pour le lui re-rentrer.
Sept ans que je la connais et que je l’observe de mon balcon. Sept ans que je vois ses parents s’occuper d’elle avec toute la tendresse du monde. C’est vrai que la laisse au pied donne envie de crier au scandale à première vue. Mais croyez-moi, elle donne à Lili beaucoup plus de libertés qu’elle ne lui en soustrait. Grâce à elle, l’enfant peut se rendre jusqu’au bout du trottoir, saluer les coiffeuses d’à côté par la fenêtre, revenir, faire un peu de skateboard, imiter interminablement Britney Spears et jaser du moment présent avec les voisins. Tout ça à sa guise pendant que sa mère s’occupe des plus jeunes à l’intérieur, en gardant sur elle un œil bienveillant par la porte toujours ouverte.
Pas de quoi s’alarmer, je vous assure. Même si la première fois qu’on assiste à la scène, ça saisit et qu’on a hâtivement envie de la détacher, la pauvre Lili. Elle irait ensuite se perdre dans le parc Jeanne-Mance ou se faire frapper par un camion au milieu de la rue St-Laurent.
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Ce léger détour par la métaphore trisomique a pour but de souligner une fois de plus la pertinence de connaître les détails d’une histoire avant de s’en faire une idée.
C’est aussi un moyen de me rendre à l’évidence : il est malheureusement impossible de demander à tout citoyen de se pencher pendant sept ans sur chaque scandale, chaque sujet de polémique ou chaque idée de projet du Maire Tremblay avant de se forger une opinion. On manquerait vite de temps. Pourtant, je ne peux m’empêcher de penser, si ça n’impliquait pas que les ponts auraient le temps de s’effondrer mille fois, que sept ans par sujet, par citoyen, ce serait vraiment l’idéal.
Pour l’arrivée définitive du printemps, cependant, laissez-moi dévier de mon trouble pathologique et tirer une conclusion hâtive. Lili la petite hirondelle est sortie, le printemps est arrivé. Le beau temps sera là dans quelques secondes. Point final.





"Comme une universitaire sans argument qui aurait pris trop de café". Héhé.
28 Mars 2011 | Schmout
Colin, votez pour Michael Ignatieff. La seule solution http://fr.canoe.ca/infos/quebeccanada/federales2011/archives/2011/03/20110327-182233.html
28 Mars 2011 | Judith Lussier
Mais quand même, avouez qu'on a pas besoin d'une maitrise en urbanisme pour se rendre compte que le pont champlain est en ruine (juste le regardez n'inspire pas confiance) et si l'on se tient le moindrement informé par les médias (journaux, télé ou autre) on peut savoir que ca fait déjà quelques années qu'on discute d'une réfection majeure ou de la construction d'un nouveau pont, rapport de firme d'ingénérie a l'appui. Il ne faut pas se servir de l'excuse du "je n'ai pas vraiment l'expertise et pas vraiment le temps d'y penser" pour se désengager de toute réflexions citoyennes. Cette avenue me semble aussi dangeureuse que de sauter trop vite aux conclusions...
28 Mars 2011 | Colin
L'affaire en plus avec la souveraineté, c'est que le contexte Québécois change d'année en année. Puisque nous devons nous pencher au moins sept ans sur une question pour la comprendre, impossible de s'en sortir quant à l'avenir de notre province. Par contre, Jean Charest et Stephen Harper ont été assez longtemps au pouvoir pour qu'on tire des conclusions.
28 Mars 2011 | Judith Lussier
Quel beau billet. Merci!
Je suis de la même école. Avant de juger, il faut connaître... du moins, avoir regardé plus d'une minute le sujet. :)
28 Mars 2011 | Paméla Desrosiers