Rue Frontenac : assez, pas assez?

Rue Frontenac : assez, pas assez?
27 Jan 2010

Par Catherine Perreault-Lessard  |  Publié dans : blogue

Ça fait un an que les lockoutés du Journal de Montréal ont démarré Rue Frontenac. Après un an, quel bilan doit-on dresser de cette stratégie syndicale?

Au risque de sonner comme une ado dans Virginie, personnellement, je trouve que ce conflit est plutôt... weird.
 
D’un côté , on trouve des lockoutés qui font de la magie avec Rue Frontenac, qui créent chaque jour du contenu de haute qualité, qui ont plus de plaisir que jamais à pratiquer leur métier et qui ne semblent pas avoir envie de retourner à leurs anciens bureaux .
 
De l’autre, on trouve un employeur qui dit vendre plus de copies que jamais (même si on en doute), qui dit être en grande santé financière et surtout, qui ne semble pas prêt à lâcher le morceau.
 
Deux parties. Deux visions. Un ring. Mais, pas de combat.
 
À go, on droppe les gants?
 
***
 
Au risque de me faire lancer des roches ou des poissons morts (ou des poissons morts remplis de roches), je suis très syndicaliste. Et, contrairement à beaucoup de jeunes de ma génération, je trouve que les syndicats ne sont pas assez puissants au Québec. Qu’ils sont mous et pas assez combatifs. Probablement le résultat de mes trop nombreuses années passées en science Po à l’UQAM.
 
Quand j’ai entendu parler de Rue Frontenac pour la première fois, j’ai trouvé que l’initiative était brillante. Rafraîchissante. Moderne. Je croyais que ça allait donner un grand coup à Québécor. Surtout, j’étais fière de voir un syndicat qui ne marchait pas main dans la main avec la partie patronale, qui n’était pas prêt à faire des concessions au détriment des intérêts de ses membres. Qui se tenait debout! 
 
Un an plus tard, c’est toujours le cas. Et, en plus, je suis devenue une fidèle lectrice de Rue Frontenac : le contenu du site est dynamique et crédible, et les articles transpirent le bonheur que les journalistes ont à le faire.
 
Mais, un an plus tard, je me questionne vraiment sur l’efficacité de Rue Frontenac comme stratégie syndicale...
 
À l’origine, le site avait comme mandat de rappeler à l’employeur que les compétences du Journal de Montréal se trouvaient entre ses murs et non à l’extérieur. Il avait également été créé dans le but d’occuper les lockoutés et de conserver leur motivation.
 
Après 12 mois, on peut dire que c’est mission accomplie. Beaucoup à part de ça.
 
Mais encore?
 
Qu’en est-il de la lutte contre l’employeur? De la défense des conditions des travailleurs?
 
Y a-t-il eu des progrès depuis un an?
 
A mon humble avis, pas encore.
 
À la lumière de cette constatation, peut-on vraiment dire que Rue Frontenac – au-delà du fait qu’il soit un excellent site web - est une stratégie syndicale efficace?
 
Devrait-elle devenir une source d’inspiration pour les autres médias?

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  • Mickaël Bergeron

    Excellente question.

    J'ai "vécu" le lock-out du Journal de Québec et j'ai été un lecteur du QuébecMédiaMatin, le journal que publiait les lockoutés.

    Cependant, je me suis toujours posé cette question: comment ce journal les a-t-il aidés?

    Avoir l'appui du public? La réponse est floue. Le public les appuyait moralement, même que certains annulaient leur abonnement, des entreprises ont annulés leur achat de publicités, certes. Mais dans les faits, le Journal de Québec n'a pas tant perdu de ventes.

    Pour faire valoir leurs revendications? Là encore, le résultat est nébuleux. J'ai un malaise à voir des employés, lockoutés ou non, dénoncer des façons de faire de leur employeur, parfois frôlant la bitcherie, rire des erreurs que ses patrons font, et ensuite vouloir y retourner travailler. C'est quoi cette logique de dire que ses patrons ne font ps une bonne job et vouloir encore travailler là?! Je ne lis pas assez RueFrontenac pour savoir si ils se collent à cette dangereuse ligne, mais en lisant certains textes du QuébecMédiaMatin, je me demandais vraiment pourquoi ces journalistes tenaient à y retourner. Il y a une nuance entre dénoncer, chialer et avoir l'air malheureux.

    Pour contre-attaquer? Soit, l'idée est louable. Mais elle ne pèse pas lourd sur la table de négociation, à moins que ce média temporaire devienne rentable au point de peut-être nuire à l'employeur ou de permettre aux journalistes de devenir indépendant.

    Je ne saurais pas quoi tirer de tout ça exactement. Idéologiquement, j'encourage l'initiative, ne serait-ce que pour les journalistes s'occupent et continuent de faire ce qui devrait être leur passion. Mais d'un autre côté, je ne crois pas que ceci soit un argument de négociation et ne réussisse vraiment à faire changer d'idée la partie patronale.

    27 Jan 2010 | Mickaël Bergeron | Sept-Îles

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