Ma Marie Carmen à moi, c'est toi

Ma Marie Carmen à  moi, c'est toi
6 Déc 2010

Par François Lachapelle  |  Publié dans :

Quelque part au début des années 1990, dans la cour de l’école primaire Saint-Gérard, mes amis et moi avions fomenté un solide plan pour ébranler les institutions en place : hacker le 6 à 6. 

C’était le plan. Émission phare de l’époque où les mélomanes dans la jeune dizaine écoutaient la radio sur leur lecteur cassette, le doigt sur REC, prêt à enregistrer le nouveau numéro 1, le 6 à 6 sonde le peuple chaque jour, et joue ses 6 chansons favorites, à 6 heures (on pourrait débattre que ça devrait être le 18 à 18). Trop longtemps dominé par l’Aigle Noir, nous voulions casser l’hégémonie volatile de Marie Carmen.

Les discussions étaient musclées à savoir quel candidat on supporterait.  Probablement fixés sur une chanson comique tirée de l’album « La crise d’Oka » de la Jungle en folie, nous avions choisi une journée pédagogique pour concentrer nos appels et réaliser ce qui allait être connu comme étant le plus grand putsch culturel de l’histoire de la province.

Finalement, ladite journée de congé, il faisait beau pis on est allé jouer au baseball.

Pourquoi m’étends-je longuement sur cette anecdote plus ou moins intéressante?  Parce que vingt ans plus tard, des p’tits comiques britanniques ont repris l’idée, et l’ont fait fonctionner. Comme il ne fait jamais beau… pas de baseball pour eux.

L’équation quadratique

Leur Marie Carmen à eux, c’est les gagnants de l’émission The X Factor. Créée par la compagnie de M. American Idol : Simon Cowell (il est aussi un des juges), l’émission-concours vise à découvrir des nouveaux talents musicaux (original, non ?).  De 2005 à 2008, les gagnants du X Factor ont régné en roi et maître sur le symbolique « Numéro 1 de Noël », titre remis à la chanson la plus vendue dans la semaine avant Noël en Grande-Bretagne.

En 2009,  un couple a mis un beau gros bâton dans la roue de l’usine à pop star.  En initiant un mouvement à travers les médias sociaux (lire Facebook), Jon et Tracy Morter ont réussi à convaincre un demi-million de personnes d’acheter la pièce Killing in the Name de Rage Against the Machine, qui finira bonne première, 50 000 ventes devant Joe McElderry, vous le devinez, gagnant de l’édition 2009 de X Factor.

En élisant RATM, les Britanniques votaient littéralement pour le symbole de la lutte contre la machine (sic), cette année, on pousse le WTF un peu plus loin.

Le son du silence

C’est la pièce 4’33’’ du compositeur expérimental américain John Cage qui profite de la meilleure campagne publicitaire et qui vraisemblablement fera la lutte au prochain gradué du X Factor (dévoilé le 12 décembre prochain). La pièce sera réenregistrée et mise en vente le 13 décembre; comme RATM l’a fait, tous les profits seront à des œuvres de charité.

Est-ce que j’ai mentionné que 4’33’’ était une pièce entièrement constituée de silence? C’est là que cette histoire drôlicieuse. C’est un morceau en trois mouvements où le musicien ne touche pas à son instrument. Pendant quatre minutes trente-trois. Silence. Quand autour du vingt-cinq décembre, les animateurs radio grands-bretons annonceront qu’ils nous « poussent le numéro un de la semaine dedans nos oreilles » suivit de presque cinq minutes de rien, je pense que Cage va sourire dans sa tombe.

Vous trouverez ici une version jouée par un orchestre; personnellement, je préfère la version piano seulement. Si vous voulez suivre le projet : c’est .
Derniers commentairesRSS
  • Pascal Henrard

    Je suis sans voix.

    Personnellement, je préfère la version grand orchestre qui est beaucoup mieux sentie particulièrement dans le deuxième mouvement où l'on appréhende toute l'ampleur du silence.

    Il n'y a rien que j'aime le mieux que de mettre ce morceau à tue-tête pour couvrir les cris des disputes des enfants.

    6 Déc 2010 | Pascal Henrard | Montréal/Bruxelles

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