Chips au cheeseburger et ongles d'orteil

Chips au cheeseburger et ongles d'orteil
28 Jan 2011

Par Mélissa Verreault  |  Publié dans : opération beurre de pinottesonglespoilscheeseburgerchipsblogue

Lorsqu’une de mes amies européennes est débarquée au Québec il y a quelques années, son plus grand choc culturel n’as pas été causé par les grands froids de février, ni par notre joual parfois incompréhensible, ni par l’étrange bouillie brune qui nous sert de plat national ; la chose qui l’a le plus traumatisée, c’est le fait qu’après quelques mois ici, elle a dû commencer à se couper les ongles deux fois plus souvent et à se raser les jambes matin et soir.

Était-ce l’air glacial du Québec qui faisait en sorte que son poil poussait plus rapidement – une manière qu’avait trouvée son corps de se protéger du vent du Nord ? Ça aurait pu être logique, mais alors, pourquoi ses ongles poussaient plus rapidement eux aussi ? Pour mieux pouvoir chasser le bébé phoque à mains nues ? Elle a fini par découvrir que si tout sur elle s’était mis à pousser plus vite, c’était à cause du lait. Quelqu’un lui avait expliqué qu’ici, en raison des carences que le manque de soleil pouvait entrainer, on ajoutait de la vitamine A et de la vitamine D dans le lait et que ces nutriments favorisaient la pilosité abondante et la manucure fréquente.

Cette histoire m’a d’abord fait rigoler. Puis, elle m’a fait réaliser qu’on est réellement ce qu’on mange – ce n’est pas juste un dicton inventé par une quelconque chaîne de supermarchés pour faire poétique. Or, le problème, c’est qu’on n’a pas toujours le contrôle sur ce qui rentre dans notre bouche – à moins d’être carrément autosuffisant, de faire la culture hydroponique de la laitue dans la salle de bains de son 3 et demi et d’élever une poule sur le toit de son immeuble rosemontais. On passe notre vie à se faire rappeler qu’il est important d’ingurgiter 12 000 légumes par jour, d’engouffrer tout autant de produits laitiers et de ne pas trop exagérer sur le gras, le sucre et le sel. L’affaire, c’est que même quand on cherche à faire attention, on en ingère, de ces fameuses cochonneries si dangereuses pour nous. Parce que ça a beau être des cochonneries qui risquent de nous tuer à tout moment, il y en a partout, même là où ce n’est pas censé.

En tant que bonne européenne, mon amie aux poils qui poussent plus vite que l’ombre du gars dans le film Opération beurre de pinottes adore manger du pain. Le jour où elle a réalisé qu’ici, on mettait du sucre dans notre pain baguette, elle a toutefois slaqué sa consommation de miches et de quignons. Est-ce nécessaire de mettre du sucre dans le pain pour qu’il lève ? Non. Mais on le fait pareil. Question de principe ou de tradition, probablement. Dans le même ordre d’idées, l’autre jour, j’avais envie d’une collation santé, alors je me suis acheté des graines de citrouille. Un trip de même. J’en ai mangé cinq ou six, puis j’ai lu les informations nutritionnelles : le petit sac que j’avais entre les mains contenait 150% de ma dose de sodium journalière recommandée. Avait-on besoin de déverser une salière au complet dans ma portion de graines de citrouille pour les rendre bonnes au goût ? Non. Mais ça aussi, on l’a fait pareil. Cet après-midi là, j’ai mangé des crottes de fromage finalement, c’était moins salé.

Aujourd’hui, j’ai repensé à tout ça parce que je suis tombée sur un article parlant d’une étude sur l’obésité qui a été faite aux États-Unis et qui révélait que les petits (euphémisme) américains âgés de 3 à 5 ans étaient accros au sel, au sucre et au gras, tout cela parce que les parents les habituaient à ce type de saveurs et qu’ils les incitaient ainsi à les préférer à tout le reste. Bonne nouvelle, selon les chercheurs : si les parents changent les habitudes de leurs bambins et leur donnent des poivrons rouges à la place des chips à saveur de cheeseburger, lesdits rejetons développeront le goût de manger des poivrons rouges plus souvent. Super. Cependant, il reste un problème : l’industrie, elle, n’a aucun intérêt à encourager les enfants à manger de simples et vulgaires poivrons, tout nus, comme ça, pas de petite trempette. Parce que ce n’est pas payant, les poivrons tout nus. Les croustilles aux ailes-de-poulet-tandori-trempées-dans-la-sauce-BBQ-la-bière-et-la-mayonnaise-et-saupoudrées-de-saveurs-de-cornichons-sucrés, ça rapporte plus. Les parents auront beau encourager leur progéniture à manger plus de brocoli, l’industrie, elle, s’assurera qu’il n’en mangent pas trop. Ou s’ils le font, qu’ils mettent au moins du Cheez Whiz dessus.

Ma fameuse amie n’habite plus ici depuis plus d’un an. Elle est retournée sur son vieux continent manger des saucissons, des viennoiseries et des fromages. Grâce à ce régime, elle a perdu les quelques livres qu’elle avait gagnées lorsqu’elle habitait ici. Elle se coupe également les ongles moins souvent. Bref, elle a recommencé à manger de la nourriture normale, non additionnée de surplus superfétatoires superficiellement inutiles. Elle a recommencé à vivre dans un pays où le Guide alimentaire canadien n’existe pas, mais où l’industrie alimentaire ne peut pas faire ce qu’elle veut, par contre…
 
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  • Mélissa Verreault

    @ Mag: Ce n'est pas très rassurant ce que tu racontes... Imagine, moi je mange de ces viandes depuis bientôt 28 ans... Ouach les hormones que j'ai d'accumulées dans le bedon!

    2 Fév 2011 | Mélissa Verreault | Montréal

  • C'est tellement vrai ce que tu dis Melissa!! Par contre, moi je ne bois pas de lait, et j'ai pourtant ce problème de pilosité surdéveloppée et d'ongle rapides à pousser depuis trois ans que je reste à Montréal. J'ai même eu pas mal de dérèglements hormonaux assez curieux depuis que je suis là, dans la même lignée que ceux cités plus haut... apparemment, ça viendrait d'une consommation de viandes, et produits issus d'animaux, trop riche en hormones... :(

    30 Jan 2011 | mag

  • Rosalie Landry

    Très bon billet, Mélissa !

    30 Jan 2011 | Rosalie Landry

  • @Bernard : Concernant le paradoxe français, eh bien il n'est pas si paradoxal que ça en réalité. Certes, il existe sur le sujet (comme sur tous les sujets) des études divergentes, mais certaines études sérieuses arrivent à une conclusion que je partage, non seulement parce qu'elle me paraît censé, mais aussi parce qu'ayant passé mes 25 premières années en France, j'en suis le témoin vivant (surtout la partie sur la durée des repas). Voici la citation d'un article qui reprend le résultat d'une de ces études :

    Les secrets de l’alimentation des Français

    “ Les Français consomment énormément de graisses saturées ; pourtant, ils sont plus minces que les Américains et de loin moins sujets à l’obésité. ” Le bulletin médical américain qui l’affirme (UC Berkeley Wellness Letter) précise que “ le taux de mortalité par maladies cardiovasculaires est chez les Français deux fois moins élevé que chez les Américains et il est le plus bas de tous les pays de [l’Union européenne] ”. Comment expliquer ce paradoxe ? Le secret réside peut-être dans le fait que les Français “ consomment moins de calories ”. Une étude menée parallèlement dans des restaurants de Paris et de Philadelphie (État de Pennsylvanie) révèle que les portions servies en France sont considérablement plus menues ! Le même décalage se retrouve dans les livres de recettes. Par exemple, les quantités de viande suggérées par personne sont moindres dans les livres de recettes français. “ Ce qui est peut-être le plus frappant, lit-on dans l’article, c’est que les Français prennent beaucoup plus de temps à manger leurs portions pourtant congrues. Les Français passent en moyenne près de 100 minutes par jour à manger, alors que les Américains avalent leur pain quotidien (enfin, pas que cela...) en seulement 60 minutes. ” Conclusion de l’article ? Surveillez le nombre de calories que vous absorbez. Mangez des aliments nourrissants en quantité raisonnable. Prenez le temps d’apprécier la nourriture. Si on vous sert de grosses portions, partagez avec votre voisin ou emmenez-en la moitié chez vous. Enfin, “ transformez les repas pris à la maison en des moments agréables ”.

    29 Jan 2011 | Mike

  • Rebonjour,

    Effectivement, il est dommage que les industries continuent de produire des aliments qui sont hors des recommandations, mais justement, si tout le monde était parfait, il n'y aurait pas besoins de recommandations! ;) Au moins, je dirais que de plus en plus d'industries se soucient de la santé des consommateurs ou savent que ces derniers s'en soucient. Donc, il est possible de retrouver des aliments qui sont bons pour la santé et qui goûtent bon.

    Lorsque tu parles de rendre ça illégal, nous avons gagné une bataille avec les gras trans. Il sera très bientôt illégal de retrouver des gras trans dans les aliments. Il faut se dire que c'est une bataille à la fois..!

    Il est intéressant de savoir que nous naissons avec une prédisposition à aimer le sucre et le gras. Ce n'est pas l'industrie qui nous l'inculque (bien sûr elle a sa part à jouer) mais plusieurs études ont démontré que le goût pour le sucre et le gras était présent dès la naissance. Il s'agit probablement d'un mécanisme lointain qui servait aux hommes préhistoriques à manger des aliments qui en contenaient beaucoup car ils fournissent beaucoup de calories et aident donc à accumuler des réserves lors des périodes de famines..!

    Le dernier point que tu abord se nomme : le paradoxe français. Plusieurs livres ont été écrits sur le sujet car il est difficile de comprendre pourquoi, malgré leur consommation élevée de produits gras et d'alcool (généralisation évidemment) les Français sont moins obèses que les Américains. Un fait intéressant : on parle de la consommation de vin des Français comme étant protectrice contre plusieurs cancers. Richard Béliveau et compagnie nous parlent des bienfaits des antioxydants contenus dans le vin et tente de convaincre le public d'en consommer plus (en n'ayant aucune formation en nutrition ou en santé : il est biochimiste). Cependant, il faut savoir que bien que les français souffrent moins de certains cancers, ils sont beaucoup plus nombreux à souffrir de maladies reliées à l'alcool, notamment la cirrhose du foie. Ainsi, on se rend compte que les consommateurs sont soumis à de "l'infobésité" qui provient de nombreuses sources. Certains sont fiables, d'autres non, et il est difficile pour le public de savoir à qui faire confiance!

    Bon je me suis laissé un peu emporter! Je m'éclipse. :)

    Bernard Lavallée

    29 Jan 2011 | Bernard Lavallée

  • Mélissa Verreault

    Une autre remarque: c'est connu, de façon générale, les Européens souffrent beaucoup moins d'embonpoint et d'obésité. Pourtant, ils engouffrent des quantités phénoménales de charcuteries, de pain pas pantoute au blé entier, de chocolat et de vino rosso. Les Français mettent de la crème partout, les Italiens prennent l'apéro tous les soirs en grignotant des bocconcini, des tigelle et des arrancini, et tous ces joyeux lurons épicuriens restent maigres comme des bâtonnets de bretzel, calibouare! OK, je caricature un peu, mais pas tant que ça. Et je ne peux m'empêcher de croire que la qualité de la nourriture qu'ils ingèrent a quelque chose à voir dans cette totale injustice!

    29 Jan 2011 | Mélissa Verreault | Montréal

  • Mélissa Verreault

    Merci à tous pour vos bons commentaires.

    J'abonderais un peu dans le même sens que Mike: il est vrai, comme l'affirme Malika, que le choix final nous revient en tant que consommateur, or, ce ne sont malheureusement pas tous les consommateurs qui ont les outils et les ressources nécessaires pour faire des choix éclairés lorsqu'ils «magasinent» leur nourriture... Nous avons encore un grand chemin à parcourir sur le plan de l'éducation et je considère effectivement que les nutritionnistes comme Bernard (merci pour le commentaire éclairant et pertinent d'ailleurs) ont un rôle très important à jouer en ce moment. Chaque fois que je fais la file à l'épicerie et que je vois devant moi une dame remplir le comptoir de pizzas congelées et de boissons gazeuses, je me dis que y'a des publicitaires qui ont vraiment bien fait leur job... Parce qu'on ne naît pas avec un goût inné pour les pizzas congelées: il y a quelqu'un, quelque part, à un moment donné, qui a réussi à nous convaincre que c'était bon pour nous.

    En ce qui concerne les fameuses graines de citrouille, c'est vrai que j'aurais pu les choisir sans sel, cependant, je me trouvais dans un dépanneur à ce moment-là et honnêtement, les produits sans sel sont plutôt rares sur les étalages de ce type de commerces... Et la question que je continue de me poser est celle-ci: comment se fait-il qu'il soit permis que l'industrie produise des aliments avec 150% de la dose de sodium journalière recommandée?! Me semble qu'après 100%, on devrait rendre ça illégal! J'exagère un peu, mais n'empêche que je trouve qu'il y a là quelque chose de quelque peu aberrant.

    Sur ce, bon appétit à tous!

    29 Jan 2011 | Mélissa Verreault | Montréal

  • Très bon article, Mélissa. Comme d'habitude...

    @Malika : En théorie, je vous l'accorde, on devrait "avoir le pouvoir d'acheter ce qui nous plaît". Mais en pratique, je crois que ce n'est pas si facile. Accessibilité des produits (locale et financière), habitudes, pulsions, etc. ne nous facilitent pas la tâche !

    Bon, je retourne tremper mes biscuits au chocolat dans le chocolat chaud...

    28 Jan 2011 | Mike

  • Bravo à Melissa,

    article super intéressant! Merci aussi à Bernard pour le commentaire pertinent.

    Mais permettez-moi d'ajouter qu'il ne faut pas oublier que nous sommes les consommateurs, et nous avons le pouvoir d'acheter ce qui nous plait, d'avoir un certain controle sur cette industrie. Pourquoi ne pas opter pour le choix santé?

    "My two cents"

    Malika :)

    28 Jan 2011 | Malika

  • Bonjour Mélissa,

    J'ai adoré cet article et j'avoue avoir bien ri. Ayant nouvellement gradué du baccalauréat en nutrition, je me devais toutefois de faire quelques commentaires et rectifier quelques points!

    1) Le sucre dans le pain. Effectivement il n'est pas nécessaire d'en mettre pour qu'il lève, cependant, lorsque rajouté, habituellement, il l'est en petite quantité. Il faut comprendre que la céréale qui constitue le pain est elle même constituée de "sucres" plus complexes, soit des glucides. (Il est à noter que le sucre fait partie des glucides également). Donc, le fait d'ajouter du sucre au pain n'augmente pas vraiment sa quantité de calories ni de glucides.

    2) Les graines de citrouilles peuvent être achetées non salées. Tu peux même les saler légèrement par toi-même ou les épicer! Elles contiennent moins de calories et plus de "bons gras" que les crottes de fromage! C'est pour cela qu'il est important de regarder les étiquettes. Elles sont là pour conscientiser et informer le consommateur.

    3) Je suis tout à fait d'accord avec toi en ce qui concerne le lobby des industries. Il est plus rentable de vendre des chips aux milles saveurs que des poivrons... Même dans ce cas, c'est souvent l'industrie qui sort gagnante et c'est le producteur qui reçoit quelques sous pour le poivron que tu achètes.

    4) Effectivement il n'y a pas de Guide alimentaire canadien en France... Ils ont tout de même leur propre guide alimentaire. Et ne crois pas que l'industrie peut faire ce qu'elle veut ici, ni ailleurs. Nous avons encore un grand chemin à faire je crois, mais voilà pourquoi nous travaillons, les nutritionnistes. Nous tentons simplement de conscientiser les consommateurs à savoir faire des choix santé tout en les appréciant. Nous restons des humains tout de même et le plaisir de manger reste une priorité! De plus en plus d'industries font également appel à nos services parce qu'elles savent que cela devient une priorité pour de plus en plus de gens.

    Désolé d'envahir la section des commentaires!

    Merci pour l'article, il m'a bien fait rire ce matin.

    En attendant tes prochaines chroniques!

    Bernard Lavallée

    28 Jan 2011 | Bernard Lavallée

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