Laissez-moi manger ma banane

Laissez-moi manger ma banane
19 Jan 2011

Par Judith Lussier  |  Publié dans : blogue

Parfois, j’aurais envie de rouler en Hummer, de jeter du papier dans la poubelle et de manger des bananes, juste pour emmerder les moralistes.

J’ai pas envie d’écrire un gros billet de réactionnaire de droite, parce qu’au fond, j’ai voté Amir Khadir aux dernières élections. Je le trouve assez sympa. Et j’aime bien ma petite Echo. Mais j’arrive de la Californie, l’État qui crée les tendances aussi vite que les applications pour iPhone, et je vois déjà venir vers nous le monstre. Et je sens l’écoeurantite qui vient avec.

Là-bas, chaque restaurant affiche un menu fait d’aliments biologiques et locaux, avec options pour les végétaliens. Vous allez dire que c’est de même chez nous aussi, mais je vous jure, là-bas, c’est pire. La combinaison équitable, bio, végé-machin bobo est tellement sur toutes les vitrines, qu’un club vidéo affiche fièrement des films «durables et locaux». On suppose que c’est du second degré. À moins que ce soit… mal, de louer des films sur iTunes?

Près de ce Dalaï Lama des clubs vidéo, nous avons visité une épicerie qui émoustillerait Josée Di Stasio, avec à peu près six sortes de câpres et des betteraves aux couleurs époustouflantes. On y vend notamment des épices sans sel. «Des épices sans sel, est-ce que ça veut dire que nos épices ont du sel?», observe avec questionnement Dominique, ma compagne de voyage. Si c’était le cas, il faudrait vite demander à notre fruitier de commander la nouvelle sorte d’épice. Tsé, le sel, c’est mal.

Cette épicerie vend aussi un miel cru (ça va de soi), qu’elle élève sur son toit. Malheureusement, lors de notre passage, il n’en restait plus, car les flacons s’envolent bien vite. «Est-il meilleur?», ai-je demandé à Sam, le propriétaire du Bi-Rite market. «Non, c’est juste hyperlocal!» me répond-il, l’air de trouver ça lui-même un peu ridicule.

Après seulement quelques jours à San Francisco, j’en avais déjà ma claque de toute cette bonne conscience à vendre. Les tendances moralistes, c’est comme les régimes : c’est difficile à suivre, ça t’enlève le plaisir de manger, et c’est tellement extrême que tu finis par être en réaction. C’est comme le recyclage. À un moment donné, c’était tellement extrême comment il fallait trier le carton à part du plastique qu’on finissait par tout mettre dans le bac en se disant «pis d’la m…».

Sauf que dans le cas du bio-local-machin, on parle d’une grosse buisiness de la bonne conscience. Parce qu’au fond, toute cette tendance, je ne vous apprends rien ici, c’est juste pour nous faire feeler assez cheap pour payer notre miel 9,50$ le petit pot. Et pour nous faire acheter de petites bottes (en coton recyclé bio-équitable svp) à notre chien.
Derniers commentairesRSS
  • Ça, c'est la banane la plus écologique que j'ai jamais vu (enfin, presque): http://paque.bot.nu/post/2874866779

    25 Jan 2011 | Vincent

  • Il faut dire que c'est spécifique à San Francisco et la Baie autour... Je crois que le SoCal est beaucoup plus consumériste, c'est l'extrême inverse !

    20 Jan 2011 | Nicolas Ritoux

  • On dit pas «wash», mais ouache». Comme dans: «M'a allé me cacher dans ma ouache, je pense que l'orignal va sortir dans pas long. Faut que je charge ma carabine.»

    Bon, si on peut pas manger des bananes, on peux-tu au moins tué son orignal? Parce que c'est hyperlocal, l'orignal. Ce que j'aime des commentaires ici par contre, c'est que j'ai l'impression de lire des paroles de Radio Radio. Bon, m'a runner jusqu'à ma wash pour burfer ma cold beer on the spot à soir.

    20 Jan 2011 | El Rico

  • Simon-Alexandre Rivière

    @Camille: Oui oui tiens ton bout... lol! Toutefois c'est vrai que tes attentes sont sûrement trop grandes, Urbania ce n'est pas Le Monde Diplomatique. Tu as le droit d'exiger intelligence et rigueur journalistique, mais ici tu dois quand même t'attendre en toute connaissance de cause à du contenu de divertissement un peu consommer-jeter pointless yupster oriented.

    20 Jan 2011 | Simon-Alexandre Rivière | montréal

  • jude , ya rien de nouveau dans la comercialisation des tendances,,, pour le bio si on veut vraiment suivre la vrai tendance, ben tu le fait pousser toi meme sur ton balcon...

    20 Jan 2011 | horg

  • Judith Lussier

    @Camille: je pense que je vais rester dans ma wash. J'avais jamais entendu cette expression, c'est trop fort.

    20 Jan 2011 | Judith Lussier

  • Camille Greffe

    @C-P Lessard: J'avais choisi de vous lire parce que je trouvais que vous faisiez changement, mais là vous "stallez" clairement, en grands ados. Cela dit, good for you si vous assumez! Je suis d'accord, c'est à moi de ne pas vous lire ; c'est donc ce que je vais faire.

    @S-A Rivière: Merci de comprendre mon point :)

    20 Jan 2011 | Camille Greffe | Montréal

  • Simon-Alexandre Rivière

    Mon dieu ne faîte pas fuir Camille! C'est une des seule chose intelligente à lire ici. Je ne lis les blog Urbania que pour lire ses commentaires... lol! J'exagère à peine.

    20 Jan 2011 | Simon-Alexandre Rivière | montréal

  • Moi j'aime bien ta plume Judith et ton sens de l'humour!

    20 Jan 2011 | Maxime

  • Catherine Perreault-Lessard

    @Camille : C'est cool si tu veux donner ton opinion sur les textes, mais personne ne te force à lire ce blogue. Nous, on assume pleinement le contenu qu'on publie. Si c'est pas ton genre, t'as qu'à aller lire autres choses... L'offre est grande, tsé.

    20 Jan 2011 | Catherine Perreault-Lessard

  • Camille Greffe

    @ Urbania en général (un dernier pour la route, j't'en retard à mon cours ; oui oui, juste pour vous) :

    Il y a d'autres façons de susciter la discussion (et de générer de l'activité sur le site) qu'en publiant des trucs limite délétères...J'en ai marre de me choquer contre presque tous les topos du blogue ; c'est pas constructif tout ce contenu faussement réac.

    Merci

    20 Jan 2011 | Camille Greffe | Montréal

  • Edouard Reinach

    Et puis bon, c'est aussi une mode que de dire "fuck that" à toutes les initiatives "tendances"

    Une bonne façon de te faire feeler "hot" d'acheter un chandail avec marqué "Laissez-moi manger ma banane" à 20$

    20 Jan 2011 | Edouard Reinach | Montreal

  • Isssshhhh.... Y,en a qui devrait s'informer avant de condamner les locavors. Bien sûr, comme dans tout mouvement il y a des extrêmes. Pour votre info, je mange des bananes mais magasine mon ail parce que je trouve ça débile qu'elle provienne de Chine... Si vous aviez de la famille qui avait un verger à Rougemont vous pourriez leur parler de l'impact des pommes qui viennent des États ou encore une fois, de la Chine!!! Vous trouvez ça normal vous qu'un produit fasse des milliers de km avant d'atterir dans votre assiette? À produit égal, je vois pas pourquoi on ferait pas l'effort... BRAVO à la Californie!!!

    20 Jan 2011 | Maude

  • Camille Greffe

    Je voudrais rajouter que je trouve dommage de penser que bcp de gens vont lire cet article et se confirmer dans leur paresse écologique de citoyen moyen. C'est pas avec des propos comme ça qu'on conscientise, ni qu'on change le monde! Damn guuurl!

    20 Jan 2011 | Camille Greffe | Montréal

  • Edouard Reinach

    En passant, la banane qu'on connait tous, (la cavendish) est en voie d'extinction car en monoculture, son parasite exclusif se développe sans entrave.

    20 Jan 2011 | Edouard Reinach | Montreal

  • Camille Greffe

    En Cali ils exagèrent certes, mais moi j'ai envie de dire: les tendances moralistes, c'est comme les régimes: personne te les impose pis ça part juste de dans ta tête. Si tu te sens mal écologiquement (wow, quelle belle image que celle-ci), ou grosse, il y a peut-être une raison ; une question qu'il serait bon d'investiguer.

    On est tellement habitués à se faire dire quoi faire et à quoi ressembler qu'on pense que ces nouvelles tendances (un peu hardcore parfois, j'avoue) sont de nouveau une attaque envers nous ; notre nature. La vérité c'est que peu importe le moyen, le résultat, lui, est relativement positif. Oui c'est une tendance, c'est-à-dire que clairement, l'esprit naturo-universaliste des 70's nous revient (avec variantes), mais le message est cool selon moi.

    "Ils sont fous ces Romains", disait chose, et finalement...

    Moi quand je lis cet article, je me dis "tiens! en voici une (autre) qui veut rester dans sa wash par paresse!"... Contenu et contenant sont agréables au lecteur, mais je veux juste rappeler qu'il y a une façon de bloguer en critiquant (positif et négatif, bien suuuuur) sans juste chialer "pointlessly"...

    20 Jan 2011 | Camille Greffe | Montréal

  • Edouard Reinach

    je préfère feeler cheap et acheter du miel à 10$ que feeler cheap quand mes enfants me demanderont "Papa, c'est quoi du miel, c'est quoi des fruits?"

    C'est le fun être toujours en réaction et en contestation des "modes" mais il y a quand même des modes plus bénéfiques que d'autres.

    non?

    20 Jan 2011 | Edouard Reinach | Montreal

  • Ce qui est drôle surtout en Californie, c'est de constater qu'il n'y a pas vraiment de juste milieu entre les McDo, Jack in the F*cking Box et autres "grease pits", et les restos vraiment bio, etc. Le deuxième est clairement une réaction au premier...

    20 Jan 2011 | Simon

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